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François Ehrhardt
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إبريل في مصر
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Assouan (observation des oiseaux)
Taqouk Mountain, Egypt - Polarsteps
Le bus progresse bien et le voyage est confortable, mis à part peut-être d’un point de vue sonore puisque notre chauffeur est un joueur de klaxon émérite. Le retard du Polarstep est presque rattrapé, je suis également presque à jour dans mes messages : il fallait bien 8h de transport !
Nous marquons un arrêt à mi-trajet, au même café qu’à l’aller. Il est 15h et il fait extrêmement chaud; il y a peu d’ombre. Nous remarquons des jarres en terre cuite qui nous avaient échappé lors de notre premier passage. Fermées par un couvercle en métal, les locaux boivent l’eau contenue à l’intérieur grâce à une tasse de métal partagée. (Après avoir remarquées celles-ci, nous en remarquons un peu partout.) Nous ne tenterons pas l’expérience et retournons rapidement dans le bus, climatisé.
Dans un élan de génie, nous descendons du bus avant la gare routière, presque en face du ferry, où nous tombons par hasard sur Mahmoud, qui nous bichonne à l’hôtel (après la nuit à Abu Simbel, nous retrouvons notre hôtel des nuits précédentes à Assouan). Il nous confirme que les températures actuelles sont anormales pour la saison et qu’une vague de chaleur traverse l’intégralité du pays. Nous rejoignons l’hôtel, et surtout sa terrasse, juste à temps pour profiter une nouvelle fois du coucher de soleil sur le Nil.
Nous goûtons notre première bière (avec alcool) égyptienne sur le toit-terrasse de l’auberge Bob Marley. La Stella (de type lager) est brassée dans le nord de l’Égypte depuis la toute fin du XIXème siècle, nous la trouvons désaltérante et fraîche. S’ils n’ont pas inventé la bière (ce sont les Sumériens de Mésopotamie vers 3500 avant JC), les Egyptiens de l’Antiquité était de grands brasseurs : elle constituait un aliment de base pour tous, des ouvriers aux pharaons, et jouait un rôle important d’offrande religieuse… on se devait bien d’y goûter !
Il est 7h pile quand nous retrouvons Fatma et le conducteur du petit bateau à moteur qui nous emmènent découvrir le Nil autrement, à la recherche de ses oiseaux. Assouan est un vrai paradis ornithologique, à la croisée de trois zones climatiques (désert, vallée du Nil, Afrique subsaharienne). En plus de ses espèces résidentes, la ville se trouve sur la voie de migration Est-Africaine (ou voie du Nil), l’un des grands couloirs migratoires reliant l’Europe et l’Asie centrale à l’Afrique subsaharienne. Nous sommes cependant déjà à la fin du printemps ici et la majeure partie des oiseaux migrateurs sont déjà remontés.
Au bord de l’eau et de bon matin, les oiseaux ne sont pas très difficiles à trouver. Ils volent et/ou mangent au bord de l’eau et chantent à tue-tête. A peine quittons nous l’hôtel que nous apercevons nos premiers martins-pêcheurs pie (oiseaux plongeurs noir et blanc, photo 1) et martins-chasseurs de Smyrne (au dos bleu électrique, photo 16). Ils font leurs nids en creusant la boue des bords du fleuve. Si le premier est un pêcheur, le second ne mange finalement que peu de poisson et se nourrit de petits insectes ou batraciens. Nous croisons deux types d’aigrettes, que nous avions déjà remarqués les jours précédents : la fameuse garzette (blanche, fine, avec deux longues plumes en guise de perruque) et le héron garde-bœufs (plus trapu, aux plumes fauves pendant la saison de reproduction). La première mange principalement de petits poissons, tandis que le second se nourrit d’insectes et de petits vertébrés qui tournent autour du bétail.
Il y a définitivement pas mal de hérons dans le coin ! Un superbe héron pourpré (photos 3 et 6), espèce habituellement plutôt farouche, pose pour nous, avant de s’envoler de façon… relativement gracieuse. Nous observons ensuite un héron des mangroves (aux plumes bien dessinées, photo 5), un bihoreau gris (photo 8), étrangement accroché comme une moule à son rocher, et un crabier chevelu (photo 7) au plumage brun et beige.
Nous nous enfonçons bientôt dans la toute petite réserve naturelle Salouga et Ghazal à vocation d’études et recherches. Le paysage est plus nature, calme. Au-dessus des rochers, un œdicnème du Sénégal (photo 4) s’exprime bruyamment. C’est aussi le cas du rousserolle stentor (photo 9), le bien nommé, qui émet des séries de sons stridents un peu confus. Un fugace guêpier d’Orient, au superbe plumage vert fluo, s’envole à notre passage.
Un peu plus loin, des buffles d’Afrique d’élevage se rafraîchissent dans le Nil. Sur la rive, nous apercevons un jeune à côté de sa mère. Quelques libellules volettent au raz de l’eau. Près du rivage, quelques petits flotteurs marquent un filet : placé là par des pêcheurs, il sera relevé plus tard. Sur la branche d’un arbre, un milan noir (photo 13), rapace au plumage foncé, guette; pendant que plus bas, un talève d’Afrique, aux couleurs violette, verte et bleu pâle spectaculaires, et son petit (photos 11 et 12) fouillent le bord de l’eau.
Fatma nous signale également le moment où nous traversons la première cataracte du Nil, sorte de rapide à un endroit moins profond. Ce n’est pas une cascade au sens littéral du terme, mais c’était suffisant pour empêcher la navigation des gros bateaux, dès l’époque pharaonienne. Cette cataracte marquait historiquement la frontière entre la Nubie et l’Égypte. Au-dessus de nous, de nombreuses hirondelles, mais aussi des moineaux, des sternes et de jeunes corbeaux s’agitent.
Nous avons beaucoup apprécié cette balade fluviale matinale, dans la fraîcheur du jour levant où le vent de la vitesse du bateau et la fraîcheur de l’eau camouflent temporairement l’écrasante chaleur de la journée à venir. Le seul point négatif ? Le moteur du bateau et sa fumée violacée, qui ne sont un plaisir ni pour le nez, ni pour les yeux.
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