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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Lima
Lima, Peru - Polarsteps
La circulation à Arequipa est vraiment difficile en ce vendredi soir et le bus peine à s’en extraire : nous accumulons du retard. Mais le chauffeur ne l’entend pas de cette oreille et, dès notre sortie du bouchon, il se lance dans une sorte de rallye pour compenser. C’est assez difficile de trouver le sommeil avec ce type de conduite : nous arrivons à Lima fatigués, mais sains et saufs, avec une petite heure de retard.
Nous filons en Uber à Barranco, un quartier côtier du sud de la ville, où se trouve notre auberge de jeunesse. Le chauffeur est sympathique et nous parle du groupe Indochine, apparemment populaire ici. Notre chambre n’est pas prête et nous déposons donc nos sacs avant de ressortir. Deux sacs de randonnée (dont un identique au mien) sont déjà dans le local et sur l’un d’eux est cousu un drapeau de la Namibie… nous pensons tout de suite à Alisma et Julien, les deux marseillais rencontrés dans notre dernière auberge de Colca et avec qui nous n’avions pas échangé nos numéros. Dans le doute, je laisse un petit mot.
Ici il fait gris, et c’est apparemment classique pour la saison (l’hiver donc). Nous apprenons que les limeños appellent cette météo la “panza de burro” (= ventre d’âne) : c’est blanc et un peu duveteux comme en dessous de l’animal ! Les nuages rendent le quartier maussade et les quelques fresques de street art ne parviennent pas à lui redonner des couleurs. Après une petite balade, nous nous attablons chez Canta Rana pour reprendre des forces et goûter notre premier ceviche péruvien 🤤 ainsi que la chaufa (plat de riz sauté).
Malgré la fatigue, nous reprenons un Uber pour passer la soirée au Gran Teatro Nacional (théâtre polyvalent moderne et réussi où l’on peut voir opéra et ballets mais aussi concerts de kpop ou conférences) où se déroule un festival de musique contemporaine. L’entrée est gratuite et la salle est pleine : ça fait plaisir à voir ! Le chœur d’une université de la ville interprète les œuvres de compositeurs péruviens contemporains. Nous accrochons plus ou moins mais passons un bon moment.
Après une bonne nuit de repos, nous partons à pieds découvrir Miraflores, le quartier résidentiel où loge la plupart des touristes. Toujours au bord de la mer, le quartier est encore moins charmant que le nôtre : ses hautes tours s’alignent le long de grands boulevards larges où les voitures roulent vite et un centre commercial chic sur trois niveaux sous-terrains occupe son front de mer. Le ciel est toujours aussi gris alors que nous nous baladons sur le malecón (= digue), en contre haut des plages de galets bordées par… une autoroute. En cette fin de semaine, les plages ont l’air de servir de parking, alors que de nombreux surfeurs profitent de belles vagues. Nous déambulons au Parque del Amor avec ses bancs en mosaïque à la Gaudí, au Parque Chino avec sa pagode et ses faux pandas, et dans le Parque Kennedy où les locaux nourrissent les chats errants… qui s’y promènent donc en grand nombre ! Nous nous réfugions dans une cevicheria où nous nous régalons avec un tiradito (on n’a toujours pas très bien compris la différence avec le ceviche, il semblerait que ce soit surtout le découpage du poisson) et une causa (purée de pommes de terres froide farcie de poisson ou de fruits de mer). Il serait d’usage de ne pas manger de ceviche le soir au Pérou, déjà parce que le poisson cru est plus difficile à digérer mais aussi pour garantir la fraîcheur du poisson : le poisson pêché à la madrugada est plus frais le midi que le soir ! Pour le dessert, nous goûtons les fameux churros de Manolo, fourrés avec du manjar blanco ! (Là, on n’a vraiment plus faim !) Alors que nous terminons notre balade, nous tombons sur une boulangerie française où tout a l’air incroyable ! Repus, nous achetons simplement une baguette (la première depuis le début du voyage !) et une petite tarte aux pommes.
La journée suivante est consacrée au musée Larco, pépite fondée en 1926 par le riche archéologue péruvien Rafael Larco Hoyle (à qui l’on doit la première chronologie cohérente du Pérou Antique en 1944 et la découverte ou la définition scientifique de certaines cultures). La muséographie est cependant plus récente et très bien faite : grâce aux nombreuses pièces exposées (céramiques, textiles…) et à de pertinentes comparaisons avec notre société actuelle, nous en apprenons davantage sur les 30 cultures pré-hispaniques ayant occupé, l’une après l’autre ou en parallèle, une partie du territoire péruvien actuel. On découvre les rituels de sacrifices humains, mais aussi l’importance du monopole sur les métaux des classes dirigeantes : les brillants et bruyants accessoires en or et argent les rendaient presque divines aux yeux du peuple. Le Pérou possède l'une des plus longues histoires de civilisation, il est considéré comme l’un des berceaux de civilisation du monde. Les réserves du musée sont également visitables : c’est impressionnant de voir la quantité de pièces entassées (mais bien rangées !) dans les vitrines. Pour l’anecdote, nous entrerons trois fois dans le musée : une fois par nous-mêmes, une fois en visite guidée et une dernière fois seuls de nouveau, pour un total de presque 4h !
