1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. SPACE

San Pedro de Atacama, Chile - Polarsteps

Il est presque 22h, il fait nuit noire sur le village et pourtant la journée n’est pas terminée. Avec Clémence et Jocelin, nous rejoignons SPACE (“San Pedro de Atacama Celestial Observations”), l’observatoire d’un astronome nancéien, Alain Maury, installé dans la région depuis une 20aine d’années. Quelle n’est pas notre surprise de retrouver, alors que nous attendons le bus, nos amis Mathilde et Thomas avec qui nous sommes partis dans la jungle, ainsi que Mathieu et Mégane, rencontrés là-bas ! Ils arrivent tous les 4 du Salar d’Uyuni. Le planning de la soirée étant chargé, nous n’aurons malheureusement pas trop le temps de discuter de nos dernières aventures. Alors que nous arrivons sur le site, la Voie Lactée se déploie au dessus de nous. La soirée commence dans le salon de sa maison, avec un petit cours de rattrapage sur le ciel. A grand renfort de digressions, sur fond de chauvinisme français prononcé et avec l’humour absurde caractéristique des profs de physique de lycée, l’astronome nous explique la lente évolution des connaissances humaines au cours de l’histoire. Ce n’est, par exemple, qu’en 1630 que la terre est reconnue comme une planète, c’est au 19ème siècle que l’on calcule pour la première fois la distance d’une étoile, et en 1924 qu’on découvre que l’univers n’est pas limité à notre seule galaxie, la Voie Lactée (on estime aujourd’hui qu’il y aurait 2000 milliards de galaxies dans l’univers observable). Il nous parle également des différentes cosmogonies, la façon de chaque civilisation d’expliquer la création et l’histoire de notre monde. Dans l’histoire, les astronomes se sont souvent heurtés au manque de connaissances en mathématiques ou en physiques pour pouvoir expliquer notre univers (par exemple, on a besoin de connaître la fusion nucléaire pour expliquer le fonctionnement du soleil). Les 30 dernières années sont extrêmement riches de découvertes dans ce domaine et, aujourd’hui, il y a énormément de phénomènes que nous n’arrivons pas à expliquer. Il nous partage ensuite quelques bases bien utiles pour observer le ciel, comme le fait que, comme les étoiles sont extrêmement lointaines, on peut les considérer comme immobiles dans notre échelle de temps, le ciel est donc fixe : on voit aujourd’hui le même ciel que celui de l’Antiquité (ce qui n’est pas tout à fait vrai sur des échelles de temps bien plus longues, comme 50000 ou 100000 ans). Par contre, si les étoiles sont fixes dans le ciel, du fait de la rotation de la Terre, la partie du ciel que l’observe change : il « avance » en moyenne de 4min par jour (et donc de 2h tous les mois). De plus, toutes les personnes vivant à la même latitude voient les mêmes étoiles (le même ciel) à la même heure locale. Les bases étant posées et les doudounes revêtues, nous passons à l’extérieur pour joindre théorie et pratique. Dans le ciel observable à l’œil nu, seuls trois objets ne font pas partie de notre galaxie : les deux Nuages de Magellan, ainsi que la Galaxie d’Andromède (la galaxie la plus proche de la Voie Lactée, à tout de même 2,537 millions années-lumières). Ce qui signifie aussi que la Voie Lactée n’est pas que la bande blanchâtre (c’est la coupe transversale de notre galaxie) : elle contient bien toutes les étoiles que l’on observe. L’étoile la plus proche de notre soleil est Alpha du Centaure (4,367 années-lumières). Nous apprenons à cette occasion que seules à peu près 450 étoiles sont nommées, les autres sont désignées par leur brillance au sein de leur constellation (alpha pour la plus brillante m, bêta pour la 2ème plus brillante, etc). Il n’y a d’ailleurs que 88 constellations, elles étaient utilisées historiquement pour se repérer dans le ciel, système remplacé aujourd’hui par des coordonnées. Il nous présente longuement les différentes constellations des signes du zodiaque, on rigole beaucoup en essayant d’imaginer les dessins improbables qu’elles sont censées évoquer. Les observations sont ponctuées d’anecdotes sur les mythes antiques auxquelles les constellations font référence. Nous n’observons pas la Croix du Sud, malheureusement non visible pendant le printemps austral. Au dessus de nous, Saturne est très lumineuse, et, à l’est, Jupiter aussi. Nous apprenons que seuls 7 objets bougent dans notre ciel : la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et le Soleil (on retrouve ici… les jours de la semaine !) et que les « plan-ètes » se nomment ainsi car elles sont toutes dans un même plan (le zodiaque) ! Dans le ciel austral, il n’y a pas d’équivalent de l’étoile polaire (point de rotation du ciel). Au fur et à mesure de la soirée, Alain Maury commente l’évolution du ciel : les étoiles/ constellations qui se lèvent (à l’est) et celles qui se couchent (à l’ouest). Plus les étoiles sont basses sur l’horizon et plus la couche d’atmosphère à travers laquelle on les observe est épaisse : c’est ce qui crée cet effet de scintillement de certaines étoiles. C’est le moment de passer à l’observation aux télescopes, assemblés et installés par l’astronome à côté de sa maison. De différentes formes et de différents grossissements, le plus grand mesure 1m15 de diamètre, ce qui en fait le plus grand télescope visuel de l’hémisphère sud : c’est l’outil de recherche de l’astronome qui nous accueille ! Ils nous permettent d’observer précisément Saturne et ses anneaux, la lumineuse (ça fait mal aux yeux !) Jupiter et ses 4 satellites, mais aussi plusieurs nébuleuses (nuages de gaz où naissent et meurent les étoiles) dont la magnifique Tarentule, les Pléiades (groupe de jeunes étoiles) ou encore la Galaxie d’Andromède et une autre (bien plus éloignée) dont on distingue bien la forme de spirale avec deux bras. De retour à l’intérieur, et avec un chocolat chaud s’il vous plaît, Alain Maury nous donne de nouvelles explications et un petit cours de physique quantique appliquée à l’astronomie… il est déjà 1h du matin et nous sommes bien fatigués, et même s’il est un excellent vulgarisateur, c’est difficile de rester concentrés ! L’observation du ciel austral depuis Atacama a probablement été l’argument qui nous a poussé à conserver cette ultime étape chilienne, et cette soirée a largement surpassé nos attentes. On repart avec… des étoiles plein les yeux 🤩 Lorsque nous rentrons à l’hostal, il est presque 2h du matin… et le verrou est fermé de l’intérieur. Épuisés, nous n’hésitons pas longtemps avant d’actionner la sonnette qui réveillera le propriétaire (et probablement tous les autres clients également) qui nous laissera entrer, avant que nous nous écroulions dans le lit quelques minutes plus tard 😴

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