-
François Ehrhardt
-
9 meses en Sudamérica
-
Asunción
Asunción, Paraguay - Polarsteps
Notre “colectivo” (une antiquité sacrément bruyante) mettra presque 2h pour arriver à la gare des bus (pour 35km…). Pendant le voyage de nombreux vendeurs ambulants montent à bord : on a droit, par exemple, au pitch pour un câble USB de 3m de long. Un chanteur (à la voix puissante) propose également 2 chansons, dont la version espagnole de « Chiquitita » d’ABBA : ça faisait longtemps ! On profite d’être sur place pour prendre nos billets d’après-demain, avant de rejoindre la station de taxi attenante. Cela fait 21h que nous avons quitté Salta, mais nous sommes enfin arrivés à Asunción, la capitale du Paraguay 😮💨
Épuisés mais impatients de découvrir la ville, nous y faisons notre première balade avec pour objectif de se faire une première impression. Notre hébergement est à une 12aine de “cuadras” du centre historique : ça fait un peu de sport, d’autant que la température ici est étouffante. Nous sommes presque au niveau de la mer (même s’il n’y a pas la mer…) et la ville est baignée par un climat (sub)tropical, chaud et humide. Nous découvrons (de l’extérieur) le Palacio de los López, siège de la présidence de la République du Paraguay et du pouvoir exécutif du gouvernement paraguayen, grosse bâtisse néoclassique peinte en vieux-rose. Nous nous baladons le long de la “costanera” de la ville, qui longe l’impressionnant “río Paraguay”… et la 4 voies installée à côté. Après avoir trouvé du pain dans une boulangerie allemande (🤷), nous décidons de retourner prendre un cocktail sur une terrasse surplombant le palais présidentiel. Nous décidons de manger à proximité de notre hôtel (et ainsi éviter de remonter 12 “cuadras” de nuit…) et tombons par hasard sur une bien chouette brasserie artisanale : le monde est bien fait.
Nous dormons comme des bébés (qu’est-ce que c’est agréable !) et un orage nocturne rafraichit l’atmosphère. Nous sommes maintenant d’attaque pour une visite plus approfondie de la ville. Nous ne pourrons malheureusement pas assister à une “función” au “Teatro Municipal Ignacio A. Pane” (pas de représentation le lundi ou le mardi 😞) mais décidons d’aller y jeter un œil quand même. La salle est fermée pour montage mais nous tombons sur un monsieur adorable qui nous faufile à l’intérieur. D’une capacité de 600 places, le théâtre actuel a été inauguré en 1889 sur le site du précédent (lequel avait été le congrès paraguayen avant d’être transformé en théâtre). Dès le premier coup d’œil, nous aimons beaucoup ce petit théâtre, rénové avec soin, sobre avec ses balcons en bois et ses fauteuils d’orchestre d’origine. Notre guide improvisé est vraiment très intéressant et nous pourrions y rester des heures, d’autant que c’est aussi insolite de pouvoir observer le montage d’un décor !
Quelques rues plus loin se trouve la “Casa de la Independencia”. Il s’agit d’une maison coloniale bien restaurée qui présente (sans beaucoup d’explications) des objets ayant un rapport (de près ou de loin) avec l’indépendance du pays et du mobilier d’époque. C’est de là que, le 14 mai 1811 et après une planification méticuleuse, est sorti un groupe de Paraguayens pour proclamer l’indépendance du pays. Nous regrettons de ne pas en prendre plus sur le processus et les difficultés rencontrées et nous nous promettons de creuser le sujet par nous même.
L’orage a laissé derrière lui un ciel bien chargé mais nous décidons quand même d’aller faire un tour dans le quartier de San Jeronimo, situé sur une des “lomas” (= collines) de la ville. La montée est raisonnable et nous découvrons de nombreuses petite maisons colorées agencées en passages et autres petites rues. Un peu de street art et quelques escaliers donnent un sentiment paisible… seulement interrompu par les aboiements des chiens du quartier.
Ayant trouvé quelques cartes postales de la ville, nous nous mettons à la recherche du “Correo de Paraguay” (la Poste locale). Une vendeuse nous indique la direction générale, et une fois à proximité une passante nous confirme le bon bâtiment. Nous entrons dans un chouette patio historique où un monsieur nous invite à entrer. Nous nous dirigeons vers les bureaux situés de l’autre côté de la cour, où une femme de ménage nous appelle la responsable… qui nous indique le bureau d’en face, de l’autre côté de la cour. Là, nous interrompons le déjeuner d’une sympathique employée qui nous renvoie vers le bureau de gauche. Enfin au service des envois, on nous explique (à grand renfort de détails sur sa vie privée) que la responsable est en arrêt aujourd’hui et qu’ils ne peuvent donc pas envoyer de courrier ! Il nous invite à nous rendre dans l’autre bureau de Poste du centre historique. Pas découragés pour un sous, nous parcours les quelques centaines de mètres qui nous en sépare et débarquons dans un immense hall années 70 aux nombreux guichets et aux bureaux délimités par des paravents, rien n’est indiqué. Nous faisons la queue au hasard et, après quelques minutes d’attente, l’employée appelle une collègue, qui elle même en appelle une autre. Nos cartes passent de main en main, mais l’une d’entre elle sort bientôt un classeur qui semble contenir le prix des envois. On nous remet une facture à aller payer plus loin et on nous assure que les cartes vont partir et qu’on n’a plus besoin de s’en occuper. Dans cette histoire, on n’aura jamais vu de timbres… mais on aura tout donné !
