1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. Valparaíso

Valparaíso, Chile - Polarsteps

La route qui nous emmène vers Valparaíso traverse le Valle de Casablanca, une des régions vinicoles majeures du Chili, ce qui nous permet donc encore d’admirer des vignes à perte de vue. Nous restons dans la région pour une bonne semaine et avons élu la ville comme camp de base pour découvrir les alentours. Nous rejoignons notre hostel, situé dans une magnifique maison typique à la hauteur sous-plafond impressionnante dans la montée du Cerro Alegre, juste avant la nuit. Valparaíso, ou Valpo, autre fois connue comme « la Perla del Pacifico », a eu un passé grandiose. Idéalement placée sur la remontée du Cap Horn, elle a vu défiler de nombreux marins et a connu l’âge d’or au 19ème siècle… avant que le canal de Panama (ouvert en 1914) ne la rende obsolète. La ville connaît un nouveau souffle avec la fin de la dictature, le retour des exilés et le dynamisme de sa jeunesse : le street art lui redonne des couleurs ! Maintenant, les tags, grafs et autres fresques sont absolument partout, sur chaque façade, dans chaque recoin : un véritable musée à ciel ouvert ! Et c’est d’ailleurs l’activité principale de notre séjour ici : déambuler dans les rues colorées. Un « walking tour » (en français s’il vous plait !), avec Jonathan et un sympathique petit groupe de touristes et d’expats, nous permet de mieux appréhender la ville et de comprendre son organisation. Notre guide est un ancien graffeur et il nous donne un éclairage très intéressant sur les fresques de la ville, en nous présentant quelques artistes (comme le duo Un Kolor Distinto, Anis, Cuelli Mangui, Daniel Marcelli ou encore Inti que nous connaissions déjà du 13ème arrondissement !) que nous nous amusons à retrouver à travers la ville. Nous réalisons pendant la visite que nous avions jusque là loupé tous les endroits typiques, escaliers étroits et passages avec vue, lors de nos balades par nous-mêmes ! La ville basse, gagnée sur la mer, est le centre économique : très animée en journée, elle est désertée le soir et le week-end. C’est le point de départ de la ville, encore aujourd’hui il y a souvent des porte-conteneurs dans le port, ainsi que de nombreux bateaux militaires de l’Armada de Chile. Les puerteños (= habitants de Valparaíso) vivent, eux, majoritairement sur les 45 collines de la ville. Pendant la visite, nous rencontrons Justine et Rémi. Ils sont partis en tour du monde depuis Clermont-Ferrand et l’Amérique du Sud est leur premier continent ! Nous passons un chouette samedi soir ensemble à manger de la chorillana, à boire de la bonne bière artisanale de la cerveceria Anfiteatro et à partager anecdotes de voyage et bons plans. En ce samedi soir, les rues débordent d’animation. La ville est un joyeux capharnaüm. La circulation est très chaotique avec de nombreux embouteillages, les trottoirs des principales artères sont envahis de vendeurs en tous genres, les funiculaires centenaires typiques de la ville sont la plupart du temps en panne ou simplement fermés (nous avons seulement réussi à en prendre 3 : El Peral, Concepcion et Reina Victoria), les rues sont plutôt sales, les constructions n’ont aucune unité (quelques maisons d’inspiration victorienne, d’autres franchement allemande et au milieu de tout ça : l’ancienne douane, aujourd’hui Armada de Chile, inspirée par l’hôtel de ville de Paris) et c’est difficile de se repérer dans l’imbroglio de collines. Malgré cela, la ville est lumineuse, extrêmement colorée et finalement, on s’y sent plutôt bien ! C’est très agréable de se balader à travers ses cerros, les proprets Cerro Alegre et Concepcion (classés par l’UNESCO) mais aussi tous les autres, descente après montée, de point de vue en point de vue, parfois sur la baie, parfois sur les collines, mais tous plus impressionnants les uns que les autres (on mesure l’étendue de la ville : les constructions sont partout). L’avenida Alemania qui connecte les cerros par le haut est un concentré de ces points de vue, nous y découvrons également un chouette petit marché de producteurs (d’ailleurs, nous réalisons que, sur le marché, les vendeurs et les clients s’adressent l’un à l’autre par « casero » ou « casera » comme nous l’avait expliqué notre guide santiaguino) où nous faisons des provisions pour Quintay. Une ville « buena onda » (en chilien dans le texte) en fait ! Au détour d’une balade, nous découvrons le Parque Cultural (ou ex-cárcel), ancienne prison (y compris de prisonniers politiques pendant la dictature) de béton gris reconvertie en centre culturel d’où s’échappent cris d’enfants de la pelouse centrale partiellement transformée en terrain de foot, notes de musique depuis une salle de répétition, bonnes odeurs depuis la cuisine communautaire et le sympathique café, rythmes latinos depuis quelques percussions dehors… C’est un très bel endroit que la communauté locale a su s’approprier et