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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Santiago
Santiago, Chile - Polarsteps
Santiago est une ville immense et nous y arrivons avec un peu d’appréhension après ces semaines passées dans des zones plutôt rurales. Mais finalement, nous sommes très vite happés par l’ambiance de la ville, nos réflexes parisiens reviennent et notre routine (notamment le tri de photos tous les soirs et l’écriture progressive du Polarstep !) est balayée par le rythme de la vie urbaine. Les cinq jours prévus sur place passent à une vitesse exceptionnelle.
Notre premier jour de découvertes est un dimanche et, comme toutes les grandes villes d’Amérique du Sud, Santiago est désertée. Après un rapide tour du centre et du parque Santa Lucia, nous sautons sur l’occasion pour aller découvrir le Parque Metropolitano, l’un des plus grands parcs urbains du monde (grand comme plus de 2x Central Park), situé sur la colline San Cristobal qui surplombe notre hostal. En arrivant, nous retrouvons ce qui nous semble être l’intégralité de la population de la ville (!) et une bonne heure de file (façon Disneyland) nous attend avant de pouvoir prendre le funiculaire. Le parc offre une vue incroyable sur la ville qui s’étend à perte de vue, même si la présence d’un smog insistant (apparemment caractéristique de Santiago, encadrée par les montagnes) limite la portée du regard et la vue sur les Andes. Après un survol du parc en téléphérique, nous redescendons à pieds, alors que le soleil se couche sur la ville.
Sans surprise, nous ne découvrons pas l’intégralité de la ville mais concentrons notre exploration sur les quartiers les plus centraux. La ville a été très fortement endommagée par de nombreux tremblements de terre et les bâtiments les plus anciens du centro historico sont, pour la plupart, de style néoclassique (beaucoup d’architectes et d’influences français) de la fin du 18ème siècle. Les différents barrios ont des identités bien marquées et sont agréables à parcourir à pieds (après les avoirs rejoint en métro !) : on s’imprègne de l’effervescence estudiantine à l’heure du déjeuner dans le Barrio Republica, on arpente en début d’après-midi les petites rues colorées mais endormies (et parfois privées) du Barrio Yungay, on déjeune un excellent ceviche (accompagné d’un non moins excellent pisco sour) en terrasse avant de flâner dans le sympathique Barrio Lastarria, on découvre la vie de quartier du résidentiel et populaire Barrio Brasil, on a l’impression d’arriver en Amérique du Nord dans le moderne Sanhattan avec ses tours modernes (dont l’impressionnante Gran Torre, aka Costanera, la plus haute d’Amérique du Sud avec ses 300m) ses centre commerciaux de luxe et sa succursale d’Eric Kayser (🇫🇷🥐), on se sent comme à la maison dans les deux rues du Barrio Paris y Londres (qui finalement ne ressemblent pas trop ni à Paris ni à Londres), on savoure un café et de délicieux gâteaux à côté de la photogénique fontaine du Barrio Concha y Toro, on déambule parmi les antiquaires et les restaurants branchés du Barrio Italia, on s’émerveille devant les immenses fresques de street art du Barrio Bellavista alors qu’il s’anime au fur et à mesure que la nuit avance…
Ici aussi, nous suivons deux « walking tours » pour mieux s’orienter en ville et approfondir notre connaissance du pays. Grâce au premier, nous découvrons le centre, l’histoire et le développement de la « vieille » ville. Nous découvrons « el milagro » (= le miracle), en fait l’Iglesia San Francisco, plus vieux bâtiment de la ville qui a survécu à une quinzaine de tremblements de terre majeurs, depuis sa construction à la fin du 16ème siècle. (D’après les dernières recherches scientifiques, c’est sa construction particulièrement adaptée aux zones sismiques, et donc probablement issue des connaissances pré-hispaniques locales, qui assure qu’elle ne s’effondre pas.) Le second nous emmène dans des endroits moins touristiques comme l’immense marché Vega Central, qui fourmille d’animation et de locaux, et le Cementerio General, grand comme 118 terrains de foot et où sont enterrées plus de 2 millions de personnes (dont Salvador Allende) dans d’imposants mausolées ou de petites tombes empilées.
