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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Comunidad Real Beni
Rurrenabaque, Bolivia - Polarsteps
A l’agence à Rurre, nous rencontrons Severo, notre guide pour les 3 prochains jours. Il parle lentement et avec les mains (ça va bien nous aider !) et a eu de multiples vies, notamment chauffeur de bateau taxi et chercheur d’or, avant de devenir guide. Il nous avoue ne se sentir bien qu’au milieu des arbres et que la ville l’oppresse; son rire communicatif achève de nous le rendre extrêmement sympathique. Quelques instants plus tard, nous voilà, avec Mathilde et Thomas (avec qui nous sommes vraiment super contents de partager cette nouvelle aventure), sur une pirogue étroite qui remonte le large río Beni (marron à cause de la terre remuée par les explorations de minerais en amont) et s’enfonce dans la forêt. En cette fin de saison sèche, le fleuve est très bas et le conducteur vieille à ne pas rencontrer une pierre ou un banc de sable : le niveau peut être jusqu’à 6m plus haut en d’autres saisons… Nous remarquons l’existence de communautés habitant les bord de l’eau aux quelques pirogues garées sur les rives.
Nous sommes accueillis par la communauté Real Beni, que nous rejoignons depuis le fleuve en longeant des plantations d’ananas, de bananes et de papayes. Nous sommes accueillis simplement par une élue. Ici, où aucune route ne pénètre, vit une grosse 30aines de familles qui ne sont pas raccordées au réseau de distribution d’électricité (certaines disposent d’un groupe électrogène). Leurs seules resources sont le tourisme et la vente du produit de leur agriculture sur le marché de Rurre, heureusement la forêt amazonienne leur donne beaucoup de produits de première nécessité. La communauté dispose d’une école qui accueille ~70 enfants pour 5 profs.
En pleine nature à proximité de la communauté, le lodge est un endroit paisible où volettent de nombreux colibris et autres petits oiseaux. La température est vraiment agréable le matin et le soir (ça change !) mais très chaude en milieu de journée, où nous avons l’occasion de faire une petite sieste avant les activités de l’après-midi. Les repas pris en commun autour d’une grande table sont propices aux rencontres, comme avec Mathieu et Megane, un chouette couple de français, ou Lua, une espagnole vivant en France et ayant fait une partie de ses études à Grenoble. Notre plat préféré ? Un délicieux “tacu” (gros poisson de rivière de la famille du piranha) servi pour le déjeuner !
Pendant nos trois jours ici, et chaussés de nos bottes en plastique (ce n’est pas très confortable… mais c’est pour nous protéger des serpents !), nous faisons plusieurs balades dans la forêt dans le but de découvrir cet incroyable écosystème aujourd’hui en danger. Nous suivons notre guide, armé pour l’occasion de sa machette, qui s’avère être extrêmement intéressant : il nous donne des informations sur chaque arbre ou chaque insecte et ne serons rapportées ici que quelques anecdotes !
C’est en premier lieu les végétaux qui marquent par leurs impressionnantes ressources. La “palmera caminante” est une espèce de palmier capable de se déplacer de quelques dizaines de centimètres pour trouver les nutriments dont elle a besoin. Le “matapalo” (ou “estrangulador”) est un arbre qui pousse du haut vers le bas, en étouffant l’arbre sur lequel il se developpe; on peut en extraire une résine pour immobiliser les fractures. La “uña de gato” est une liane qui stocke de l’eau potable, que l’on peut tailler en paille filtrante (pour boire l’eau des rivières), et qui s’utilise en infusion pour calmer les maux d’estomac. Le “curati” est un arbre toxique : on trempait le bout des flèches dans sa sève, qu’on utilisait également pour pêcher (une certaine quantité dans un lac privait les poissons d’oxygène). D’autres arbres encore sont couverts de pics car ils ont un bois très souple, facilement endommageable par les animaux, ce qui pourrait leur être fatal. C’est une excellente protection supplémentaire pour un nid de fourmis ou de termites qui s’installent donc souvent dans ces arbres. Et, si je me souviens bien, la liane ”escalera de raton” n’a pas de propriété particulière mais elle a un nom mignon et ressemble à un petit escalier ! Enfin, la forêt offre aux habitants de la région des arbres durs pour faire les maisons, des lianes fines et solides pour arrimer, ou encore certaines feuilles pour faire les “techos” (= toits)…
Severo est toujours prêt à nous faire goûter les richesses de la forêt. Armé de sa machette, il ouvre les cabosses et les noix et nous grignotons des fèves fraîches de cacao (nous avons de la chance, parce que c’est fin de saison !), un petit fruit jaune au vague goût de litchi, mais aussi la larve au goût de coco que l’on trouve dans les vieilles noix de coco du “motaku” (elle s’est auparavant elle-même nourrie du lait de coco !) : c’est… surprenant !
