1. François Ehrhardt
  2. إبريل في مصر
  3. Gebel Na’Ga (rando itinérante, jour 1)

Saint Cathrine, Egypt - Polarsteps

Nous quittons le camp après un copieux petit-déjeuner, au cours duquel nous goûtons pour la première fois le « foul » (sorte de ragoût de fèves), un grand classique de la cuisine égyptienne. Une camionnette blanche nous entraîne sur des routes cahoteuses pour rejoindre le point de départ de l’aventure : le village d’Abo Sela. Notre petit groupe est donc constitué de 9 personnes : Ahmed, Ahmed (2) et Khaled (les guides), Marco, Eugenio, Gian-Luca et Luiza (les sicilien·ne·s) et enfin Héloïse et moi. Aussi improbable que cela puisse paraître, alors que nous sommes en pleine région désertique : il pleut ! (Il a d’ailleurs plu également une bonne partie de la nuit.) Ahmed nous confirme que ce n’était pas arrivé ici depuis 4 ans (!) et que c’est une bénédiction pour tous les êtres vivants des environs. Pour nous, c’est l’occasion de découvrir une version rare du haut-Sinaï, une version où les cours sablonneux des rivières contiennent un peu d’eau, l’occasion d’apercevoir de petites cascades et une végétation moins terne. Rapidement, le décor des prochains jours est planté : nous allons les passer dans de somptueux paysages sauvages de granite aux couleurs (de l’ocre au noir, en passant par le rouge) et formes (tantôt poli, tantôt saillant) toujours changeantes. C’est aussi l’occasion pour nous d’en apprendre un peu plus sur les bédouins, ce peuple de nomades (moins aujourd’hui) qui habite la région depuis des millénaires. On retrouve des bédouins à travers une bonne partie du monde arabe, de la Tunisie à l’Arabie Saoudite en passant par le Yémen et la Libye. En Égypte, ils sont aujourd’hui un peu partout, même s’ils viennent surtout du Sinaï et du sud du pays (les « Saïdi » ?). Sur le territoire du Sinaï, ils sont 8 tribus différentes, et nous sommes ici chez les Jibalaya (« Jibala » étant une montagne des environs ?). Ahmed (2) nous raconte assez vite que, dans l’Égypte actuelle, les bédouins sont assez mal vus : stigmatisés politiquement et dans la culture populaire (notamment par le cinéma égyptien de la 2ème partie du XXème siècle), les Egyptiens ont peur d’eux. Nous marchons sur des sentiers caillouteux et poussiéreux, par lesquels nous passons d’une vallée à une autre. Moins usités aujourd’hui, ils étaient autrefois fréquentés par les bédouins nomades. Le parcours est extrêmement varié, tour à tour chemins étroits et enclavés ou larges étendues plus plates. En haut d’une montée, nous croisons un petit bassin alimenté par une cascade dans lequel je file me rafraîchir : l’eau est fraîche, mais pas trop. C’est bientôt l’heure du déjeuner : après avoir collecté du bois mort pour faire chauffer le thé et cuire les pommes de terre, nous regardons nos trois guides, devenus cuisiniers, s’activer pour nous préparer houmous, fromage frais (type fêta) aux herbes, salade composée… bientôt servis avec du pain plat et des fruits. C’est bien différent des déjeuners de nos randos : on savoure ! Nous repartons bientôt pour atteindre le sommet du « Gebel » (= montagne) Na’Ga (qui signifie brebis, un nom dû à ses formes arrondies, presque moutonneuses, visibles de loin) grâce à un chemin assez ludique où nous passons à l’intérieur de la roche. Nous sommes ici sur l’extrémité nord du haut-Sinaï et pouvons apercevoir (même si le paysage est un peu brumeux) le début des plateaux sableux qui constituent le nord de la péninsule. De l’autre côté, le paysage de sommets découpant des vallées, parfois rocheuses, parfois vertes, est superbe. Nous redescendons calmement. Sur le sentier, une douille rouillée rappelle la guerre de 1973 entre l’Egypte et Israël. Le grand-père d’Ahmed était le dernier herboriste de la tribu et, s’il ne lui a pas dévoilé tous ses secrets, il lui a quand même transmis sa passion pour les plantes. Nous nous arrêtons donc régulièrement pour observer, sentir ou goûter les spécimens que nous croisons. Nous reconnaissons une variété sauvage de sauge, utilisée avec du miel en infusion pour soigner la toux, mais c’est la première fois (en tous cas consciemment) que nous voyons de l’origan et ses petites feuilles vertes : il est très utilisé dans la cuisine bédouine. Ahmed nous montre également la « sakaran » (iochiamo ?), une plante toxique aux jolies fleurs mais dont la sève (aux propriétés anesthésiantes) était appliquée sur une plaie béante afin d’insensibiliser les chairs, avant de se faire mordre par des fourmis… pour refermer la plaie (façon points de suture) ! La journée de marche se termine par la remontée du canyon de Saqar qui nous emmène jusqu’au jardin où nous campons ce soir. Ces jardins, lopins de terre en fond de vallée délimités par des murets de pierre et renfermant les seuls arbres du paysage, étaient entretenus et occupés périodiquement par des bédouins nomades jusqu’aux années 1980s. Si certaines familles y montent encore l’été, ils sont aujourd’hui globalement à l’abandon. Nous apercevons d’abord les dromadaires, qui se reposent après avoir porté le gros de nos affaires, le matériel de cuisine et l’équipement de nuit; les deux chameliers (nous apprendrons plus tard que ce sont également nos cuisiniers du dîner) viennent à notre rencontre. Nous découvrons enfin le camp : un petit bâtiment en dur contre lequel s’adosse un salon bédouin extérieur et en dessous, sur deux terrasses, nos tentes déjà montées qui nous attendent. Nous installons nos affaires dans les tentes et grignotons des cacahuètes en discutant et en regardant Ahmed torréfier puis moudre le café pour le lendemain matin (ça nous rappelle des souvenirs péruviens !). Au menu, une délicieuse « chorba » (= soupe) de légumes et du poulet grillé au feu de bois : un délice. Ahmed est un très bon conteur et le salon bédouin, disposé autour du feu de camp, est un endroit très propice aux histoires. Il nous raconte des coutumes bédouines et notamment sur les rencontres homme/femme, quand la culture interdit aux hommes de parler aux femmes… Il nous explique également comment il a épousé sa femme, alors qu’il ne l’avait jamais rencontrée (ils pensent que la réputation de chacun des futurs marié·e·s prime et que l’amour vient ensuite -nous n’oserons pas demander si c’est effectivement le cas). Nous profitons de l’arrivée d’un bédouin vivant à proximité du campement pour nous éclipser discrètement : demain, le réveil est matinal !

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Egypt