1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. Reducción de San Ignacio Miní

San Ignacio, Argentina - Polarsteps

A 6h45, la sonnerie du réveil coïncide avec le renforcement de la pluie. Le bruyant « tap tap » des gouttes es sur le toit ne nous motive pas vraiment à quitter les draps, mais pas le choix : le bus part dans 45min. Nos quelques minutes de préparation suffisent heureusement pour créer une petite accalmie et nous rejoignons la gare des bus. Le temps d’attraper quelques “medialunas” bien fraîches et un jus d’oranges pressées et nous voilà déjà installés dans le bus; la pluie a repris de plus belle. Les presque 5h de trajet se font sous les flashs de l’orage et une pluie battante, qui ne parvient pas à modérer les ardeurs du chauffeur (probablement un ancien champion de rallye), seulement ralenti par les quelques camions qui circulent là. Les vitres du bus sont couvertes de buées, on ne profite pas beaucoup du paysage. L’eau goutte (c’est parfois une vraie petite cascade) au dessus de plusieurs fauteuils de l’étage supérieur, par chance, ce ne sont pas les nôtres (et ils sont majoritairement non-occupés). Nous nous arrêtons régulièrement pour prendre de nouveaux passagers qui attendent dans les petites guérîtes du bord de route, ou dans les terminaux des petites villes que nous traversons (ce qui retarde sensiblement notre progression…). Le petit terminal de San Ignacio se trouve au bord de la “ruta 12” et c’est là que nous dépose finalement le bus. Chargés de tout notre bardât, nous prenons la direction des ruines de la mission jésuite de San Ignacio Miní, à 15min de marche, alors que la pluie commence à s’intensifier de nouveau. Aujourd’hui situé au cœur du village de San Ignacio, au milieu d’une végétation luxuriante, ce site archéologique témoigne d’une expérience de vie communautaire initiée par les jésuites au début du 17ème siècle (de nombreux sites similaires existent dans la région, entre Argentine, Brésil et Paraguay). San Ignacio Miní fut fondée pour la première fois au Brésil en 1610, mais les invasions des “bandeirantes” (à la recherche de richesses ou d’hommes à réduire en esclavage) la feront déménager deux fois, jusqu’au site actuel, où elle s’installe en 1696. Le plan de la mission est organisé autour de l’immense place principale, symbole de la vie en communauté, sur laquelle se trouvent l’église (dont les cloches rythment la journée - et dont une partie de la magnifique entrée subsiste aujourd’hui), le cimetière et l’école. Le travail est strictement réparti : les hommes dans les ateliers ou aux champs, et les femmes au tissage (quand elles n’aident pas pour les semis ou les récoltes). Les enfants sont instruits à partir de 7 ans, avant d’être intégrés aux activités de la communauté. Le but de ces structures est bien évidemment d’évangéliser et de « civiliser » les peuples autochtones (ici les guaranies), mais aussi de les protéger des formes d'exploitation coloniales. En effet, depuis le début du 16ème siècle, le système de l’“encomienda” reconnaît aux conquistadors la propriété des terres, mais aussi des populations qui y vivent, qui deviennent alors une main-d’œuvre corvéable à merci. Dans les missions, les jésuites conservent (en partie) la structure sociale du model guaraní traditionnel; tous les habitants travaillent la terre commune, et la production est équitablement répartie. La journée de travaille ne dure que 6h, ce qui laisse du temps pour des loisirs comme le tir à l’arc, la musique, la danse ou (évidemment) la prière. La production artistique des ateliers est unique et la rencontre du baroque (apporté d’Europe par les jésuites) avec la culture guarani engendre le « baroque-guarani », un style unique, plus ingénu et inspiré des motifs de la nature. Les jésuites sont expulsés d’Amérique en 1767 et les missions entrent en déclin. Les guerres territoriales des états fraîchement indépendants portent le coup de grâce : la mission de San Ignacio Miní est pillée et détruite en 1817. La visite du site et du (minuscule) musée, bien qu’intéressante, est vraiment plus rapide qu’anticipée. Nous nous mettons en quête d’un restaurant vers 14h30 en nous demandant ce que nous allons faire dans ce petit village jusqu’au départ de notre bus… à 19h45 ! Nous trouvons un petit endroit, à la cuisine pas vraiment faite maison et au service plutôt lent (pour une fois que ça nous arrange !), mais à l’accueil plutôt sympathique. Le serveur allume la télé alors que nous terminons de manger et que… commence la finale de la coupe du monde de rugby ! Une excellente excuse pour regarder le match et surtout squatter pendant presque 2h 👌 nous en profitons également pour peaufiner notre planning de la fin du séjour. Avec 1h d’avance et toujours légèrement humides, nous sommes de retour au terminal pour attraper le dernier bus de nuit de notre voyage 😳 L’ambiance est plutôt calme, peu de bus s’arrêtent ici. L’accès à la gare nécessitant un petit détour, j’espère que notre bus le fera bien (et qu’il ne passera pas sans s’arrêter un peu plus bas sur la route principale). Alors que l’heure approche, quelques personnes supplémentaires arrivent. Bientôt, nous l’apercevons, au bon endroit et bien à l’heure, avec soulagement.

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