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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Ausangate (trek de 4 jours)
Quispicanchi, Peru - Polarsteps
On a quand même du mal à s’habituer aux réveils à potron-minet, mais nous savions que ce serait dur et avions commandé un petit-déjeuner (crêpe incluse !) à emporter à l’hôtel pour nous remonter le moral. Le taxi nous dépose devant la gare des bus. Après avoir réussi à obtenir un prix plus proche de celui convenu avec l’hôtel que celui demandé par le chauffeur, puis fait la queue au mauvais guichet, nous montons dans le bon bus alors qu’il s’apprête à partir… 10min avant l’horaire prévu !
D’abord plutôt vide, le petit bus se remplit au fur et à mesure que nous sortons de Cusco. Il est maintenant plein (avec des passagers debout) et nous commençons à attaquer les virages qui nous feront passer l’abra Cuyuni. Nous somnolons. En haut, nous ne sommes malheureusement pas du bon côté pour voir l’Ausangate (et la vue est bouchée par les gens dans le couloir du bus) 😢 le suspense reste donc entier.
La vallée rurale dans laquelle nous sommes maintenant descendus est vivante en ce lundi matin. Nous accueillons de nouveaux passagers : quelques enfants allant à l’école. Les arrêts sont plus fréquents, le bus est presque vide quand nous arrivons à Tinki, son terminus et notre destination, le point de départ du trek de l’Ausangate.
Point culminant de la cordillera de Vilcanota, l’Ausangate (6384m) est l’un des 62 sommets de plus de 6000m du Pérou. Pour nous, pas question de l’escalader, nous nous contenterons d’en faire le tour, pour mieux l’admirer sous toutes ses coutures. L'Apu Ausangate (la divinité associée à la montagne) est un grand esprit sacré, c’est l'une des montagnes les plus importantes de la région de Cuzco pour la tradition andine et les habitants de la région, ses gardiens, sont connus pour former l'une des dernières sociétés pastorales au monde.
Nous avons de la chance, le temps est au beau fixe ce matin ! Depuis le village, nous remontons une longue piste à la circulation plus dense qu’il n’y parait : chaque véhicule nous plonge dans la poussière, ce n’est pas très agréable. Il nous semble que chaque habitant du coin possède une moto (c’est effectivement un moyen de transport adapté aux routes locales). Nous voilà bientôt sur un haut plateau agricole : quelques champs sont retournés, prêts pour les semis, mais on croise surtout plein d’animaux : vaches, cochons et de nombreux troupeaux d’alpagas. Nous bifurquons sur un chemin de terre plus agréable et qui continue de monter, avec toujours en ligne de mire l’imposent Ausangate. Alors que nous passons les 4400m, nous traversons une zone humide avec plusieurs petits lacs (ou grosses mares) dans lesquels les sommets enneigés se reflètent. Nous passons un petit col et entamons la descente dans la “quebrada” jusqu’à Upis, notre objectif du jour.
Nous plantons la tente à proximité de celle d’un sympathique couple de finlandais, Anna et Tuomas. Nous discutons de voyages et d’itinéraires, sans prêter attention au temps qui est en train de changer. Tout d’un coup, un orage éclate et plusieurs averses de grêle s’abattent sur nous. Nous rangeons nos affaires rapidement et nous nous abritons sous un porche. Après une petite heure, les averses se calment et l’orage s’éloigne. Nous profitons de l’accalmie pour tester la petite piscine thermale du village : une eau sulfureuse à 37/38 degrés dans une toute petite piscine extérieure avec vue sur les massifs (enfin la partie qui n’est pas dans les nuages…) rien que pour nous après une journée de marche : c’est le rêve.
Nous terminons de manger quand une nouvelle averse (de pluie cette fois-ci) s’abat sur le campement. Nous filons nous réfugier dans la tente. Les rafales de vent augmentent et la tente ploie : le vent a tourné et appuie maintenant sur le côté faible de l’armature. Heureusement, elle tient bon et le bon côté des choses c’est qu’il a séché une bonne partie de l’eau des averses précédentes, d’autant plus important qu’il risque de faire bien froid cette nuit ! Ça nous rappelle la Patagonie, ça faisait bien longtemps qu’on n’avait pas campé dans ces conditions !
