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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Cañon del Colca (trek de 4 jours)
Caylloma, Peru - Polarsteps
Le terminal terrestre d’Arequipa est aussi vivant que celui de Tacna : chaque compagnie crie ses destinations pour attirer l’attention des voyageurs. Tout au fond, nous trouvons le guichet de la seule compagnie qui va à notre prochaine destination : Cabanaconde.
Nous montons à bord d’un bus d’apparence un peu vieillotte, dont tous les rideaux sont tirés. Les sièges sont plutôt confortables mais… nous comprenons rapidement qu’il n’est pas climatisé !
Une fois sortis d’Arequipa, le bus aborde rapidement des montées ardues et sinueuses. Les paysages évoluent très vite, de moins en moins désertiques et de plus en plus verts, avec quelques lagunes et du relief; nous apercevons quelques vigognes (autre cousin du lama). La température baisse également et devient supportable dans le bus. Nous passons le col de Patapampa à 4910m d’altitude et cela commence à se ressentir : mes oreilles se bouchent, Héloïse est nauséeuse. Ça ne dure heureusement pas longtemps : nous attaquons déjà l’interminable et vertigineuse descente vers le canyon.
Nous traversons maintenant une série de charmants petits villages, chacun avec sa belle église blanche, où le bus marque des arrêts réguliers. A chaque fois, ce sont des locaux en costume traditionnel qui montent et descendent. Les cultures en terrasse des alentours se colorent alors que le soleil disparaît.
Après 6h de bus, nous sommes accueillis par le sympathique et francophone Leandro, qui nous conduit jusqu’à l’hostel Pachamama où nous passons la nuit avant d’attaquer la rando. Les chambres sont mignonnes, la literie de qualité et le personnel propose un briefing rando tous les soirs pour ses clients ! Ils font aussi des pizzas et nous partageons notre table avec Marine et Baptiste, deux tourdumondistes super-cools : nous décidons de marcher ensemble le lendemain.
Le cañon del Colca s’étire sur une centaine de kilomètres entre montagnes et volcans (certains encore actifs !). Il est ponctué de hameaux entourés de cultures en terrasses avec leurs canaux d’irrigation, bâtis par une civilisation pré-Incaique, les Collahuas, mais parfois encore utilisés aujourd’hui. Historiquement il n’est accessible qu’à pieds et tout le transport de marchandise s’effectue à dos de mule. Aujourd’hui, il est desservi par quelques pistes praticables en voiture. C’est l’un des canyons les plus profonds du monde, plaie béante entre la Cordillera de los Andes et la Cordillera del Chila, malgré cela notre trek de 4 jours va osciller entre 2020m et 3287m d’altitude : on va chercher notre souffle en montée !
Après une nuit exceptionnelle et un « petit-déjeuner de champion », nous voici fin prêts pour attaquer la descente dans le canyon. Le mirador de Achachihua, qui domine tout le canyon, nous donne un excellent aperçu de ce qui nous attend dans les prochains jours : des paysages à couper le souffle et très peu de plat. Nous descendons tranquillement, le soleil est de plus en plus chaud mais un peu d’air persiste, ce qui rend la randonnée agréable. Le dénivelé négatif est également atténué car nous passons un très bon moment avec Marine et Baptiste. Le sentier s’étire en de nombreux lacets, parfois serrés parfois larges, qui nous font passer d’un flan de montagne à un autre, entre les champs en terrasse. Nous apercevons bientôt la Colca, mince filet d’eau qui serpente tout au fond; c’est dur d’imaginer que c’est lui qui a creusé tout ça !
Nous passons un petit bourg, où une femme en habits traditionnels nous propose des boissons, avant d’arriver à Llahuar en début d’après-midi. Malheureusement nos compagnons de voyage ont réservé dans l’autre hébergement du hameau et partent vers Sangalle demain : nous nous séparons en planifiant de boire à verre à notre retour à Arequipa. Nous déposons nos sacs à dos et troquons nos chaussures de rando pour les tongs avec soulagement avant de filer se mettre à l’ombre. Le lodge (plutôt un ensemble de petits abris de jardins !) dispose de jolies petites piscines thermales à 39 degrés en bordure de rivière, mais pour le moment il fait bien trop chaud pour s’y plonger et nous trempons les pieds dans la rivière glacée pour nous rafraîchir. Nous sautons dans les bains alors que le soleil disparaît dernière la montagne, quel bonheur !
Le dîner (végétarien !) proposé est finalement bien meilleur qu’attendu : soupe de semoule aux légumes, avant une sorte d’omelette frite recouverte d’avocat, de tomate et de riz. Nous n’entendons que la rivière depuis la cabane et sombrons rapidement dans un profond sommeil.
