1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. Machupicchu

Machupicchu, Peru - Polarsteps

Après 182 jours de voyage, 48 jours au Pérou, et 5 jours dans la Vallée Sacrée, nous arrivons au ✨ Machupicchu ✨, deuxième merveille du monde moderne de notre voyage. Nous retrouvons notre guide et pénétrons sur le site. Nous montons quelques escaliers à travers une végétation bien verte typique de la forêt des nuages, nous sommes ici juste entre la forêt amazonienne et les montagnes, à 2400m d’altitude. Alors que les arbres s’écartent, nous découvrons les ruines et leur cadre exceptionnel. Nous apercevons aussi la porte du Soleil, lieu d’arrivée du célèbre Chemin de l’Inca (trek de 4 jours ultra prisé), et un petit pincement au cœur nous fait regretter de ne pas avoir tenté l’aventure ! Le nom original du Machu Picchu (= “vieille montagne” en quechua) n’est pas parvenu jusqu’à nous. Certaines hypothèses évoquent “Patallaqta” (= le village dans les nuages), mais il n’y a pas beaucoup d’information sur le sujet. Sa construction aurait commencé vers 1430, sous le règne de l’Inca Pachacutec, grâce à la “mita” (= travail obligatoire imposé par les incas aux peuples conquis). Son rôle initial aurait d’abord été celui d’une forteresse de protection, jusqu’à la domination des peuples amazoniens. Ce serait devenu ensuite une résidence royale, réservée à l’Inca et à sa suite, où la capitale d’une des 4 provinces de l’empire. Certaines théories modernes parlent également d’une sorte de cité idéale peuplée par des individus issus de toutes les régions conquises par les incas. L’ensemble est divisé en deux parties : un grand complexe de terrasses agricoles d’un côté, et une zone résidentielle (habitations, temples et ateliers) de l’autre. On estime qu’environ 300 à 1000 personnes ont pu habiter ici, dans des quartiers réservés à la noblesse ou au peuple, séparés par la place centrale. Il semble également que le site ait été abandonné avant l’arrivée des espagnols, pour une raison inconnue, alors que l’empire inca est déchiré par une guerre civile entre Wasqar (héritier légitime, même si la notion d’héritage n’existe pas vraiment dans le monde incas) et Atawalpa (son demi-frère, soutenu par la riche noblesse du nord). Les recherches actuelles s’accordent pour dire que les espagnols avaient eu connaissance du site lors de la conquête mais qu’ils ne lui ont pas trouvé d’intérêt. Le monde moderne le découvre grâce à l’universitaire américain Hiram Bingham, de l’université de Yale, en 1911, en pleine course aux trésors anciens (le tombeau de Toutankhamon sera découvert une dizaine d’années plus tard). L’explorateur cherchait en fait Vilcabamba, la dernière cité inca où la rébellion se serait repliée (avant d’être massacrée par les espagnols), mais en passant en bas de la montagne, il rencontre Pablito, un jeune garçon qui habitait avec sa famille parmi les ruines. Ce dernier l’emmène en haut de la montagne et le guide à travers le village, recouvert de végétation. C’est la première fois que l’on découvre des ruines intactes de cette période. Le Machu Picchu est situé dans un endroit incroyable, au sommet d’une montagne aplanie par les hommes et consolidée par un immense système de terrasses (c’est du boulot !). Malgré les majestueux sommets qui l’entourent, le site est éclairé par le soleil toute la journée. Une source canalisée y arrive également, preuve de la maîtrise de l’eau de la civilisation. De nombreux objets ont été retrouvés sur le site (le Pérou a d’ailleurs eu bien du mal à les récupérer auprès de l’Université de Yales qui les avait emportés pour analyses), mais aucun meuble : on suppose que les incas vivaient majoritairement en extérieur et n’utilisaient les habitations que pour la nuit. Les maisons sont isolées avec des couches d’argile (sol et murs) et quelques niches (“nichos”, “ornacinas”) dans les murs pourraient avoir des fonctions de rangement. Dans la culture incas, l’architecture reflète l’importance du bâtiment : plus un édifice est sacré et plus l’ajustement de grosses pierres bien taillées sera parfait. A Machu Picchu, peu de bâtiments possèdent ce luxe : le temple du soleil et le temple des 3 fenêtres. Les autres constructions sont plus simples et indiquent que l’intégralité du lieu ne reflétait pas une importance particulière pour les incas. Le travail de la pierre est finalement bien moins riche ici qu’à Cusco. Pour tailler les pierres, les incas (qui ne connaissaient pas le fer) profitaient des fissures naturelles de la roche. Ils utilisaient des morceaux de bois imbibés d’eau pour la faire éclater et utilisaient une pierre (“ematita”) pour la taille proprement dite. Ils possédaient des niveaux à eau pour s’assurer des alignements et des “boleadoras”, sorte de fil à plomb, pour les 10 degrés d’inclinaison des murs. Nous évoluons entre les nombreux touristes et les quelques lamas du site, qui est aujourd’hui visité par 5000 personnes par jour. C’est un flux immense qui est difficile à gérer pour les autorités locales, trop heureuses de faire visiter le site (et d’engranger les recettes associées), qui aurait malheureusement besoin de plus de préservation selon l’UNESCO. Obtenir des places est assez difficile en haute saison (nous avons réservé, tout juste, avec plus d’un mois d’avance) et la visite est un peu contraignante : il faut choisir puis suivre un circuit prédéfini, il est interdit de s’arrêter trop longtemps et de faire demi-tour. Pendant qu’Héloïse et les Christophes prennent la navette pour redescendre, je décide de tenter la descente à pieds et en courant par les nombreuses marches qui relient le site à Aguascalientes. L’expérience est amusante (et il n’y a pas foule !) mais mes jambes mettront 3 jours à s’en remettre ! Nous avons juste le temps de prendre un petit goûter (à la Boulangerie de Paris, oui oui oui !) avant d’embarquer dans le train retour, aux spacieuses voitures conduites par une énorme locomotive diesel, qui parcourt les 43km de voie ferrée jusqu’à Ollantaytambo à 40km/h de vitesse moyenne. Malgré cela, le trajet passe très vite, ponctué par un petit en-cas, mais surtout par un défilé de mode assuré par les agents du wagon qui, sur fond de musique rythmée aux accents de flûte de pan, présentent une collection d’écharpes et de pulls en alpaga. La fin du trajet, de Ollantaytambo à Cusco, est assurée par un minibus, la ligne de train étant malheureusement en travaux. Le trajet y est moins folklorique mais plus efficace et tout le monde roupille alors que l’autoradio joue des classiques de la musique internationale adaptés à la flûte de pan.

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