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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Circuit O - Torres del Paine (trek de 8 jours)
Torres del Paine, Chile - Polarsteps
La nuit a été moins reposante que prévue grâce aux joies du dortoir… les deux autres occupants partaient également marcher, mais n’avaient pas préparé leurs sacs (et ont été particulièrement peu discrets) : ce qui nous a coûté une heure de sommeil le soir et une heure de sommeil le matin 😢 quelle ne fut pas notre surprise quand nous les avons vu arriver au premier campement le premier soir : ils font le même circuit que nous (avec deux sacs à dos chacun et un totebag) !
C’est vrai que cela ne fait même pas une semaine que nous avons raccroché les chaussures de randonnée… mais nous retrouverons les sentiers avec plaisir (le froid du soir un peu moins 🥶). Après, il faut quand même souligner que nous n’avons pas eu le choix des dates, le parc est tellement populaire que les réservations d’hébergement sont obligatoires (y compris les emplacements dans les campements) et certains sont très demandés : nous avons eu les dernières places du mois de mars au refuge Grey (4ème étape du trek) et nous avons construit le reste en fonction.
Le Parque Nacional Torres del Paine peut être découvert de plusieurs façons mais les plus populaires sont sans aucun doute les circuits W et O (en référence à la forme de leur tracé). Échauffés sur le Huemul la semaine dernière, nous partons sur le O (qui contient en fait le W), aussi connu sous le nom de circuit Macizo Paine, grand circuit ou tout simplement circuit.
J1 - ☀️ - Avec un bus, puis un minibus, nous arrivons au point de départ et profitons déjà d’une superbe vue sur le haut de deux des trois tours, symboles du parc. Nous commençons le circuit, en t-shirt, sous un grand soleil. Nous progressons bien, à travers de petits bois ou de larges prairies, et profitons de belles vues sur plusieurs lagunes, une belle rivière (le río Paine) et les sommets enneigés. Trois condors nous survolent. Ce premier jour ne présente pas de difficulté technique et nous arrivons bientôt au premier campement, Serón.
Ce n’est pas du tout le même type de camp que sur notre trek précédent : ici c’est très aménagé, il y a une tente pour faire la cuisine, des toilettes et des douches ! On compte une bonne trentaine de tentes plantées sur le terrain (en plus des tentes louées déjà montées) : ce n’est pas la même intimité non plus ! Le sommeil nous gagne rapidement quand même…
J2 - 🌧️ - La deuxième journée commençait pourtant bien, avec un joli lever de soleil… mais c’est sous une légère averse, qui s’intensifie rapidement, que nous nous mettons en marche. Le soleil n’est pas loin (et tente deux petites apparitions aux kilomètres 12 et 16…) mais nous parcourons les 19km du jour sous la pluie, et dans le nuage, donc avec une vue complètement bouchée (petit aperçu du lago Dickson à la fin quand même). On espère qu’il n’y avait pas trop de belles choses à voir sur ce tronçon…
Nous arrivons au camp Dickson sous un mi-soleil mi-pluie dont la Patagonie a le secret et profitons du peu d’affluence actuelle pour manger au chaud et prendre une bonne douche chaude (oui, c’est grand luxe !). Nous regardons les autres groupes arriver en nous étirant ou en dansant (il faut bien rester au chaud !) et nous filons au dodo, sous des bourrasques impressionnantes, faisant trembler la tente (moyennement bien orientée d’ailleurs, mais bon, ça a tenu !). On s’endort rapidement quand même : la pluie, ça fatigue.
J3 - ☀️ - Nous nous réveillons un peu tard pour profiter du lever de soleil, mais il est bien là pour nous accueillir aujourd’hui ! Nous prenons notre temps ce matin : le programme du jour est plutôt léger. Nous commençons à marcher sous de sacrés bourrasques, mais nous sommes vite abrités par une forêt sympathique. Elle nous protègera du vent toute la journée, tout en ménageant quelques magnifiques points de vue sur les montagnes environnantes, la valle de Los Perros et le magnifique glaciar Los Perros. Nous observons également le manège d’un couple de carpinteros negros, sorte de pic-verts locaux, en train de s’attaquer à un arbre. Qu’est-ce que c’est cool de marcher avec un peu de soleil, pas de pluie, le chant du vent dans les branches, les craquements de arbres, les bruits des oiseaux et le clapotis des torrents !
Le campamento du soir s’appelle Los Perros et notre emplacement est très joli, dans un petit bois, mais… en pente et pas très plat. De toutes façons, la nuit sera courte !
