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François Ehrhardt
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إبريل في مصر
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Monastère de Sainte Catherine
Saint Catherine, Egypt - Polarsteps
Il est 8h lorsque nous sortons de l’hostel et que nous retrouvons la Kia blanche de Farag, bien garée juste devant l’entrée. Nous sortons rapidement de la ville et la voiture s’engage sur la route de Nuweiba, vers le nord. La route serpente, la plupart du temps sur une large zone plate (lit de fleuve asséché ?) entourée de (petites) montagnes rocheuses. Les pierres sont jaunes, rouges, noires… et forment des strates friables. Nous croisons quelques voitures. Bientôt, nous bifurquons vers l’ouest et le trafic diminue encore. La route est de plus en plus vallonnée et nous traversons des canyons au fond sableux. Autour de nous, les seules traces humaines sont quelques rares villages de parpaings. Si le paysage ne change pas dramatiquement, nous sentons que nous prenons de l’altitude à nos oreilles qui se bouchent. Au loin, les montagnes se détachent dans une douce brume. Régulièrement, nos passeports sont vérifiés à des check-points militaires.
Ahmed, notre guide des prochains jours, nous accueille chaleureusement au camp (comprendre un petit hôtel simple constitué de maisonnettes accueillant les chambres) où nous passerons la nuit prochaine. Il est très sympathique et la communication est fluide. Nous repartons tout de suite visiter le fameux monastère orthodoxe de Sainte Catherine, aux horaires réduits.
Situé à 1570m d’altitude, le monastère serait situé au fond de la vallée sacrée (rien à voir avec les incas) où, selon le livre de l’Exode, Moïse est resté 40 jours et 40 nuits en présence de Dieu, et plus précisément sur le lieu du « buisson ardent », où Dieu s’est révélé à Moïse à l’intérieur d’une ronce en flammes mais ne se consumant pas 🔥 Fondé sur une chapelle construite à la demande l’impératrice romaine Hélène (337), c’est l’empereur Justinien qui ordonne son développement et sa fortification au milieu du VIème siècle. Le monastère est l’un des plus anciens du monde encore en activité, il est constitué d’une basilique, d’une mosquée (construite en 1106 pour amadouer les chefs musulmans locaux), d’une très grande bibliothèque (la plus importante après celle du Vatican), d’un petit musée, des bâtiments de vie des moines et d’un jardin.
Si tout est si ancien et dans un si bon état de conservation, c’est que l’ensemble n’a pas connu de véritable attaque (au sens militaire du terme, il a bien sûr subi les assauts des rebelles locaux), protégé par les gouvernements successifs (et notamment par un décret de Mahomet, étendant sa protection sur les moines).
En passant deux portes en bois superbement sculptées (la première de la période fatimide soit le XIème siècle, la seconde qui serait l’originale de l’époque romaine), nous parvenons dans la spectaculaire Basilique de la Transfiguration (qui a conservé intacte sa structure du milieu du VIème siècle). Sa nef centrale est flanquée de deux rangées de 6 colonnes (une pour chacun des apôtres ou des mois de l’année) décorées par des icônes des saints; les murs sont blancs mais eux aussi recouverts d’icônes dorées. Du magnifique plafond où les étoiles se détachent sur un fond vert (XVIIIème siècle) pendent d’innombrables lustres et encensoirs; des moines barbus sont d’ailleurs en train d’en préparer un car Pâques approche. Les encensoirs sont surplombés de véritables œufs d’autruche, un oiseau fort peu local (et donc un objet précieux et exotique) mais ici symbole de vigilance (façon particulière de l’autruche de couver ?) et de la résurrection (la vie naît d’un œuf en apparence inerte). Au fond, nous apercevons la nef, couverte de mosaïques de l’époque romaine (chef d’œuvre de l’art byzantin), malheureusement en partie cachée par une grande cloison décorée d’icônes. Le sol en marbre (XVIIIème siècle) est constitué de formes géométriques, comme on peut en voir dans certaines églises de Rome. Enfin, le clocher néo-classique est un ajout de la fin du XIXème siècle. Malheureusement, les photos sont interdites, mais on vous promet que c’est très impressionnant !
Nous visitons ensuite le petit musée (ici aussi photos interdites 😞) qui expose de très anciennes icônes, souvent dorées, notamment un surprenant Christ Pantocrator du Sinaï (VIème siècle) dont le côté droit (doux) exprime la miséricorde et le gauche (sévère) la justice divine. (Pas de photo de l’original donc, mais on a trouvé une copie version street art sur la façade du camp !) Nous admirons également des parchemins anciens, notamment un extrait du Codex Sinaiticus, l’un des plus anciens manuscrits de la Bible chrétienne quasi complet (IVème siècle), que le monastère a conservé jusqu’au milieu du XIXème siècle avant qu’il ne soit volé (il est aujourd’hui… au British Museum).
Enfin, les derniers endroits que nous pouvons voir à l’intérieur du monastère sont le buisson ardent (impressionnante ronce surplombant une icône) et le premier puit du monastère, où Moïse aurait rencontré sa future épouse, décoré d’une jolie fresque (plus récente) racontant la vie de Moïse. Ahmed nous invite à monter sur la montagne qui fait face au monastère : le point de vue est superbe malgré un ciel bien bas. Nous sommes escorté·e·s par Yasser, un jeune garçon qui insiste pour nous guider et nous prendre en photo. Son enthousiasme à manier le zoom de notre appareil photo est contagieux !
Nous retournons déjeuner légèrement au camp, l’occasion de discuter avec les autres membres du groupe avec qui nous partons randonner demain. Il s’agit de quatre ami·e·s italiens d’une cinquantaine d’années, membres du Club Alpino Italiano de Raguse (Sicile). Après un petit temps calme, nous partons nous balader en ville.
Sainte Catherine est une petite ville posée au milieu du désert, à quelques kilomètres du monastère. Pour le meilleur ou pour le pire, elle est en plein réaménagement : de nouveaux hôtels à grande capacité sont en train de sortir de terre, un nouveau centre des visiteurs est presque terminé, de nouvelles routes et même un aéroport sont en cours de construction ! On sent une réelle volonté (locale ?) de développer le tourisme et une tentative de faire rester les touristes, qui pour la plupart viennent aujourd’hui à la journée. Le centre a été modernisé aussi, autour de sa mosquée flambant neuve. Une averse (la première de notre séjour) nous fait rebrousser chemin.
Nous profitons de la fin d’après-midi pour préparer calmement nos bagages pour la randonnée : demain nous partons pour 7 jours d’itinérance à travers les montagnes du Sinaï ! C’est donc la dernière nuit que nous passons dans un lit… Cette fois-ci c’est sûr, nous n’aurons aucun réseau : ne vous inquiétez pas du silence radio : tout va bien ❤️ (et imaginez le pâté que vous aurez à notre retour !)
Country Guides:
Egypt