Contre toute attente, la nuit se passe bien. Au réveil (à 7h, c’est presque une grasse mat’ !), tout autour de nous est blanc de givre mais nous avons bien dormi, au sec, et n’avons pas eu froid. On petit-déjeune avec le panorama sur la face nord de l’Ausangate, le soleil est déjà là et nous réchauffe : c’est fort agréable et on prend notre temps. Nous démarrons notre journée en même temps que le groupe de 19 mexicains qui campait de l’autre côté du village, c’est bien notre veine. Le sentier monte, ils n’avancent pas très vite et parlent beaucoup… nous parvenons petit à petit à les dépasser, au prix d’une respiration de plus en plus courte. Nous commençons à contourner le massif de l’Ausangate par l’ouest. Nous retrouvons les finlandais partis avant nous à l’abra La Arapa (4720m) et reprenons des forces en grignotant ensemble. Autour de nous, beaucoup de zones de différentes couleurs minérales sur les différentes montagnes : c’est vraiment très joli. Nous redescendons dans une chouette vallée bien verte et ponctuée de lagunes. Le soleil joue à cache-cache derrière les nuages, l’éclairage est superbe… mais on ne va pas tarder à attraper un rhume avec ces changements de température ! Le passage d’un dernier petit col nous permet de rejoindre la laguna Hatun Pucacocha, où nous posons la tente pour la nuit. Nous sommes tous seuls, au bord de l’eau et surplombés par un immense glacier : c’est magnifique. Il est encore tôt mais nous sommes déjà bien fatigués ! Un berger arrive pour nous faire payer quelque chose, mais quoi ? Ce n’est pas bien clair et il s’embrouille tout seul… Nous finirons par payer un droit de camping, avec justificatif ! Juste le temps de monter la tente, de découvrir les environs et de se laver les pieds… qu’un nouvel orage éclate, avec grêle puis pluie ! On file se mettre à l’abri en priant pour que l’armature de la tente joue son rôle de cage de Faradet !
Nous avons droit à une petite accalmie, juste assez longue pour profiter du coucher de soleil sur le glacier en cuisinant le repas du soir. Une nouvelle averse s’abat alors que nous terminons de manger : nous nous réfugions une bonne fois pour toutes dans la tente ! Demain est un autre jour !
Malgré la pluie et le froid, nous dormons à nouveau comme des bébés. Quel plaisir de redécouvrir la lagune et le glacier sous le soleil alors que nous petit-déjeunons et replions la tente. C’est à ce moment que nous rencontrons une chienne noire qui nous rappelle celle qui nous avait escorté lors de notre balade jusque Cole-Cole (Chiloé) et que nous baptisons donc Rosa (troisième du nom). Pas question de traîner, aujourd’hui nous avons deux cols à passer. Accompagnés par Rosa, la première montée est vite avalée et, l’abra Apuchata (4940m) passé, nous entamons la première descente. Le paysage est toujours ponctués de glaciers et de leurs lagunes, on en prend plein les yeux. Après le paiement d’un nouveau droit de passage, nous entamons la deuxième montée, qui nous fait un peu plus souffrir. La pente est raide, les sacs sont lourds et le souffle est court. A mesure que nous montons, la végétation se fait de plus en plus rare, la terre de plus en plus ocre. Après trois pauses, nous arrivons au fameux abra Palomani (5100m)… juste après le groupe de mexicains 🤦♂️ nous retrouvons le calme de la nature en continuant à monter, sur le petit sommet à côté du col (5200m). Et là, “vale la pena” de ouf. Notre regard embrasse l’intégralité du massif de l’Ausangate, avec ses neiges éternelles, ses glaciers, ses lagunes… ainsi que plusieurs vallées autour et avec, au premier plan, de superbes couches de couleurs dues au minéraux volcaniques. Waouh. C’est la première fois que nous montons aussi haut, c’était dur, mais qu’est-ce que c’est beau.