J4 - 🌧️ - Lorsque notre réveil sonne, ce matin à 5h45, nous savons déjà que la journée sera longue. La pluie crépite sur le tente pendant que nous petit-déjeunons rapidement. Le soleil n’est pas encore levé lorsque nous commençons la montée vers le « paso John Garner », la difficulté du jour (et du circuit en fait). Le chemin commence dans un bois rendu très humide par les pluies de la nuit, nous évitons les passages boueux à la frontale. Au fur et à mesure de notre montée, les arbres disparaissent progressivement, jusqu’à nous laisser monter totalement exposés… À partir de ce moment, c’est une lutte acharnée contre le vent pour pouvoir continuer à progresser : les rafales nous poussent dans tous les sens et il faut assurer chaque appui. A mi-parcours, la légère pluie se transforme en neige et s’intensifie. Après deux bonnes heures de montée, nous arrivons au col où le vent, de face maintenant, redouble d’intensité; les flocons de neige foncent dans nos yeux. Ce n’est qu’après quelques centaines de mètres de descente que la situation se calme et que nous pouvons profiter de la vue : le glaciar Grey se déroule sous nos yeux. Même si beaucoup moins exposée aux aléas météorologiques, la descente est assez raide et donc tout aussi pénible. Nous essayons de garder nos genoux fonctionnels, ce qui rend notre progression lente. A mi-descente, le soleil commence à faire des apparitions et le moral remonte, c’est aussi moins pentu et nous profitons de beaux points de vue sur le glacier… mais trois traversées sur des ponts suspendus vertigineux nous attendent !
Ce soir, nous dormons en dortoir dans le refuge Grey (ça ressemble plutôt à une sorte d’auberge de jeunesse) et la fin d’après-midi est assez inhabituelle : douche chaude (beaucoup trop longue pour être écologique…) et piscos sour, cocktail « local », pour l’apéritif (ok, il est 16h30) 🥂 on file au dodo tôt pour profiter de ces vrais matelas dans un espace chauffé !
J5 - ☁️ - Le cliquetis de la pluie sur la fenêtre du dortoir ne nous motive pas à nous lever, même si ça n’a pas l’air d’être le cas des autres clients du refuge… C’est en allant préparer le petit-déjeuner et en regardant les gens venir du camping (dans leurs vêtements trempés, ranger leur équipement trempé) que nous nous rendons compte que la pluie n’a pas cessé de toute la nuit et que la plupart des tentes ont pris l’eau. Quelle chance d’avoir dormi à l’intérieur !
La pluie continue de plus belle et nous décidons de reporter notre départ : c’est une petite journée aujourd’hui. Nous discutons et jouons aux cartes pour passer le temps avec Claudia et David, un couple d’autrichiens que nous avons rencontré les jours précédents. En début d’après-midi, la pluie s’arrête et nous nous précipitons sur le sentier. La pluie a transformé certaines portions du sentier en véritables ruisseaux ! Les vues sur le glacier sont très belles, malgré les nuages gris. Pour fêter notre arrivée au sec, nous nous octroyons une petite bière au bar du camping, avant de rejoindre les autres dans la cuisine collective.
Nous retournons sous la tente sous une pluie battante, qui durera pendant la première partie de la nuit. Nous nous réconfortons en terminant une tablette de chocolat achetée à Salvador au Brésil, au chaud dans nos sacs de couchage. Le vent prévu n’arrivera jamais vraiment, mais c’est le froid (pas prévu lui) qui s’invite finalement : la nuit est peu confortable et, le lendemain, l’eau sur la tente est gelée.
J6 - ☀️🌨️ - Nous émergeons mais nous avons du mal à nous réchauffer. Heureusement que la salle commune est grande… Nous n’avons cependant pas croisé le renard qui pique les chaussures des campeurs (il y avait des affiches partout dans le camping), mais un splendide cernícalo (sorte de faucon) déambule entre les tentes. Comme conseillé par Bill (voir prochain step), nous prenons le sentier de droite pour rejoindre notre prochaine étape, bien que celui-ci soit comme barré par quelques branches : quelle bonne idée, nous avons profité d’un superbe sentier longeant le lago Sköttsberg sans croiser personne ! Nous arrivons au campement italiano en même temps qu’une averse de neige fondue, juste à temps pour nous abriter. L’averse est de courte durée et les nuages se dégagent rapidement : c’est notre créneau pour monter les 5,5km (et 800m de dénivelée tout de même !) qui nous séparent du mirador Británico ! Cette partie étant un aller-retour, nous laissons nos gros sacs au campamento : on se sent légers ! Le sentier traverse la valle del Francés, une petite forêt soupoudrée de la neige de la nuit dernière, traversée par un torrent et surplombée par le glaciar Francés. C’est une vision magique. Nous arrivons en haut avec une vue dégagée et un soleil radieux : c’est à couper le souffle, nous sommes extrêmement chanceux ! A mi-descente, la neige reprend de plus belle : nous arrivons tous blancs à notre camp de la nuit.