Nous sommes frappés par le bruit de la forêt. Jour et nuit, un relai s’organise où chaque recoin bruisse du chant des grenouilles ou du bruit des cigales qui parfois ressemble à un chant désarticulé de sirènes, à une clochette sonnée en permanence, ou encore à un bruit électrique de bobine, entrecoupés par d’originaux bruits d’oiseaux, comme celui qui semble tenter des gammes à la flûte à bec ou ceux qui imitent les ambulances ou le retardateur de l’appareil photo. Nous entendons également les “chachalacas” qui crient pour demander la pluie, le “parajo siringuero” qui prend son nom du “siringa“ (l’arbre à caoutchouc) ou encore le “cacique”, qui imite les autres oiseaux. C’est évidemment au lever et au coucher du soleil que les bruits sont le plus intenses : nous sommes réveillés par un capharnaüm de bruits vifs et rauques (entre autres dus aux “monos hurlandos”, = singes hurleurs), parfois teintés de quelques sons mélodiques.
La forêt regorge d’oiseaux et d’animaux mais leur observation est toujours difficile : ils se cachent et se déplacent beaucoup dans l’immense espace et dans les arbres hauts et feuillus. De plus, le sol jonché de feuilles mortes nous rend particulièrement bruyants et peu discrets… Cependant la situation est en fait beaucoup plus préoccupante : il n’a pas plu depuis un mois et tout est sec, ce qui n’est évidemment pas habituel. Notre guide souligne une évolution qui empire depuis les années 2000 et qu’il impute au changement climatique. Son inquiétude transparaît sur son visage alors qu’il nous donne ces explications. Les animaux ont donc tendance à s’enfoncer toujours plus profond dans la forêt pour y trouver les derniers endroits humides. Est-ce qu’on en verra ? Selon les mots de Severo : “todo posible, nada seguro…”
Nous observerons de loin, et la plupart du temps en contrejour, le vol de nombreux oiseaux, comme ces perroquets aux élégantes plumes allongées (rouges et bleus d’après le guide !). Nous apercevons, à deux reprises sous la forme d’une ombre avec une queue digne d’écureuils, des “ardillias” (singes furtifs, mais de couleur visible, s’alimentant des cocos du motaku).
S’il y a une catégorie d’animaux que nous aurons pu observer à loisir, ce sont les insectes. Nous découvrons par exemple de nombreuses fourmis (“hormigas”) : les tigres (en raison de leurs motifs blancs), les madidi (qui mangent les termites et occupent leurs nids) ou encore les bala (les plus grosses et les plus toxique, elles sécrètent un venin gazeux et risquent donc d’exploser s’il fait trop chaud). Nous observons de près des termites en train de creuser un tunnel sous l’écorce d’un arbre pour construire leur nid (avec des feuilles en décomposition). Elles ne mangent que les arbres morts et une termitière peut accueillir des millions de termites. Nos balades sont également accompagnées par d’innombrables papillons de toutes tailles et de toutes couleurs, les plus impressionnants étant l’“ojo de buho”, la “maripoza azul” et la “ochenta” (= 80, en raison du motif sur ses ailes fermées). Nous croisons également de nombreuses grenouilles très colorées (et donc très vénéneuses) ! Enfin, nous observons des araignées originales comme la grande “araña de jardin”, qui n’est pas toxique, mais peut manger jusqu’à une colibri… ou encore les petites “arañas familia” qui chassent ensemble sur une toile immense.
