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François Ehrhardt
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إبريل في مصر
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Wadi al-Muluk (Vallée des Rois)
Luxor, Egypt - Polarsteps
Nous racontons notre expérience montgolfière au reste de la troupe autour d’un café et d’une omelette, tout le monde est très enthousiaste. Un nouveau van nous attend, nous repartons dans la même direction.
Au centre des visiteurs, nous rencontrons Yasser, notre guide francophone (trouvé par Cricri sur Facebook) du jour ! Nous voilà dans la Vallée des Rois, nécropole des pharaons des XVIII, XIX et XXèmes dynasties (Nouvel Empire). De 1550 à 1070 avant JC, les pharaons ont choisi ce vallon désertique encaissé pour y creuser leurs tombeaux, abandonnant les pyramides jugées trop visibles et donc trop vulnérables aux pilleurs. Nous sommes bien ici sur la rive ouest (soleil couchant), dans un endroit calme et isolé (enfin, à l’époque, car aujourd’hui le site déborde de touristes). La montagne dominant le site, appelée « Al-Qurn » (= la corne), rappelle naturellement la forme d’une pyramide (associée par les égyptiens antiques à la résurrection et la vie éternelle) : peu probable que ce soit juste une coïncidence ! On y recense aujourd’hui 64 tombes officiellement numérotées, appartenant à des pharaons, princes royaux et hauts dignitaire… mais le site est bien loin d’avoir révélé tous ses secrets (on estime la montagne explorée à 25%).
Nous empruntons le « taftaf » (pour le plus grand plaisir des enfants), sorte de croisement entre un petit train électrique et une voiturette de golf, pour rejoindre l’entrée de la nécropole. Yasser commence un long exposé sur le contexte du lieu et nous fait une histoire abrégée du Nouvel Empire. C’est dense, pas facile à suivre pour les enfants, mais super intéressant. Les tombes sont aujourd’hui accessibles grâce à de larges entrées délimitées par des pierres : ce sont évidemment des adaptations « récentes » pour faciliter la visite, elles étaient complètement cachées à leur construction.
La première tombe que nous visitons (photos 4 à 11) est celle de Ramsès IV (tombe KV2). Pharaon de la XXe dynastie (au pouvoir vers 1155–1149 avant JC), son règne fut court et relativement paisible, même si on considère que son règne marque le début du déclin du Nouvel Empire : le pouvoir central est affaibli, les prêtres (notamment à Thèbes) gagnent de l’influence locale. On ne connaît pas d’autres constructions majeures que des tombeaux pour cette dynastie (à partir de Ramsès IV), c’est une dynastie mourante qui décline lentement durant près d’un siècle. La construction de sa tombe aura duré aussi longtemps que son règne (soit 6 ans) et, vu le résultat, les artisans n’ont pas chômé ! Le couloir d’entrée (même pas besoin de se baisser) est couvert de hiéroglyphes (textes sacrés), remarquablement ciselés et peints. Au plafond, alternance de vautours, faucons et scarabées. L’imposant sarcophage est encore présent dans la tombe, sous un magnifique plafond bleu et or, représentant Nout, la déesse du Ciel, qui protège la barque solaire qui accompagne le pharaon défunt dans l’au-delà. La tombe est superbe de détails et de couleurs.
C’est aussi l’occasion de réviser le symbolisme utilisé par les Egyptiens antiques. Si c’est plutôt le rôle du cobra dans le nord, la femelle vautour (Nekhbet) est ici chargée de protéger le roi (ou son nom, etc.) en déployant ses ailes. Dans un autre registre, les prisonniers sont représentés les mains liées derrière le dos mais également avec la tête coupée : c’est la punition ultime pour les Egyptiens car sans la tête, l’âme ne peut reconnaître la représentation de sa personne et est condamnée à errer. On apprend également que les babouins représentés un peu partout (et que, personnellement, on adore !) sont aussi bien là pour saluer le soleil que pour protéger la tombe des pillages (avec une efficacité relative, rétrospectivement).