C’est la première fois depuis que nous sommes au Chili qu’on nous parle d’Allende, de Pinochet et du coup d’état du 11 septembre 1973. En tant que capitale, Santiago porte de nombreux stigmates (plus ou moins visibles) de cette période et bien que les bâtiments (maintenant réparés) aient retrouvé leur raison d’être initiale, leurs murs restent les témoins de la difficile histoire récente. Nous visitons le Museo de la Memoria y los Derechos Humanos qui relate, à grand renfort de témoignages filmés et d’objets, les faits historiques, à partir du coup d’état jusqu’à l’élection démocratique d’un nouveau président (Patricio Aylwin) sous la pression nationale et internationale en 1989. Paradoxalement, le musée est à la fois très complet mais laisse une impression d’inachevé qui est en fait quasi-symptomatique de la société chilienne aujourd’hui. La transition entre dictature et démocratie ayant eu lieu de façon bureaucratique, il n’y a pas eu de procès pour fermer les plaies béantes ouvertes par cette période (il semblerait quand même que quelques hauts gradés militaires soient en prison) et Pinochet reste commandant en chef de l'armée chilienne jusqu'en 1998, puis devient sénateur à vie, jusqu’à sa mort à Santiago en 2006, avant que les procédures judiciaires en cours n’aient pu aboutir. Clairement, cet imbroglio politique explique les difficultés politiques du Chili aujourd’hui et notamment comme la population peut élire, durant le même scrutin, un président de gauche et un parlement d’extrême-droite.
Après ces derniers mois au vert, nous profitons de notre séjour en ville pour faire le plein de culture, à commencer par les musées : qu’il a été difficile de choisir ceux que nous prefierons visiter tant l’offre ici est pléthorique ! Notre dévolu s’est finalement porté sur le superbe Museo Chileno de Arte Precolombino, qui présente au sous-sol « Chile antes de Chile », une magnifique exposition très complète sur les peuples ayant occupé le territoire actuel du Chili avant l’arrivée des espagnols. La muséographie est de très grande qualité et des pièces incroyables sont présentées comme ces immenses monuments funéraires mapuche, les momies des Chincharro (peuple du désert qui momifiaient ses morts plus de 2000 ans avant les égyptiens) ou le système de stockage de données sur cordelettes des Incas (oui, oui, les Incas sont descendus jusqu’au sud de Santiago !). Nous visitons également le Museo de la Solidaridad Salvador Allende, un musée d’art contemporain qui rassemble les œuvres chiliennes censurées pendant la dictature ainsi que d’autres, offertes par les artistes pour soutenir le retour de la paix. L’ensemble est hétérogène mais l’exposition temporaire sur le cinéaste chilien Raoul Ruiz est très intéressante.
Toujours au rayon culture, nous avons pu assister à un función de l’opéra Sigfried de Wagner, adaptée pour les enfants (et donc considérablement plus courte que l’œuvre originale) au Teatro Municipal, principale scène de musique classique de la ville. En tant que grands enfants, nous avons trouvé la performance des artistes et de l’orchestre, la mise en scène et les décors, très réussis ! Nous avons également assisté à la projection de l’excellent film français (en VO s’il vous plaît !) de Céline Sciamma « Portrait d’une jeune fille en feu » (« Retrato de una mujer en llamas » ici) dans le cadre d’un festival à la Cineteca Nacional de Chile située dans le centre culturel La Moneda (juste en dessous du palais présidentiel !).
Durant un « walking tour », nous rencontrons les sympathiques Tobby et Mirna. Elle est néerlandaise et il est suisse germanophone, ils voyagent également en Amérique du Sud pendant quelques mois. Le hasard nous fait nous recroiser dans un restaurant où nous déjeunons finalement ensemble. Puis nous nous arrangeons pour nous revoir encore deux fois : nous dînons sur leur incroyable rooftop au 25ème étage d’un immeuble, puis le lendemain dans le quartier Bellavista et son ambiance nocturne légendaire. Si tout va bien, on a prévu de se revoir à Valparaíso !
La capitale est aussi pour nous l’occasion de continuer à explorer la gastronomie chilienne et internationale. Après avoir mangé des completos (🌭) à nouveau et goûté le fameux pastel de choclo (mélange de viandes recouvert par une purée de maïs extrêmement sucrée), notre position sur la cuisine chilienne reste pour le moment toujours inchangée 😞 Nous goûtons à nouveau le vin chilien, qui est ici moins cher que dans le Sud, mais pas vraiment meilleur. Heureusement, juste à côté de l’hostal, il y a un excellent japonais dont l’unique type de plat est le ramen 🍜… et ils sont EXCEPTIONNELS !!!
Une toute petite pointe de nostalgie apparaît alors que nous embarquons dans le bus qui nous emporte vers notre prochaine étape. Nous nous sentions bien à Santiago, c’était une chouette étape.
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Chile