Rassasiés d’art et d’histoire, nous prenons le chemin de Maido, restaurant de cuisine nikkei (fusion de la cuisine péruvienne et japonaise) classé pour la 3ème année consécutive dans les World's 50 Best Restaurants (6ème cette année). C’est mon cadeau d’anniversaire pour Héloïse (petit rattrapage car les idées initiales n’ont finalement pas pu se faire à cause de changements d’itinéraire) et nous dégustons le menu Experiencia Maido en 11 plats dans le cadre sombre mais moderne du restaurant. C’est très varié, très bien travaillé, et la carte met globalement à l’honneur les produits de la mer dans différentes préparations. Le mariage met-vin nous permet de goûter quelques sakés, une bière maison et des vins originaux (dont un rouge de Zuccardi, bodega del Valle del Uco en Argentine, considérée comme l’une des meilleurs du monde). C’est la régalade.
Ce n’est que pour notre quatrième jour ici que nous nous rendons dans le centre historique ! Et en transports en commun s’il vous plaît ! Lima possède une seule ligne de métro mais qui ne dessert pas les quartiers résidentiels touristiques. Nous sautons donc dans le Metropolitano, long bus avec voie dédiée, qui nous dépose à proximité du centre. Ici aussi les tremblements de terre sont fréquents et n’ont pas épargnés la majeure partie des bâtiments. Nous y découvrons la Plaza de Armas (dont la majeure partie des bâtiments date des années 1940) avec la Cathédrale (aux nombreux chapelles aux retables baroques… qui, il faut bien le dire, ne nous émeuvent que très peu) et le palais présidentiel, les rues commerçantes animées où s’entremêlent des architectures éclectiques (art-déco, art-nouveau, churrigueresque… et souvent quelconque), quelques maisons bourgeoises bien restaurées et surtout le quartier chinois de la ville où nous mangeons une délicieuse cuisine fusion chino-péruvienne dans une “chifa”. Nous goûtons également les picarones, beignets de courge (zapallo) et de patate douce (camote) servis avec du miel de higos, spécialité de ville : c’est délicieux.
La journée se termine après le coucher du soleil avec une balade inattendue dans le parc détenant les record du plus gros complexe de fontaines au monde : le circuito mágico del agua. Après un petit son et lumière abstrait sur l’histoire du Pérou projeté sur une fontaine, nous déambulons joyeusement d’une fontaine à l’autre. Les enfants peuvent jouer dans certaines, l’ambiance est fort sympathique.
Notre dernier jour à la capitale est consacré à la visite de la pyramide tronquée d’Huaca Pacllana, un site archéologique en plein Miraflores, construit entre 500 et 700 et appartenant à la civilisation Lima. On ne connaît finalement pas grand chose de cette civilisation preincaïque, le site n’a commencé à susciter un intérêt archéologique que dans les années 1980 et l’excavation est toujours en cours. Ici tout est construit en adobe (briques de terre moulées à la main) et c’est parce qu’il ne pleut jamais à Lima (le dernier épisode pluvieux long de plus de 10h remonte à 1971) que les vestiges peuvent être conservés à l’air libre. La structure est antisismique : les briques sont disposées à la verticale et séparées de quelques millimètres… et ça marche plutôt bien puisque le site est toujours debout !
Pour notre dernier repas dans la capitale, nous filons à Al Toke Pez, petite gargote ouverte loin des quartiers touristiques par Tomás Matsufuji (“Toshi”), fils de Dario Matsufuji, célèbre chef nippo-péruvien. Nous avons découvert son existence grâce à la série “Street Food: Latin America” de Netflix. L’endroit est sombre et minuscule, presque occupé entièrement par la cuisine ouverte. On mange au comptoir et il n’y a que 8 places ! Après une petite attente, on s’installe aux premières loges pour voir le chef opérer : c’est impressionnant. La spécialité de la maison ? Le combinado : un plat composé de trois portions différentes, ici ceviche, arroz con mariscos et chicharron de pescado. Les trois sont délicieux et copieux, et surtout c’est pas cher du tout !
Ce soir, nous prenons un nouveau bus de nuit et pour patienter alors que le soleil est déjà couché, nous filons au cinéma ! Notre choix se porte sur le dernier Pixar, “Elementos” (“Élémentaire” en français), pas très difficile à comprendre en espagnol (même si nous avons probablement loupé quelques subtilités propres à Pixar !) et que nous trouvons vraiment très mignon. Pour nous fondre dans la masse, nous achetons un paquet de pop-corn 😉
Lima est l’une de nos seules étapes dont nous ressortons un peu mitigés. Nous avons eu beaucoup de mal à capter le charme de la ville, très entendue et finalement difficile à appréhender. Nous devons cependant lui reconnaître que son titre de capitale de la gastronomie mondiale n’est pas usurpé ! 🤤
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Peru