1. François Ehrhardt
  2. إبريل في مصر
  3. Gebel Ahmar (rando itinérante, jour 5)

Saint Catherine, Egypt - Polarsteps

La nuit a été venteuse, mais la tente ne s’est pas envolée (et donc nous non plus). Héloïse se rend compte ce matin que la seule partie de ses jambes non couverte, ses chevilles, ont pris un joli coup de soleil ! Nous retrouvons tout le monde autour du feu. Les guides et cuisiniers sont en pleine forme, réveillés depuis 4h du matin (pour la première prière de 4h15-30), et attaquent la cuisson du pain. Ahmed était parti hier soir, le voilà de retour avec deux nouveaux·elles randonneur·se·s qui rejoignent notre groupe pour les prochains jours : Josephine et Peter viennent de Londres et ils passent 15j en Égypte pour leur lune de miel ! 💒 Il·elle·s ont à peu près notre âge et le courant passe très bien. Pas de longue distance au programme aujourd’hui, sorte de journée de repos avant un gros morceau demain : juste une petite ascension, et donc une petite descente puisque nous dormons au même endroit. Nous remontons le « Wadi Ahmar » (= vallée rouge, même si ce n’est probablement pas l’endroit le plus rouge qu’on ait croisé depuis le début de cette randonnée), où ruisselle une rivière à l’eau cristalline et au doux bruit apaisant, pour atteindre le sommet du même nom. Le chemin n’est pas évident à suivre puisqu’il escalade des roches de toutes tailles; il passe parfois même à l’intérieur, l’occasion d’observer le nid bien caché et fait de sable d’un oiseau du coin. Nous touchons ici à la limite de la randonnée et au début de l’escalade… ce qui n’est pas pour nous déplaire ! Les guides sont très attentifs, se positionnant stratégiquement pour nous aider. Notre guide principal est donc Ahmed. Aîné d’une fratrie de 6 enfants, c’est un homme de 29 ans, enthousiaste, attentif et attentionné, au sourire et à la bonne humeur contagieuse. Après des études en informatique au Caire, il a décliné une offre d’emploi à Berlin, principalement car sa mère lui a dit qu’elle ne l’avait pas mis au monde pour qu’il parte aussi loin ! Après une année passée dans un bureau au Caire, il est évident pour lui qu’il n’a rien à y faire et que sa place est dans les montagnes. Voilà maintenant 12 ans qu’il les arpente comme guide, ce qu’il ne changerait pour rien au monde. S’il vit pleinement dans la culture bédouine, il a aussi très conscience des autres façons de vivre dans le monde, ce qui fait de lui un médiateur intéressant. Au sommet du « gebel » Ahmar (2318m), nouveau superbe panorama à 360 degrés : la brume des derniers jours semble s’être dissipée et on voit donc un peu plus loin ! Au nord, la ville de Sainte Catherine et, plus loin, les plateaux sableux du nord du Sinaï; à l’est, le mont Sinaï et ses fameux escaliers; au sud, le mont Sainte Catherine, plus près que jamais : nous apercevons distinctement le sentier qui y monte et l’église installée à son sommet (spoiler : nous y serons demain !), mais aussi, au-delà, le golfe de Suez, et même les montagnes de la Mer Rouge, après Hurghada; et enfin à l’ouest, le « gebel » Abbas Pasha et ses fondations de château (sur lequel nous étions hier). Nous redescendons par le même sentier, un peu aérien certes, mais pas vertigineux (des dires d’Héloïse, qui sait de quoi elle parle) pour rejoindre une petite caverne où nous avions laissé le repas du midi. Le « baba ganoush » est de retour au menu, pour notre plus grand plaisir ! Nous apprécions de plus en plus la compagnie des italien·ne·s, avec qui nous partageons l’aventure. Il·elle·s sont toujours enthousiastes et très content·e·s d’être là; ce sont des randonneur·se·s aguerri·e·s. Eugenio parle un peu anglais, suffisamment pour comprendre et être compris la plupart du temps. Luiza parle un espagnol sud-américain très fluide (son ex-mari est vénézuélien), en y intégrant parfois quelques mots d’italien. Gian-Luca, qui ne parle qu’italien, est peut-être le plus discret de la bande mais toujours souriant, c’est aussi celui à qui les sentiers posent le plus de difficultés. Enfin, Marco, qui adore sautiller à gauche à droite, ne parle qu’italien lui-aussi, mais il le parle avec tout le monde, comme une sorte de langue universelle : cela fonctionne la plupart du temps et c’est assez drôle à observer. Quand Eugenio (traducteur principal vers l’italien) ne comprend pas l’anglais d’Ahmed, nous nous concertons en français pour essayer d’assurer une traduction en espagnol à Luiza (qui relaie alors en italien). Ce ping-pong linguistique fait beaucoup rire tout le monde… et nous fait de sacrés nœuds au cerveau ! En tout cas, on n'aurait pas cru qu’on ressortirait notre espagnol en Égypte, qui plus est au milieu du Sinaï ! Nous redescendons en discutant. Ahmed consolide le sentier en quelques endroits bien choisis, avant de débiter un arbre mort et bien sec en petites bûches à coups de pierre. La lumière de fin de journée est très belle sur les roches rouges. Tout le monde est un peu fatigué par le soleil (ou par l’effort physique), qui a tapé fort aujourd’hui, et l’allure moyenne s’alanguit. Après une dernière pause au bord de l’eau (dans un endroit fort apprécié des bédouins, vues les nombreuses inscriptions autour de nous), nous rejoignons le camp, ses arbres en fleur, son salon bédouin et son feu de bois. Jibali, notre chef cuisinier, nous régale d’un barbecue cuit à point accompagné d’une sorte de ratatouille locale et, après une dernière tisane en regardant les étoiles (encore bien au rendez-vous ce soir), nous nous retirons dans la tente.

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