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François Ehrhardt
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إبريل في مصر
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Karnak (temples)
Old Karnak, Egypt - Polarsteps
Après un petit-déjeuner rapide, nous montons dans le van d’Amin qui nous conduit aux temples de Karnak. Nous traversons le Nil; deux ponts relient la rive gauche à la rive droite au niveau de Louxor, mais aucun en plein centre-ville. Nous arrivons sur la rive droite et traversons la périphérie de la ville, plus densément construite que sur la rive gauche.
Karnak n’est pas un temple unique mais un vaste complexe de temples, chapelles, pylônes et obélisques érigé sur environ 200 hectares. Sa construction s’étale sur près de 2 000 ans, du Moyen Empire (vers 2000 avant JC) jusqu’à l’époque ptolémaïque. Presque tous les pharaons d’envergure y ont laissé leur empreinte, ajoutant, modifiant ou agrandissant ce que ses prédécesseurs avaient bâti. C’est aujourd’hui encore le site religieux le plus grand jamais construit par l’humanité (plus de 4x plus grand que le Vatican, par exemple).
Alors que nous prenons les billets, Eleanor nous aborde gentiment. Elle est guide égyptologue et nous propose de nous faire la visite. Le temple étant un sacré millefeuille historique, nous acceptons avec enthousiasme. Sur la maquette de l’entrée, elle nous présente les différents espaces et les différentes époques, avant de nous conduire à l’intérieur du complexe. Grand site de l’Égypte Antique, tous les touristes de la région semblent s’y être donné rendez-vous en ce dimanche matin.
Si son état de conservation est moins bon qu’à Edfou (par exemple), l’ensemble est extrêmement impressionnant. Nous pénétrons dans l’enclos d’Amon-Rê par l’ouest, grâce à une allée grandiose bordée de criosphinx : corps de lion et tête de bélier, symbolisant la puissance physique et l’énergie fécondante. Nous passons le premier pylône (113m de large, 43m de haut, époque ptolémaïque) qui n’a jamais été terminé : les rampes de briques crues utilisées par les ouvriers sont toujours à l’intérieur. Si nous pénétrons à pied et sur la terre ferme, c’est bien en barque grâce à un canal creusé depuis le Nil que le pharaon pénétrait, lui, dans le temple.
Amon n’est pas spécifique au Nouvel Empire, même si c’est là qu’il atteint son apogée. Il devient important à Thèbes dès le Moyen Empire, dieu protecteur local des princes thébains qui unifient l’Égypte à nouveau. Il faut alors légitimer Amon théologiquement, ce qui est fait par la syncrétisation : Amon absorbe Rê et devient Amon-Rê, combinant : la puissance cachée et universelle d’Amon et la royauté solaire et cosmique de Rê. Amon-Rê est alors le « roi des dieux », père de tous les pharaons. Malin !
Nous pénétrons dans le temple de Ramsès III, orienté perpendiculairement à l’axe principal du complexe. Il possède son propre pylône, sa propre cour, son propre sanctuaire : c’est véritablement un temple dans le temple. Les murs de la cour sont ornés de piliers osiriaques à l’effigie du pharaon. Au fond, dans les chapelles sombres, la guide tente de nous prendre en photo sous les étroits puis de lumière… mais le ciel nuageux ne permet pas de reproduire l’effet escompté.
Nous voilà maintenant dans la grande salle hypostyle et elle est stupéfiante. D’une superficie de 5500 m² (c’est la plus grande salle à colonnes du monde antique), elle possède 134 colonnes en grès (jusqu’à 7m de diamètre), sur 16 rangées. Construite sous Séti Ier et achevée par Ramsès II, elle est recouverte de reliefs et d’inscriptions sur chaque surface. Couverte par des claustras en pierre, il y règne une sorte de pénombre sacrée. C’est également un super endroit pour jouer à cache-cache (d’après Loïs et Axel) !
À l’origine, Karnak comptait probablement une vingtaine d’obélisques érigés par différents pharaons. Plusieurs ont été exportés dans l’Antiquité ou au XIXème siècle, par exemple à Rome ou à Istanbul. Il n’en reste que 2 debout sur le site : celui d’Hatchepsout (29,5 m, le plus haut d’Égypte, en granit rose d’Assouan; son jumeau est tombé et gît au sol à côté) et celui de son père, Thoutmosis Ier (~20 m, granit rose; son jumeau a disparu).
Nous traversons tout un tas d’autres temples, chapelles et autres salles où quelques bas-reliefs sont bien conservés. Eleanor nous montre une représentation de la triade du temple (les temples sont consacrés à un dieu, son épouse et leur fils) qui a été pilonnée par les coptes pour la transformer en Christ sur la croix. La visite se termine au lac sacré, un bassin rectangulaire artificiel (130 × 77 m), creusé sous Thoutmosis III et alimenté par la nappe phréatique du Nil. Il était utilisé par la famille royale et les prêtres pour se purifier avant les rituels. Près du lac, un scarabée géant en granit sur piédestal représente Khépri, dieu du soleil levant. La tradition locale veut que tourner autour 7 fois dans le sens inverse des aiguilles d’une montre porte chance : on a essayé, qui ne tente rien n’a rien !
Louxor est l’héritière directe de Thèbes, la capitale de l’Égypte antique à son apogée (lors du Moyen Empire, sous la XIème dynastie et surtout lors du Nouvel Empire, de 1550 à 1079 avant JC). Thèbes est le nom grec, les Égyptiens eux-mêmes l’appelaient « Niwt » (simplement la Ville, avec majuscule). Louxor vient de l’arabe Al-Uqsur (= « les palais »), en référence aux temples que les Arabes découvrirent en arrivant au VIIème siècle. Karnak était le cœur théologique et politique de Thèbes.
Nous quittons le complexe après une pause jus de fruit à l’ombre bien reposante et nous nous dirigeons vers le centre de Louxor en suivant l’allée des sphinx (la bien nommée), qui relie (sur 3km et originellement grâce à 1350 criosphinx, aujourd’hui beaucoup moins et à l’état de conversation variable) Karnak au temple de Louxor. Nous terminons la promenade avec un petit crochet sur la corniche, fameuse promenade piétonne au bord du Nil où les rabatteurs s’en donnent à cœur-joie. Au centre-ville, c’est l’heure de la pause déjeuner pour la majorité du groupe; je m’enfonce de mon côté dans les rues commerçantes à l’arrière du temple pour m’imprégner de l’atmosphère. C’est l’heure de la sortie des classes et du déjeuner : les rues sont bien vivantes !
Nous rentrons sur notre rive en ferry. Ne connaissant pas le prix, nous ne faisons avoir comme des bleu·e·s et payons le double du prix officiel (80 centimes par personne au lieu de 40, ça reste correct quand même).
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