1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. Zona Arqueológica de Chan Chan

Huanchaco, Peru - Polarsteps

La fatigue du bus de nuit est bien présente mais un petit-déjeuner copieux parvient à nous redonner quelques forces : nous montons dans un colectivo pour l’un des sites archéologiques majeur de la région, heureusement vraiment pas loin de Huanchaco 😅 En ce vendredi matin, Luis, un guide francophone, nous offre ses services : nous n’hésitons pas beaucoup, c’est quand même toujours plus intéressant ! Connu aujourd’hui sous le nom de Chan Chan, ce site est la capitale de la civilisation Chimú qui domina le nord du Pérou approximativement de 1000 à 1450. Les noms des lieux géographiques nous sont habituellement parvenus grâce aux écrits des conquistadors espagnols, mais dans ce cas, ils parlent simplement de ruines chimúes : on ne connaît donc pas son nom original. Le site est stratégiquement situé au bord de l’océan Pacifique et à proximité de l'embouchure du fleuve Moche. C'était la plus grande ville de l'ère précolombienne en Amérique du Sud et elle aurait accueilli jusqu’à 100000 habitants à l’apogée de la civilisation. La cité est entièrement construite en terre (adobe) et le centre de Chan Chan était composé de 9 ou 10 “ciudadelas” construites successivement par chaque chef Chimú et entourées de hauts murs et de configuration rectangulaire. A l’intérieur de chacune, tout s’organise autour de trois espaces : la place des cérémonies et des sacrifices (principale partie administrative avec ses complexes de bureaux), la place privée (réservée à la famille royale et à ses invités) et la place funéraire (celle par laquelle on accède aux tombes du roi et de sa suite). Les habitants résidaient à l’extérieur immédiat de ces bâtiments dans des constructions plus simple qui n’ont pas aussi bien survécu. Sur les ~20km2 de la ville initiale, le site archéologique couvre aujourd’hui 14km2. Une seule citadelle est ouverte à la visite : Nik An (= maison du centre), l’une des plus récentes. On y accède après avoir traversé une partie de la ville à pieds, zigzaguant entre des ruines recouvertes de sables aux formes érodées. A l’intérieur, les éléments les plus marquants sont les motifs des bas-reliefs, réalistes et inspirés de la mer : poissons, vagues, filets de pêche, pélicans… A l’origine, tout était peint (et les premières fouilles des années 1960 ont pu le constater) mais l’exposition aux éléments a fait disparaître les couleurs. Les murs sont plus larges à la base qu’au sommet (et les briques sont légèrement espacées) afin de résister aux tremblements de terre. Les parties les plus sacrées/ importantes étaient couvertes par un toit de végétaux, le reste du site était ouvert. La citadelle comprend de nombreux puits et un étang (enjeu crucial de l’eau dans ce territoire désertique) utilisé à la fois comme jardin d’agrément et site sacrificiel en l’honneur de la lune, divinité principale de la civilisation, qui s’y reflète parfaitement. Nous apprenons également que la ville (contrairement à Trujillo fondée au 16ème siècle par Pizarro) est très bien située et protégée pour faire face aux événements récurrents associés au phénomène El Niño, preuve de l’ingéniosité de la civilisation Chimú. Les Chimús furent conquis par les Incas à la fin du 15ème siècle, après une guerre farouche d’une dizaine d’années, que ces derniers ont fini par gagner en privant la ville d’eau… Même après la fin de la guerre, les Chimús ne se soumirent jamais totalement aux Incas et plusieurs épisodes de rébellion sont connus. Les espagnols exploiteront cette rivalité pour se faire conduire jusqu’aux Incas par les Chimús… Très impressionnant, le site est en fait largement restauré (reconstruit ?) : dès les conquêtes espagnoles et jusqu’au 20ème siècle, la ville a été le terrain de jeux de pilleurs de tombes à la recherche d’or (les Chimús étaient enterrés avec toutes leurs possessions matérielles) qui ont largement endommagé les constructions originales. Ces dernières ont également été érodées par l’air de la mer et des mesures de conservation insuffisantes. Enfin, un petit musée présente (sans beaucoup d’explications) quelques pièces retrouvées sur le site : des idoles divines en bois, quelques céramiques… ainsi qu’une superbe maquette de la ville.

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