Nous avons eu la chance incroyable de pouvoir observer de près deux animaux que nous n’avions jamais (aussi bien) vu auparavant. Au début d’un sentier, alors que nous entendons un sacré ramdam dans un bosquet, nous en voyons émerger un “oso hormigero” (= fourmilier) en train de chercher des termites dans une termitière. C’est d’habitude un animal plutôt nocturne et donc une chouette coïncidence ! Le lendemain, c’est sur la branche d’un arbre au dessus du chemin que nous distinguons nettement un hibou immobile. Il pose quelques minutes pour le regard et les photos, avant de disparaître très rapidement !
Nous passons une des nuits dans la jungle… à l’extérieur, dans un campement rudimentaire créé de deux bâches bleues suspendues pour former deux toits. Au milieu, un foyer pour le feu et une table. Une liane a été accrochée pour suspendre les vêtements et des branches plantées pour retourner les bottes. Alors que nous arrivons sur le site, nous suspendons les moustiquaires sous les bâches et nous installons les matelas. Nous dînons de roboratives pâtes aux légumes préparées par la cuisinière; les cigales sont alors tellement bruyantes qu’on est obligés d’élever la voix. Nous nous endormons avec le bruissement des insectes et un ciel illuminé de lointains éclairs, nous permettant d’entre-apercevoir la forêt en ombres chinoises. La nuit est néanmoins reposante et le petit-déjeuner de beignets fort apprécié !
Nos soirées ici sont l’occasion de promenades nocturnes, sur fond sonore d’insectes au bruit de mobylette, pour partir à la découverte des grenouilles et des araignées (en plus de celles déjà observées la journée…), Severo ayant troqué sa machette pour deux lampes de poche… et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles ne sont pas difficiles à trouver : leurs yeux brillent avec la lumière de la frontale de Thomas, il y en a littéralement partout 😱 en plus des tarentules, grosses et poilues, nous rencontrons l’“araña lobo” qui mange de petits poissons. Elle peut rester 20 à 30min sous l’eau et dispose d’une patte spéciale qu’elle peut sortir de l’eau pour respirer. Il est intéressant de savoir que les araignées qui ont une toile (“tela de araña”) ne sont pas toxiques… de plus, un trou de quelques centimètres de diamètre et dont l’entrée est propre abrite soit une grenouille soit une araignée. L’ambiance est parfois détendue par la rencontre avec un papillon en train de dormir, bien accroché à une branche, les ailes fermées !
Notre denier après-midi sur place est plus reposant : nous sommes accueillis par une famille de la communauté, derrière sa maison en bois et au sol en terre battue, pour “moler caño”, c’est-à-dure extraire le jus de la cane à sucre. À l’ombre sous les arbres, nous dégustons le jus bien frais, avec “un toke” de citron : c’est délicieux. De retour au lodge, c’est atelier chocolat ! L’occasion d’une piqûre de rappel pour nos connaissances acquises à Quillbamba. Nous torréfions les fèves, les épluchons et les moulons avec amour… avant de déguster la pâte obtenue (assaisonnée de sucre et de lait en poudre !) avec des bananes de la communauté : miam 🤤 nous réalisons à ce moment là qu’une mousse au chocolat faite à partir de la pâte serait excellente… qu’à cela ne tienne, nous demandons l’autorisation et les ingrédients à la cuisinière et nous préparons le dessert du soir pour tout le monde ! On se relaie pour battre les œufs en neige à la fourchette… et ça finit par fonctionner. Bien que manquant de réfrigération (pas évident dans un frigo qui fonctionne 2h par jour) et donc un peu liquide, tout le monde s’est régalé !
Finalement, deux bonnes nouvelles pour l’ensemble du groupe : on n’aura pas trop été embêtés par les moustiques et, pour la plus grande joie de tous, nous n’aurons croisé aucun serpent ! Grâce à la pirogue, nous reprenons le chemin de la ville. Les eaux du fleuve tourbillonnent à certains endroits. En cette heure matinale, nous croisons quelques oiseaux (notamment des vautours) sur les berges de la rivière.
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Bolivia