On n’y pense pas forcément mais le pillage des tombes commence dès l’Egypte Antique : tout le monde sait qu’elles referment des trésors et, malgré les risques encourus, des bandes de pilleurs s’organisent. C’est particulièrement vrai à deux périodes pendant le Nouvel Empire : pendant le règne d’Akhenaton (qui, trop occupé par sa révolution religieuse, néglige la stabilité politique du royaume) et à partir du règne de Ramsès IX.
Nous continuons justement notre exploration (photos 12 à 13) par la tombe de Ramsès IX (KV6). Sa tombe est à ce jour le tombeau le plus récemment construit de la vallée (sa construction aura duré 16 ans). Pharaon pendant 18 ans, il fait également partie de la décadence de la XXème dynastie. La corruption au sein de l’administration égyptienne atteint son plus haut niveau pendant son règne. Sa tombe ne contient plus ni sarcophage ni momie et il faut bien avouer qu’elle est beaucoup moins impressionnante (plus simple, moins bon état de conservation) que la précédente. On retrouve des motifs similaires, et des serpents bien rangés (c’est très satisfaisant). La momie de Ramsès IX a cependant été retrouvée : en 1881, dans une cache à Deir el-Bahari, avec 39 autres. Suite aux pillages, des prêtes loyaux ont sauvé les momies qu’ils ont pu et les ont cachées dans une fosse.
Nous croisons sur notre chemin les tombes des fameux Ramsès II et Toutankhamon. La tombe du premier est fermée et dans un état un peu tristoune : elle a été largement saccagée. De l’entrée, on peut encore apercevoir quelques fins reliefs au début du couloir. Quant au second, ce n’est pas tant sa tombe que son trésor qui a fait sa renommée et il n’y a pas grand-chose à voir ici.
Nous pénétrons maintenant (photos 14 à 17) dans la tombe de Ramsès III (KV11), père de Ramsès IV et surtout dernier grand pharaon guerrier. Son règne de 32 ans est marqué par d’importantes campagnes militaires, mais aussi par la construction de temples (comme Medinet Habou… qu’on n’a pas visité). Sous un plafond peint en ciel bleu étoilé, les bas-reliefs ont conservé leurs couleurs. On y trouve tout un tas de divinités, de représentations du pharaon et de beaux serpents, dont un à 3 têtes qui tente d’empêcher le passage du pharaon dans l’au-delà. La tombe comporte de nombreuses chambres latérales richement décorées… on imagine qu’elles devaient être bien remplies. Pas de sarcophage ici non plus… forcément, il est au Louvre.
Yasser, également professeur de phonétique française à l’université, émaille ses explications de petites blagues et de mots d’argots, trop heureux de nous montrer sa connaissance de la langue et de la culture française : c’est effectivement bluffant pour quelqu’un n’y a jamais mis les pieds ! Il digresse parfois et c’est Loïs (que personne ne pensait attentive à ce moment) qui trouve la réponse quand il nous demande le nom du bébé hérisson ! (Oui, nous non plus on ne sait pas trop comment on en était arrivé là… et pour les curieux, c’est un choupisson).
Nous terminons nos visites tombales du jour par le chef d’œuvre de la vallée (photos 1, puis 17 à 19) : la tombe (KV17) de Séti Ier, grand guerrier et père de Ramsès II. Il est connu, entre autres, pour ses victoires contre les Hittites et pour ses aménagements aux temples de Karnak. C’est bien simple, c’est la tombe la plus grande, la mieux conservée et la plus admirablement décorée (mais aussi la plus chère, of course). Ici, toutes les couleurs sont d’origine, aucune restauration n’a été faite. Nous déambulons dans un impressionnant nombre de chambres, peintes et gravées du sol au plafond. Chacune semble raconter une histoire ou une scène différente, parfois dédiée à une divinité. La salle du sarcophage (sans sarcophage) est absolument incroyable, tout comme sa voûte céleste (avec notamment un crocodile et un hippopotame trop mignons). S’il ne faisait pas aussi chaud et humide là-dedans, on aurait pu y rester des heures !
Nous sommes obligé·e·s d’interrompre Yasser qui ne s’arrête plus : après plus de 3h30 de visite, tout le monde est crevé et transpirant, l’attention est en berne, et nous sommes en retard (pour retrouver le chauffeur) ! Nous le remercions chaleureusement et filons nous mettre au frais et prendre des forces.
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