rendre vivant. Nous visitons également le musée des beaux arts installés dans une très belle maison de la ville ayant appartenue à un riche industriel croate, qui a légué sa collection de peinture européenne à la ville. Sans être incroyable, la collection (groupée avec la collection municipale) est intéressante. On admire plusieurs peintures de la région il y a un siècle ainsi que deux Rosa Bonheur. La visite présente aussi la maison, première résidence en Amérique du Sud avec une douche chaude (on est sensibles à ce genre d’infos maintenant !). Située en hauteur, le panorama sur la baie est magnifique. Notre visite à Isla Negra nous motive pour aller découvrir La Sebastiana, la maison de Pablo Neruda à Valparaíso. Même si la richesse de ses collections et le bruit de la mer est ici moindre, on prend plaisir à se plonger une nouvelle fois dans l’intimité excentrique du poète. Sur 5 étages, la maison offre d’incroyables vues sur la collines de la ville et la baie et on comprend pourquoi Neruda se considérait comme un marin sur terre. Avec une seule ligne de « métro », le transport urbain est surtout assuré par les « micros » : des minibus qui quadrillent la ville à une vitesse incroyable. C’est très efficace mais il faut avoir le cœur bien accroché : on monte presque en marche, le chauffeur rend la monnaie en accélérant (et/ ou en pilant si une autre personne essaie de monter), puis on rejoint une place de la façon la plus gracieuse possible ! C’est d’ailleurs grâce à l’un d’eux que nous arrivons à Caleta Portales, le port de pêche artisanal situé légèrement en dehors de la ville. En ce dimanche matin, l’activité est à son comble pour le plus grand plaisir de la faune marine locale, prête à tout pour récupérer une tête ou une queue de poisson. Le bruyant ballet des mouettes et des pélicans est presque éclipsé par les lions de mers présents en masse sur la plage ! Pour la première fois depuis le voyage, nous nous sommes trompés de date pour nos billets de bus pour poursuivre nos aventures (aaargh les bus de nuit, avec donc deux dates !). Nous nous en rendons compte en avance (heureusement) et le changement n’est ici qu’une simple formalité ! Plus de peur que de mal, mais on fera quand même plus attention la prochaine fois… D’un point de vue gastronomie… (vous connaissez notre réticence pour la cuisine chilienne) Valparaíso est UN RÉGAL 🤤 Il faut dire aussi qu’on y a mis un peu plus de pesos que d’habitude… En bonne ville côtière, les produits de la mer sont mis à l’honneur : notamment chez Circular (le jurel, le poulpe et le thon étaient absolument incroyables et les desserts aussi, oui oui on y est retournés deux fois) et La Concepcion (fameux raviolis de centolla, l’araignée de mer immense de la Patagonie). Moins sophistiqué, mais on mange aussi très bien au marché couvert (pastel de jaiba et machas gratinées au fromage et au vin blanc). Enfin, le petit déjeuner n’étant pas inclus à l’hostel, on profite de l’occasion pour un bon brunch chez Entre Cerros. Petite déception pour Fauna, où nous sommes allés avec Mirna et Tobby (les copains de Santiago !), et où la cuisine censée être raffinée était un peu banale (rattrapée par la qualité des piscos sours et la bonne ambiance à table !). De part la forme vallonnée de la ville, la bonne nourriture est bien souvent accompagnée d’une vue à couper le souffle. Lo mejor de todo? Il y a un café français en ville (maría maría)… ce qui veut dire qu’après 4 mois de voyage, nous goûtons à nouveaux à de délicieux pains au chocolat 🤩 Enfin, Valpo, c’est aussi une galerie de personnages et nous avons l’impression d’avoir plus discuté que lors de nos étapes précédentes, avec Oscar, ce vieux monsieur qui nous a parlé très vite pendant très longtemps de son histoire et des changements de la ville à côté d’un petit marché sur les hauteurs de la ville, Charlotte, la photographe française et vendeuse de cartes postales qui voulait s’assurer que nous ne manquions pas un endroit sympa, Jonathan, le guide suisse jamais à court d’anecdotes et de bons plans (100% validés !), Benjamin, le serveur de l’Anfiteatro qui voulait me faire parler chilien en ajoutant « po » à la fin de mes phrases, ce normand entre deux-âges expatrié ici qui a créé la « ruta de la caca » pour ramasser les crottes laissées dans les rues par tous les chiens errants, Juan Marco, le serveur anarchiste désolé de voir l’intégralité de la gestion des resources de son beau pays aux mains d’entreprises étrangères (« ¿Cachai? »)… et tous les autres. Leur principal point commun ? Leur amour de la ville, un regard critique développé et surtout la volonté de partager simplement leurs connaissances. Nous quittons Valparaíso et la région avec un bus de nuit. Alors qu’il peine toujours à sortir de la circulation de la ville en ce vendredi soir, nous dégustons un pique-nique inhabituel : ce soir c’est sushis 🍣

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