1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. San Pedro de Atacama

San Pedro de Atacama, Chile - Polarsteps

Maintenant de l’autre côté de la frontière, les paysages qui défilent à travers les fenêtres ne sont pas bien différents. Toujours ces immenses étendues de sel, de sable ou de roches… Les villages traversés semblent figés ou endormis. Au loin, quelques éoliennes en fonctionnement ou en cours d’installation confirment le ressenti venteux du plateau traversé. Nous apercevons à nouveau quelques vigognes peu craintives qui paissent à proximité de la route. Pendant longtemps, la route longe une voie ferrée, nous aurons la chance de voir passer un train (ce n’est plus si fréquent dans la région !) de marchandises. À mesure que nous perdons de l’altitude, la route devient meilleure et le chauffeur accélère : accrochez-vous dans les virages ! Nous déposons presque l’intégralité des passagers du bus à Calama, la ville principale de la région. De là, la longue route traverse un désert de sable avec à l’est, l’autre face des volcans que nous avons observé depuis le Sud Lipez. Alors qu’on s’approche de notre destination, nous apercevons de nombreuses formations géologiques qui laissent déjà présager le Valle de la Luna. Il est 18h30 et le soleil n’est toujours pas couché (joie !), la lumière rasante est magnifique et découpe le paysage en couches successives aux couleurs pastels. Nous voici à San Pedro de Atacama, petite incursion chilienne de ce début de fin de voyage. C’est une impression étrange que cet endroit, tiraillé entre son appartenance au Chili (drapeaux partout) et son histoire altiplanique, plus proche culturellement du Pérou et de la Bolivie que de la Patagonie ! Village de 12000 habitants presque entièrement dédié au tourisme et à la rue principale pleine d’agences d’excursions, il est la base principale pour découvrir la nature environnante. Il dégage quand même une atmosphère un peu alternative/ hippie, probablement due à sa situation géographique. Sa place est joliment boisée et bordée d’une belle église blanche à l’impressionnante charpente faite de bois de cactus. Il est posé au bord du Salar de Atacama, le 3ème plus grand du monde (après Uyuni et Salt Lake aux États-Unis) et le plus profond (jusqu’à 1450m). Il est dû aux infiltrations d’eau venant des Andes et à l’évaporation du “paleolago” qui occupait les lieux il y a bien longtemps. Ce retour au Chili calme nos impressions d’avoir bien progressé en espagnol : c’est toujours aussi compliqué de comprendre les chiliens 😢 C’est aussi la douche froide lorsqu’on redécouvre le coup de la vie dans le pays et donc ici le prix des excursions : heureusement on ne reste pas longtemps ! L’inconvénient c’est qu’on ne pourra pas voir tous les sites qu’on aurait voulu, nous faisons donc un sélection sur les conseils d’Aurore et Hector et en essayant de chercher les paysages les plus différents de ceux qu’on a vu récemment. Nous dormons dans la joyeuse Casa de los Musicos. Nous sommes accueillis avec un verre de vin par Brigitte, une française installée depuis 16 ans à San Pedro et son mari Miguel, chilien et musicien. Ils forment un sympathique couple de soixantenaires : elle adore les animaux (et notamment son chat, Pascal Blaise) et ressemble physiquement à Desireless en fin de carrière; il déborde d’énergie et sa consommation de cannabis ne semble pas avoir d’effet apaisant. Il y a toujours de la musique dans la maison, souvent même de plusieurs sources, ce qui en fait un lieu bien vivant… que nous finissons rapidement par surnommer la Casa de los Locos. Le village est tiraillé entre développement économique et préservation de son cadre naturel. De nombreux gisements de lithium ont été découverts dans le Salar et sont actuellement exploités par un conglomérat chino-canadien. Les communautés locales ont vendu (pour une coquette somme) les réserves d’eau (nappes phréatiques, etc) à la compagnie exploitant la mine et le village subit depuis de nombreux problèmes d’approvisionnement en eau : l’extraction du lithium étant très gourmande en eau, il n’est pas rare que les habitants soient privés d’eau courante quelques heures quotidiennement. Le réseau d’électricité n’est pas vraiment plus performant puisque les coupures sont relativement fréquentes. Bien que personne n’ait l’air surpris, c’est quand même étrange quand on est plongé dans le noir pendant 30min alors qu’on est en train de manger au restaurant un lundi soir ! Bien que les excursions nous obligent à des départs matinaux, nous avons quand même un peu de temps pour nous reposer et planifier la suite l’après-midi. La tâche est cependant rendue difficile par la mauvaise connexion wifi du village : peu d’hôtel, café ou restaurant proposent un wifi stable. Même à la “Franchuteria”, café/ boulangerie devenu notre QG grâce à la qualité de ses pains aux chocolats et à son agréable jardin ombragé, on ne capte rien du tout 😢 Nous passons ici de chouette soirées, comme dans un resto où Miguel improvise du jazz à la contrebasse avec son fils et un ami (nous y retrouvons d’ailleurs par un heureux hasard Clémence et Jocelin !), ou encore à l’hostal où nous jouons au billard avec Brigitte, sous les conseils avisés de Johann et l’animation musicale de Miguel qui a attrapé son “charango” !

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