Notre prochaine étape est la visite du minuscule “Panteón Nacional de los Héroes y Oratorio a Nuestra Señora Santa María de la Asunción”, une petite chapelle avec coupole (inspirée entre-autres de notre Panthéon à nous et des Invalides) reconvertie en mémorial pour les héros du pays. Chose étrange, il contient les restes de José Gaspar Rodríguez de Francia, désigné comme “Dictador supremo y perpetuo del Paraguay” : un dictateur dans les héros nationaux ? 🤨 Sa biographie nous permet d’en apprendre un plus : principal idéologie de l’indépendance, son gouvernement autocratique en a permis la consolidation (notamment face aux ambitions territoriales des pays voisins, notamment le Brésil et l’Argentine) et l’autosuffisance économique du pays… au prix de la suppression des libertés individuelles. Sous son commandement, tous les étrangers du pays ont été expulsés (personne ne pouvant entrer ou sortir du pays sans son accord), l’information fermement contrôlée et les religieux persécutés. D’un autre côté, il a rendu obligatoire l’enseignement primaire et développé les entreprises nationales. C’est aujourd’hui encore une figure controversée, résumée par l’Argentin Juan Bautista Alberdi: « Il a sauvé l’independence du Paraguay par l'isolement et le despotisme. Deux terribles moyens que la nécessité lui a imposé au service d'une bonne fin ». Mouais. Nous prenons ici la mesure de la difficulté de l’indépendance paraguayenne et la tyrannie des premiers gouvernements.
Pour nous remettre de nos émotions, nous déjeunons dans un restaurant des environs, Bolsi, apparemment véritable institution de la ville. L’environnement est plutôt classe, mais bruyant : la table centrale fête en famille un anniversaire et la patience des enfants semble épuisée. Nous retrouvons avec plaisir les délicieux pains au fromage découverts au Brésil en apéritif, puis nous y mangeons du poisson de rivière : le “surubi” pour moi et le “pacú” pour Héloïse, les deux sont délicieux, bien charnus et bien cuits. En accompagnement, nous retrouvons le manioc (ici appellé “mandioca”) frit et découvrons le typique “arroz kesú”, du riz mélangé à un fromage local : c’est un peu particulier.
La visite de la ville se termine par la découverte de la “Catedral Metropolitana de Nuestra Señora de la Asunción”, sainte patronne de la ville fondée un… 15 août ! Le nom complet de la cathédrale paraguayenne est d’ailleurs “Muy Noble y Leal Ciudad de Nuestra Señora Santa María de la Asunción”. Reconstruite plusieurs fois à cause des crues du río Paraguay voisin et actuellement de style néoclassique, elle ne nous émeut pas plus que ça. À titre de comparaison, nous décidons d’aller jeter un œil à la “Iglesia de la Encarnación” quelques blocs plus loin. Nous devrons nous contenter de son extérieur, lui aussi massif, mais en briques rouges, car l’église n’est ouverte que pour la messe quotidienne.
Une partie du territoire du Paraguay est recouvert par la forêt Amazonienne et c’est donc ici, après l’avoir loupé au Brésil et en Bolivie, que nous goûtons pour la première fois le fameux “açaï”. Ici servi sous forme glacée avec de l’avoine, de la banane et du lait (concentré et en poudre), c’est bien bon mais consistant !
La journée se termine par une escapade (en taxi cette fois-ci) au “Museo del Barro”, un espace insolite situé dans un quartier excentré (plutôt du type commercial chic) de la ville. À la fois musée d’art précolombien (couvrant une bonne partie de l’Amérique Latine), musée d’art indigène (principalement des cultures paraguayennes actuelles) et musée d’art contemporain (artistes latino-américains et espagnols), il s’opère dans ce lieu un dialogue indispensable qui met en valeur les cultures, les influences réciproques et les savoir-faires. La collection d’art contemporain est parfois un peu difficile à appréhender et mériterait plus de commentaires, mais nous sommes scotchés par l’art indigène, son utilisation des plumes et la richesse de ses motifs et techniques. Nous discutons avec Guille, aujourd’hui à l’accueil du musée. Il est photographe et arrière-petit-fils d’un sénateur d’opposition paraguayen durant la dictature et d’une céramiste belgo-suisse. Il est vraiment passionné par le musée et intarissable d’anecdotes et de détails. C’est également un incroyable ambassadeur du pays et c’est maintenant que nous sommes déçus de ne pas pouvoir plus nous y attarder plus longtemps…
Après une nouvelle nuit à la température agréable régulée par la climatisation, nous quittons l’hôtel à 6h30 pour rejoindre la gare des bus. L’objectif, c’est d’être de retour en Argentine ce soir… (mais nous n’avons pas prévu de prendre le chemin le plus simple !) 🤞
La visite d’Asunción nous laisse un sentiment étrange. C’est évidemment impossible de se faire un avis en (à peine) deux jours, mais nous n’y avons pas rencontré l’agitation frénétique habituelle des capitales. La ville semble très entendue et son centre historique en train de dépérir; on pense ici à certaines villes brésiliennes du début du voyage. Au milieu de rues bordées d’immenses maisons coloniales (souvent en ruine et inhabitées) mais aussi d’immeubles dignes des films sur l’ex-bloc soviétique (parfois non-terminés et reconvertis en parkings), roulent de grosses voitures avec vitres et pare-brise teintés. Les seules bâtisses restaurées semblent être des musées ou des bâtiments officiels. Sur les trottoirs, difficilement praticables où s’amassent débris en tous genre, se côtoient travailleurs en costume et mendiants en guenilles. Les favélas sont très proches du centre et on nous a recommandé de ne pas marcher dans la rue après la nuit tombée, nous l’avons suivi à la lettre. Nous voulions sortir des sentiers touristiques : c’est réussi !
Country Guides:
Paraguay