1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. Isla del Sol

Yumani, Bolivia - Polarsteps

Un petit-déjeuner vite expédié et nos gros sacs laissés en consigne à l’hôtel, nous voilà prêts à embarquer pour l’île du Soleil. Nous nous installons sur le toit du bateau, avec une poignée d’autres touristes… les locaux se sont mis à l’abri à l’intérieur (on comprendra pourquoi en cours de traversée !). Autour du ponton, quelques canards noirs attrapent des algues pour faire leur nid, tandis que les sternes volent en rase-motte. Après le chargement de lattes de parquet (qui paraissent bien lourdes !), nous quittons le port. La traversée est un peu venteuse, mais magnifique. Le bateau progresse doucement, à contrevent, sur les eaux du lac d’un bleu profond. Ça bouge juste un peu. Il ne manque que l’odeur de l’iode pour se croire en mer, c’est incroyable ! Nous voilà devenus « marins d’eau douce » sur le lac navigable le plus haut du monde ! Après une petite heure 30 de traversée, nous accostons au port de la communauté de Yumani, perchée en contrehaut, à flanc de falaise, au sud de l’île. Au nord de la presqu’île de Copacabana, la Isla del Sol est une île mythique. C’est ici que seraient « nés » Manco Kapac et sa sœur et femme, Mama Ocllo, fils et fille d’Inti (le Soleil) et fondateurs de la civilisation inca et donc de la ville de Cusco. Les reliefs de l’île sont complètement sculptés par d’innombrables terrasses, qui ne semblent plus très cultivées mais qui leurs donnent un aspect atypique. La végétation est basse, rase et sèche, à l’exception de quelques bosquets d’eucalyptus. Sur l’île, pas de voiture : les marchandises sont transportées à dos d’âne et il n’est pas rare d’en croiser une petite caravane sur les chemins. Nous devrions toujours être en haute-saison, mais l’île est très calme, nous ne croisons que peu de touristes (et vraiment pas beaucoup sur les sentiers un peu éloignés !). Nous profitons de notre premier jour sur place pour découvrir le sud de l’île. Nous nous baladons au gré de nos envies, de mirador en mirador, pour découvrir le village, ses environs et surtout admirer le lac et la vue grandiose sur la Cordillera Real (d’abord étincelante puis progressivement envahie de nuages). Nous déjeunons (truite et pizza) sur les hauteurs avec une vue plongeante sur la très belle bahia Kona. Autour de nous, quelques colibris et un magnifique couple de “negritos de Bolivia” (petits oiseaux noirs… aux plumes jaunes en dessous). L’après-midi est consacré à une nouvelle balade, de nouveaux miradors et la découverte des petites ruines Pilko Kaina (rien de bien extraordinaire… à part de jolies portes à triple jambage !). Nous dînons en face d’un coucher de soleil très nuageux, puis aux chandelles, dans un petit restaurant excentré à la cuisine délicieuse. Nous rentrons de nuit, à la frontale, en admirant les innombrables éclairs qui s’abattent de l’autre côté du lac. Nous constatons amèrement notre manque d’anticipation face au piège du soleil d’altitude : il fait frais et on est bien au soleil… sauf qu’il tape fort. Résultat des courses : de belles “quemaduras de sol” (= coups de soleil) sur le visage 🥵 Notre lit est immense et la nuit très reposante, par contre cette nouvelle journée s’annonce plus nuageuse et le réveil, un peu avant le lever du soleil, assez inutile car peu lumineux. Nous goûtons pour la première fois au pain bolivien et nous sommes agréablement surpris : il est bien moelleux ! Nous attaquons la traversée sud-nord de l’île par le chemin des crêtes, tantôt pavé et bien marqué, tantôt sableux et discret. Les paysages ressemblent à ceux d’hier, mais la lumière est bien différente avec les nuages. Au nord, les pierres nous semblent plus blanches. Le sentier monte et descend, nous arrivons bientôt au bout de l’île : du Cerro Tikani, nous profitons d’un très beau panorama sur le lac (qui parait infini) d’un côté et sur les collines que nous venons de franchir de l’autre. A son pied, un petit site archéologique, connu sous le nom de Chinkana, pourrait être un ancien complexe de stockage (mais ressemble aujourd’hui à un labyrinthe !). Nous rejoignons la communauté de Challapampa où se trouve notre hostal pour la nuit. Nos fenêtres donnent directement sur une très belle plage où poules et cochons se baladent. La journée est venteuse et des vagues viennent y mourir : on se croirait presque à la mer ! Après un après-midi qui s’écoule tranquillement, nous rechaussons les chaussures de rando en direction d’un spot pour admirer le coucher de soleil. En arrivant, nous avons clairement trouvé le meilleur spot de coucher de soleil de toute l’île, et nous sommes tous seuls… mais il y a des nuages, beaucoup de nuages. Il faut se rendre à l’évidence, nous ne pourrons apprécier pleinement les couchers de soleils extraordinaires dont l’île est réputée pour avoir le secret. Après un nouveau dîner de truite du lac (miam !), nous rentrons nous coucher juste avant qu’un énorme orage éclate au dessus de nous. Les éclairs sont visibles les yeux fermés et le tonnerre fait trembler les murs, de fortes pluies s’abattent sur le village. Épuisés, ce tableau dantesque ne parviendra pas à nous maintenir éveillés bien longtemps, bien qu’il ait apparemment duré une bonne partie de la nuit. A notre réveil le lendemain, il n’y a pas d’électricité dans la communauté. Nous prenons le petit-déjeuner en face du ponton, avec une très belle vue sur la baie, avant de larguer les amarres pour retourner sur le continent. Le soleil est revenu et la traversée (sans vent) est bien agréable. Les bruits du moteur semblent suggérer qu’il agonise un peu, mais le bateau nous emportera jusqu’à bon port. Tant mieux, car le capitaine ne nous donnera les “chalecos salvavidas” (= gilets de sauvetage) qu’en arrivant au port ! A l’arrivée, la manœuvre d’arrimage est un peu délicate et c’est une “cholita” présente dans les passagers qui sauvera le bateau mitoyen que nous manquons de percuter violemment de peu. Nous profitons des derniers instants à Copacabana pour déguster une nouvelle truite face au lac (Héloïse tente le “pejerrey”, une espèce native du lac, mais le résultat est un peu décevant).

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Bolivia