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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Isla Negra
El Quisco, Chile - Polarsteps
La pluie a tambouriné une bonne partie de la nuit au dessus de nos têtes, berçant notre sommeil profond. Alors que nous émergeons doucement, nous réalisons qu’une petite flaque s’est formée au pied de la fenêtre : heureusement que nous n’y avions pas laissé nos sacs !
Même s’il ne pleut plus vraiment, les nuages sont très bas et l’ambiance un peu maussade lorsque nous quittons l’hostel. Un colectivo nous dépose à la gare des bus, où nous avons à peine le temps de prendre notre billet avant que le bus ne s’ébranle vers Isla Negra.
Isla Negra est une zone côtière (pas du tout une île donc) à 2h de bus au sud de Valparaíso. Elle est principalement connue pour abriter l’une des maisons (sa préférée pour être précis) du célèbre poète chilien Pablo Neruda. Nous y arrivons alors que le soleil a réussi une percée à travers les nuages, déjouant les pessimistes prévisions pluvieuses.
Achetée par celui qui n’est pas encore Prix Nobel de Littérature à la fin des années 30, il passe trois décennies à l’agrandir et à la transformer, jusqu’à en faire (selon ses mots) une maison à l’image du Chili : longue et étroite. Et quelle maison, quelle réussite ! Le bâtiment de granite et de bois avec sa tourelle et ses immenses fenêtres semble sorti d’un rêve. Chaque espace est aménagé pour créer une atmosphère différente. La mer est visible toujours, partout. L’intérieur est décoré par les nombreuses collections de l’artiste : bouteilles aux formes étranges, verres et pieds de piano de couleur, figures de proue de bateaux peintes, pipes gravées, minuscules guitares du Mexique, masques d’Asie, coquillages extraordinaires et autres statues africaines. Tout ce beau monde se côtoie dans un inexplicable sentiment d’unité !
La visite audio-guidée lève le voile sur la façon de vivre du poète et rend vivant chaque recoin. Nous découvrons les salons, la salle à manger, la chambre, son bureau (qui contient, entre autres, des photos de Baudelaire, Hugo et Rimbaud, ainsi qu’un poème de Du Bellay, bien en vue) et l’écurie (spécialement aménagée pour une statue de cheval qu’il avait l’habitude de caresser en allant à l’école). C’est un cabinet de curiosité merveilleux mais personnel, un endroit hors du temps, une chouette manière de découvrir Pablo Neruda finalement.
Nous essayons de préserver un petit peu de cet atmosphère onirique alors que nous quittons la maison pour une petite balade au bord de la mer. Nous mangeons un empanada frit pour nous remettre de nos émotions, avant de profiter du soleil déclinant sur la plage en contrebas de la maison, étourdis par le bruit des rouleaux du Pacifique s’écrasant sur les rochers. Nous attendrons le bus retour pendant près d’1h, en compagnie de Michael, 55 ans depuis hier, alcoolisé et incompréhensible, mais pas méchant.
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Chile