Nous restons aussi longtemps que nous arrivons à supporter le vent, puis, toujours escortés par Rosa, nous descendons doucement par de longs virages à flanc de montagne pour faire durer le plaisir, plutôt que de plonger directement dans la vallée, ce qui nous fait rater (nous ne le savions pas à l’époque) un premier campement. Un petit ruisseau serpente au fond de la vallée, plusieurs troupeaux d’alpaga y paissent et, dernière nous, le panorama sur l’Ausangate et sa voisine la Santa Catalina (ou Mariposa) est toujours aussi beau. Nous pensions trouver un campement un peu plus bas, puis avant le début de la remontée, mais nous faisons chou blanc… c’est d’autant plus difficile qu’on en a déjà plein les jambes et que le tonnerre semble s’approcher ! Nous décidons de continuer jusqu’au prochain camping indiqué sur la carte (4km quand même… en espérant qu’il existe vraiment !). Le ciel est très couvert et nous essuyons quelques gouttes de pluie. Après s’être trompés de chemin (la fatigue se fait sentir), nous croisons de belles cascades et quelques viscaches qui nous remontent le moral. Nous ne découvrons le campement qu’au dernier moment, bien caché derrière une colline : on est épuisés par cette grosse journée mais heureux ! Nous retrouvons nos copains finlandais… et le groupe de mexicains 🤦♂️ Rosa trouve de nouveaux copains canins (bon, c’est un peu l’amour vache) et notre repas du soir est amélioré par une “humita” léguée par les finlandais qui cherchent à s’alléger !
Cette troisième nuit nous paraît plus froide et nous sommes contents de nous mettre en route pour se réchauffer un peu. Bien que nous n’ayons (contrairement à d’autres randonneurs) pas de viande à partager avec elle, Rosa continuer de marcher avec nous. C’est d’ailleurs à ce moment qu’on se rend compte que Rosa n’est pas une femelle, mais bien un mâle… nous le rebaptisons donc Rosalio (pour pouvoir continuer à l’appeler Rosa !). Le sentier continue de monter de façon continue mais douce en s’enfonçant dans la vallée, avant de bifurquer en direction de l’autre col majeur du circuit, l’abra Campa (5060m). La vue est moins panoramique qu’à Palomani mais nous faisons face à de splendides glaciers qui descendent de sombres montagnes. La météo d’abord ensoleillée commence à se couvrir et les nuages apportent quelques averses de grêle alors que nous redescendons. L’ambiance est incroyable et les couleurs magnifiques. Le chemin nous emmène vers de nombreuses lagunes, toutes plus mystérieuses à mesure que les nuages s’accrochent aux sommets. Lorsque nous arrivons au campement où nous avions prévu de passer la nuit… il neige et nous ne sommes qu’à la moitié de la journée. N’étant pas super sereins quant à l’évolution de la météo, nous décidons de poursuivre notre route vers le prochain village, 5km plus loin.
Nous passons un dernier col sous d’épais nuages avant que le sentier ne soit plus qu’une douce descente jusque Pacchanta. Derrière nous, l’Ausangate joue à cache-cache avant de se découvrir totalement, comme pour un dernier adieu. A notre arrivée au village, nous filons aux thermes : trois beaux bassins extérieurs d’eau bien chaude avec vue sur le massif, c’est bien agréable ! La détente est malheureusement de courte durée (littéralement 10min…) : le chauffeur d’un “servicio turistico” nous propose de rejoindre son groupe qui rentre à Cusco. Échaudés par l’attente interminable au retour du Choquequirao, nous acceptons tout de suite. Le séchage est express, comme nos adieux avec Rosa 😢, mais nous voilà maintenant en route vers Cusco.
Sur la route du retour, nous profitons encore de beaux panoramas sur le massif de l’Ausangate (on est du bon côté cette fois !), qui nous confortent dans notre décision d’avoir écourté : les sommets sont à nouveau complètement pris par des nuages gris…
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