Le réveil est matinal puisque nous prenons le petit-déjeuner à 6h30 (miam miam les pancakes maison) afin d’éviter de marcher pendant les heures les plus chaudes de la journée. Nous attaquons directement avec une longue montée de tout petits virages avant que le sentier ne s’aplanisse, toujours à flan de montagne. Juste à notre droite, la falaise plonge jusqu’à la rivière qui forme de nombreuses cascades. Les paysages évoluent : c’est moins agricole qu’hier, plus sauvage avec ces barres rocheuses peuplées de cactus et autres plantes grasses immenses. Nous traversons un petit groupe de maisons, où une vingtaine de personnes travaillent d’arrache-pied en plein soleil, avant d’arriver à Llatica et sa charmante petite église. Nous traversons la rivière et attaquons la montée finale jusqu’à notre hébergement du soir, dans le petit hameau endormi de Fure. Nous y arrivons à… 10h30 ! Après un petit temps de repos, nous repartons avec un sac allégé pour découvrir (en aller-retour) la catarata (= cascade) de Huaruro, au fond du canyon. Le chemin monte en plein soleil mais “vale la pena” car le débit de la cascade est impressionnant. Nous y rencontrons l’équipe de communication de la municipalité qui nous demande de poser pour leur clip promotionnel !
Nous rentrons calmement à l’hostal où la fin d’après-midi s’écoule doucement jusqu’à la cena de 19h, qui commençait bien avec une soupe de semoule très bien assaisonnée mais s’est terminé un peu moins bien avec une gargantuesque plâtrée de spaghettis recouverts de sauce tomate. Nous passons une bonne nuit, bien que le fort vent nous fasse nous demander si le toit de notre sommaire habitation va tenir bon !
Nous quittons Fure un peu avant 8h après un copieux petit-déjeuner de crêpes (très grasses mais délicieuses) et d’œufs. Le chemin est rocailleux et nous progressons doucement jusqu’au village de Belen. Après quelques belles montées (et de non moins belles descentes) qui proposent un nouveau panorama sur la canyon, et notamment sur l’oasis Sangalle, nous traversons les villages de Malata et Cosñirhua, où les maisons traditionnelles de terre caillouteuse se mêlent aux constructions plus modernes de briques ou de béton. De l’autre côté, la paroi du canyon est presque verticale et forme des sortes de colonnes de basalte. Nous attaquons la descente finale vers San Juan de Chucco en longeant des canaux d’irrigation sous un soleil de plomb.
Nous arrivons à la posada en début d’après-midi et, forts de notre expérience de douche pas chaude du tout d’hier, nous nous douchons tant que le soleil est encore là. Nous dînons avec les seuls autres clients, un couple de tourdumondistes marseillais qui arrive en Amérique du Sud après quelques semaines en Namibie et en Afrique du Sud. La soupe de légumes est encore très réussie, le quinoa, crémeux avec des morceaux de fromage, aussi mais la viande d’alpaga est très cuite. Les étoiles brillent au dessus du canyon alors que nous regagnons notre chambre pour notre dernière nuit à Colca.
Nous petit-déjeunons nos pancakes banane/ chocolat, notre œuf au plat dans une rondelle de rocoto et notre délicieux demi-avocat en regardant la très raide montée qui nous attend… (il faut bien prendre des forces !) Nous nous mettons en route vers 7h30 alors que le soleil éclaire déjà le canyon. Après un peu de descente pour traverser la rivière, nous commençons la (très) longue montée. Nous avons de la chance : le soleil est un peu masqué par de légers nuages, un petit vent persiste et puis… qu’est-ce que c’est beau de reprendre de la hauteur sur le canyon ! Malgré cela, la dernière partie (au delà des 3000m) est quand même fatigante, et 3h nous seront nécessaires pour avaler les 1200m de dénivelé positif.
Nous visitons rapidement le petit musée Juanita, à la frontale car il n’y a pas de lumière à l’intérieur… il n’y a en fait pas grand chose à l’intérieur ! Puis nous rejoignons le mirador San Miguel pour dominer une dernière fois cet incroyable canyon. Nous avons de la chance : deux condors sont de sortie ! Nous les regardons profiter des courants ascendants et tournoyer au dessus des paysages que nous avons parcouru ces 4 derniers jours.
Nous retournons à Cabanaconde pour attraper un petit sandwich et sauter dans le bus qui doit nous redescendre à Arequipa. Nous avions acheté nos billets avant de partir, à la gare des bus d’Arequipa… mais il semblerait que l’info ne soit pas arrivée jusqu’ici et que nos places aient donc été revendues ! On nous attribue de nouvelles places… qui sont également occupées et on comprend qu’ils sont bien embêtés car le bus est complet ! Finalement, il semble rester deux fauteuils libres au fond, juste sur les roues arrières (aïe aïe aïe le dos et les cervicales), et nous prenons la route comme prévu 😮💨 Au passage du col, plus aucun symptôme de mal d’altitude : l’acclimatation, ça fait des miracles !
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Peru