1. François Ehrhardt
  2. إبريل في مصر
  3. Philae (temple d’Isis)

Shash, Egypt - Polarsteps

Merveille de la région, y accéder nous aura causé beaucoup de nœuds au cerveau. Nous alternons entre volonté d’y aller seul·e·s pour y passer le temps nécessaire, d’y aller avec un guide pour apprendre ses secrets (mais nous n’avons pas de contact), ou tout simplement en excursion pour la simplicité et la tranquillité d’esprit. Le temple étant situé sur une île, en amont de l’ancien barrage d’Assouan, il n’est pas possible d’y aller en bateau directement : pour nous, depuis Éléphantine, cela veut dire bateau + taxi + bateau. Le taxi devant attendre à l’embarcadère pour assurer le retour, il faut de toute façon convenir d’une durée d’attente avec lui, schéma à reproduire avec le dernier bateau. Nous passons finalement par GetYourGuide 🧘 Le trajet est agréable, nous rencontrons Ahmed (surnommé Medo), notre guide de l’après-midi, alors que nous montons en voiture. Il nous présente la ville et le mythe d’Osiris, dont le temple est largement inspiré. Il parle lentement et avec les mains, on sent l’expérience. Il est un peu pince-sans-rire et il nous faut un peu de temps pour nous habituer, mais le courant passe finalement plutôt bien. Nous voici déjà dans un petit bateau voguant vers l’île de Philae. Enfin pas tout à fait. L’île de Philae n’existe presque plus aujourd’hui (un tout petit bout de rocher surnage encore), engloutie lors de la création du grand barrage d’Assouan dans les années 60. Ce projet titanesque visait à maîtriser les crues du Nil, créer un lac artificiel permettant une réserve d’eau (irrigation toute l’année), produire de l’électricité et affirmer la puissance de l’Egypte (pays officiellement non-aligné dans le contexte de la guerre froide). Sous l’égide de l’UNESCO, de nombreux temples ont été déplacés, afin d’éviter leur submersion. Ça n’a pas été le cas d’une cinquantaine de villages nubiens, qui ont été rayés de la carte à tout jamais. Le temple d’Isis, originellement construit sur Philae, a été déplacé sur l’île voisine d’Aguilkia, où nous nous dirigeons donc, mais le nom historique est resté. Revenons au mythe d’Osiris, alors roi d’Égypte et aimé de tous. Son frère Seth, jaloux de sa puissance, l’attira dans un piège : il fit construire un coffre aux mesures exactes du corps d’Osiris, et lors d’un banquet promit de l’offrir à celui qui y entrerait parfaitement. Lorsqu’Osiris s’y allongea, Seth referma immédiatement le couvercle et scella le coffre. Il découpa ensuite le corps en 14 morceaux qu’il dispersa dans les 14 villes/provinces que comptait l’Egypte à l’époque. Isis (la femme d’Osiris), aidée de sa sœur Nephtys (mais aussi femme de Seth), se lança dans une quête désespérée pour retrouver chaque fragment. Elles finirent par y arriver. Par sa magie, elle reconstitua le corps et rendit la vie à Osiris pour une nuit seulement, ce qui fut suffisant pour concevoir Horus, leur fils. À côté de Philae, se trouve l’île de Biggeh, réputée abriter la tombe d’Osiris. Le temple de Philae ancre ainsi géographiquement le mythe fondateur. Au regard de l’histoire de l’Égypte pharaonique, le temple est très récent. Sa construction débute vers 380 avant JC, sous Nectanébo Ier, l’un des tout derniers pharaons égyptiens de la XXXe dynastie (380–343 avant JC, fin de la Basse Époque). C’est la dernière dynastie de pharaons indigènes, alors que l’Égypte subit des tentatives d’invasion répétées. Les pharaons de cette dynastie construisent et restaurent de nombreux temples, affirmant leur légitimité. En 332 avant JC, Alexandre le Grand conquit l’Egypte et impose une nouvelle dynastie : les Ptolémées (grecs). Ils vont paradoxalement poursuivre et amplifier la construction de Philae, adoptant les codes architecturaux et religieux égyptiens pour asseoir leur légitimité. C’est un monument de la fin d’une civilisation, dernier grand sanctuaire d’une religion trois fois millénaire.​​​​​​​​​​​​​​​​ Sur l’île, le temple d’Isis constitue l’édifice principal, s’étendant sur 65 mètres de longueur. Devant le temple, une grande cour (accessible à tous) est bordée de colonnes aux chapiteaux floraux (lotus et papyrus). Sa façade monumentale présente le pharaon tenant les prisonniers par les cheveux, ainsi que quelques divinités, dont Horus et sa femme Hathor (que nous peinons souvent à distinguer de sa belle-mère, Isis). Nouvelle cour, plus petite, à l’intérieur (réservée à la noblesse) : tout est richement décoré de bas-reliefs. À gauche, les chapiteaux des 7 colonnes représentent Hathor : son expression du visage évolue, d’abord tendue et contractée (douleur de l’accouchement), elle finit par se détendre et sourire (joie des premiers jours de l’enfant). Nous traversons une salle semi-couverte (réservée au roi et aux grands prêtres) aux immenses colonnes richement décorées, avant de rejoindre le sanctuaire où un pan de mur entier raconte le mythe d’Osiris en hiéroglyphes. L’ensemble est superbement conservé, mais beaucoup de visages de divinités sont martelés : le temple ayant un temps été transformé en église copte, on a voulu faire table rase de ces divinités païennes. On remarque également l’ajout de croix coptes sur les colonnes et un petit autel dans un coin. On trouve également de nombreux gratifiés de toutes époques, se surimprimant aux hiéroglyphes : romains, mais aussi soldats napoléoniens ont marqué le temple lors de leur passage. Le guide nous pose de nombreuses questions, s’assurant de notre attention. Je suis récompensé de mes bonnes réponses par une jolie pièce de 1 livre égyptienne (à la valeur si faible qu’on ne la trouve presque plus en circulation), figurant le masque funéraire de Toutankhamon entouré d’une guirlande de fleurs de lotus. Il nous reste peu de temps pour profiter des autres constructions de l’île, comme le temple d’Hathor ou le kiosque de Trajan, que nous traversons rapidement. Il est déjà temps de rentrer et nous déclinons l’offre du guide de passer par un magasin de souvenirs. Alors que nous embarquons sur le petit bateau qui doit nous déposer à l’hôtel, nous réalisons (en même temps que le rabatteur et que les deux autres passagères du bateau) que le chauffeur est ivre, une bouteille de bière à la main. Il est houspillé et renvoyé à terre par le rabatteur, qui se met en quête d’un autre capitaine. Un autre se propose, il est à peine en meilleur état. Le ton est haussé des deux côtés, mais ne trouvant personne d’autre, le rabatteur embarque avec nous pour chaperonner le pilote. Le contournement d’Eléphantine est chaotique : le conducteur accélère et ralenti brutalement, passe vraiment très proche d’autres bateaux navigants, manque de peu un rocher affleurant sur l’eau et nous éclabousse dans un virage trop serré. Nous sommes fin-heureux·se de débarquer, l’estomac un peu secoué, mais sain·e·s et sauf·ve·s.

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