1. François Ehrhardt
  2. إبريل في مصر
  3. Gebel Katrina (rando itinérante, jour 6)

Saint Catherine, Egypt - Polarsteps

5h28. Le soleil se lève et, malgré le masque sur les yeux, je ne parviens pas à me rendormir. J’aime ces moments calmes : l’occasion d’écouter, de lire ou d’écrire. 6h17. Faux-départ pour Héloïse qui, se rendant compte de l’heure, remet son masque et se rendort. 7h08. Avec un peu de retard sur le planning, mais les sacs bouclés, nous rejoignons les autres pour le café. L’ambiance du petit-déjeuner est un peu tristoune : Marco, le boute-en-train de la troupe, n’est pas très en forme ce matin. Eugenio, le médecin (homéopathe) du groupe soupçonne un problème de tension. 8h20. Le camp est déjà presque levé par Jibali et Aïd, les chameliers, alors que nous nous mettons en route. Aujourd’hui, nous traversons le massif; les dromadaires (peu adroits sur chemins escarpés, car hauts sur pattes) ont, eux, une longue route de contournement à faire. Nous retrouvons Ahmed à l’avant du peloton pour discuter de sujets tout aussi variés que l’endroit où il se fournit en équipements de randonnée (l’Europe… ici tout est plus cher est de moins bonne qualité) ou sur les noms de famille des bédouins. Ahmed a en fait 5 prénoms : Ahmed Mousa Ahmed Mansour Ahwah, combinaison des prénoms de ses ancêtres masculins sur quatre générations, à l’image d’une société où les femmes sont surprotégées (invisibilisées), gardées à l’abri « comme des diamants ». Ce lignage inclut une responsabilité mutuelle des cousin·e·s sur 4 générations : si l’un·e d’entre eux·elles commet une faute, tout le monde est responsable et doit participer au dédommagement. Les bédouins utilisent également les noms de famille. S’il n’y a pas de recensement régulier des Jibalayas, il·elle·s seraient aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers. 9h26. Nous contournons la vallée rouge d’hier et nous nous s’enfonçons maintenant dans le massif noir du mont Sainte Catherine. Le sentier gravillonneux monte raide, mais il est beaucoup mieux marqué et moins technique qu’hier. Quelques pierres roulent sous nos pieds. Je marche le nez en l’air, les yeux scrutant les parois rocheuses alentours pour essayer d’apercevoir des bouquetins, c’est sans succès. Nous passons les 2100m d’altitude, les nuages et le vent refont leur apparition. Nous reprenons des forces en mangeant des dattes (de type « sukkari », les meilleures !); Ahmed (2) se rend compte que la fermeture de la veste d’Héloïse est défaillante et propose de la réparer. Tout le monde a un avis sur la question, et le résultat est… finalement pire que mieux. Bientôt, l’église au sommet du mont Sainte Catherine ne nous paraît plus si lointaine. 10h54. Nous laissons le col (2300m) pour entamer la montée finale. Ahmed (2), qui nous accompagne au sommet (pendant qu’Ahmed et Khaled préparent le déjeuner), marche d’un pas peu rapide mais régulier, le fameux rythme mécanique de la marche de montée, celui des ascensions à plus de 4000m au Pérou. Nous croisons vite les premiers névés, résidus des chutes de neiges d’il y a une dizaine de jours; il peut tomber jusqu’à 50cm sur le mont Sainte Catherine. 11h53. Les derniers mètres se font sur un chemin pavé de granite, sorte d’escalier montant vers le ciel. Lorsque nous atteignons le sommet, les italien·ne·s ont déjà déployé le drapeau du Club Alpini Italiano. Nous voilà sur le toit de l’Égypte, à 2642m d’altitude. (Je crois que c’est la première fois que nous montons sur le plus haut sommet d’un pays !) La chapelle est fermée, mais le panorama est imprenable. Les couleurs sont changeantes, entre ombre et lumière, à la merci des trouées ensoleillées entre les nuages. Nos yeux cherchent (et trouvent) les endroits que nous avons traversé ces derniers jours : d’en haut, on voit presque tout. Nous redescendons au col retrouver le reste de la troupe. Le mont Sainte-Catherine est, selon la tradition chrétienne, l’endroit où les anges auraient déposé le corps de Sainte Catherine, martyrisée au IVème siècle à Alexandrie. La chapelle orthodoxe du sommet, construite au début du XXème siècle lui est dédiée. 14h30. Après le déjeuner face au mont Sinaï et un petit temps calme, c’est l’heure d’attaquer la descente. Le chemin est superbement tracé, consolidé par de petits murets. Il forme de grands serpentins, toujours avec le mont Sinaï en ligne de mire. Nous faisons un petit crochet pour découvrir la source des cailles, fin filet d’eau dégringolant sous un joli pont de pierre. Après une bonne partie à l’ombre, nous retrouvons un peu de soleil : il nous réchauffe agréablement l’arrière des jambes. Ahmed nous présent une nouvelle plante (que j’ai oublié de prendre en photo), l’« artemisia jodaica ». Elle pousse entre 200 et 1600m d’altitude et dégage une agréable odeur sucrée qui ressemble à celle des fraises; lorsque nous la goûtons, elle se révèle finalement très amère ! Mélangée avec une autre herbe, elle peut favoriser la grossesse pour une femme, elle peut aider un enfant qui aurait mangé trop de bonbons ou pour les problèmes d’estomac et de vésicule biliaire. 16h. Nous voilà au pied du mont Sinaï, bien arrivé·e·s dans notre jardin du soir. Il appartient à une famille qui vit là (mais que nous apercevrons seulement), au sein d’une petite communauté bédouine. Si nous semblons toujours être isolé·e·s, la ville est en fait toute proche. Alors que nous nous installons dans la tente, Héloïse se laisse émouvoir par un chaton acrobate qui lui saute dessus. 18h52. Nous sommes rassemblé·e·s autour du feu dans un salon bédouin couvert, donc baigné d’une agréable chaleur mais passablement enfumé. Juste au-delà, un petit élevage de damans (petits animaux, sorte de gros cochons d’Inde, quelque part entre le rat et le lapin) produit un peu de viande pour la famille qui vit là (voir photo demain). Pour ce dernier dîner de l’aventure, Eugenio nous fait remarquer que nous sommes 13… En ce lieu biblique, difficile de ne pas faire de parallèles ! Après une « chorba » et des pâtes aux boulettes fort bien réussies (tout le monde en reprend), Ahmed prend la parole pour nous remercier, mais aussi pour rappeler le rôle de toute son équipe dans le bon déroulement de cette aventure. Il nous demande des retours et/ou des suggestions d’amélioration sur cette semaine passée ensemble : nous sommes unanimes, tout était absolument incroyable et il ne faut rien changer. Alors que les cuisiniers retirent les casseroles, ils sont suivis par une demi-douzaine de chats. 20h46. Un autre groupe de randonneur·se·s termine son repas à proximité; le groupe électrogène du hameau ronronne. Au fond de nos sacs de couchages, nous sommes prêt·e·s pour cette dernière nuit en montagne, déjà envahi·e·s par fort sentiment de nostalgie : on aurait bien continué encore un peu.

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