Il n’y avait plus d’emplacement de tente disponible au campamento Francés et nous avons été obligé de prendre une tente « premium ». Concrètement, il s’agit d’une très grande tente déjà montée, très surélevée du sol, et avec sacs de couchage compris. Même si c’est extrêmement cher pour ce que c’est, nous apprécions le confort d’avoir plus de place, de ne pas avoir à (dé)monter notre tente et, surtout, d’avoir un deuxième duvet (que nous mettons au dessus du notre pour avoir encore plus chaud !).
J7 - ☀️ - Nous nous réveillons bien reposés, mais un peu humides (pas mal de condensation dans la tente « premium » !). Le soleil traverse le feuillage des arbres : ça va être une belle journée (la matinée au moins !). Nous longeons le Lago Nordenskjöld pendant une belle partie du chemin, le sentier déborde de miradors magnifiques. Nous profitons également de très belles vues sur les Cuernos del Paine (autres sommets emblématiques du parc). Sur les sentiers, le rythme est plus calme que les autres jours : tout le monde prend son temps et profite du soleil. Malgré la douceur générale, nous commençons à ressentir la fatigue physique des derniers jours.
C’est encore une tente « premium » pour nous ce soir, au campamento Central ! Nous en profitons pour faire sécher notre tente au soleil (elle était détrempée…) et nous fêtons « la fermeture du O » avec une bière pression et des frites au fromage ! (C’est un peu la ruine, mais ça fait un bien fou !!) Nous complétons notre alimentation du soir avec notre dernière soupe lyophilisée, en compagnie de Juliette et Paul, un couple d’avignonnais rencontrés quelques jours plus tôt. C’est une belle soirée, le ciel est clair et le coucher du soleil lui donne de belles couleurs roses et oranges, mais il fait toujours sacrément froid !
J8 - ☀️ - La nuit a été très froide (probablement la plus froide du circuit), même si ça été pour nous, avec nos doubles duvets. Le camping est tout gelé ce matin. Nous nous sommes loupés de quelques dizaines de minutes et notre réveil est trop tardif pour voir les lueurs du lever de soleil sur les tours depuis le campamento. Qu’à cela ne tienne, nous enchainons sur l’aller-retour du jour (sans les gros sacs donc !) : nous montons très rapidement la première partie du sentier (il faut bien se réchauffer, et puis on était motivés ! L’objectif était également d’arriver avant les groupes en sortie à la journée), la fin est très raide et un peu technique. L’arrivée au mirador Base Torres est époustouflante : les trois tours se dévoilent, derrière une lagune, et devant un ciel d’un bleu franc et intense. Nous profitons de la vue pendant une bonne heure avant que le froid ne nous gagne et que nous entamions la descente.
De retour au centro de bienvenida, nous profitons des quelques heures que nous avons à attendre avant le départ du bus pour profiter encore du magnifique soleil du jour. Le circuit est bouclé, en entier, dans les temps, et avec plusieurs très belles journées : nous sommes très contents ! Nous sommes aussi heureux de savoir que, cette nuit, nous dormons au chaud, dans un vrai lit, sous une bonne couette !
Comme sur la Vuelta al Huemul il y a quelques jours, nous avons rencontré beaucoup de monde sur le circuit et dans les campamentos : Juliette et Paul (les avignonnais), Claudia et David (les autrichiens), Ben et Sam (les australiens avec qui nous avons partagé notre dortoir à Grey), Lukas (l’allemand), Matt (l’anglais), Dominic et Paddy (les australiens trop gentils), Jim et Grace (les londoniens qui se sont fiancés au mirador Británico !) et tous les autres du O. C’était vraiment sympathique de se croiser régulièrement, de prendre des nouvelles et d’échanger des conseils ! (Et oui, Marianne, c’est pas ça qui va nous faire progresser en espagnol !)
Alors, oui le parc est touristique et oui c’est bien cher pour profiter de la nature, mais nous avons passé un très agréable moment à Torres del Paine. Nous n’avons pas souffert de la surfréquentation (peut-être grâce à la saison ?) et avons pu profiter des sentiers sereinement. Bref, c’était trop chouette !
Distance totale parcourue : 130km. Dénivelé total grimpé : 6000m.
Country Guides:
Chile