1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. Huchuy Qosqo (trek guidé de 3 jours)

Coya, Peru - Polarsteps

Il est 7h15 quand Dominique, notre guide pour les 3 prochains jours, vient nous chercher à l’hôtel… avec les croissants 🥐 Il porte un couteau à la ceinture, ses cheveux longs sont retenus en une queue de cheval et ses bras sont intégralement tatoués : il semble tout droit sorti d’un film d’aventure américain. Alors que nous faisons connaissance, un van nous emporte vers Tambomachay, site archéologique sur les hauteurs de Cusco et point de départ de ces trois jours de marche qui doivent nous mener jusque Chinchero, au cœur de la Vallée Sacrée, coincée entre les cordillères Urubamba et Vilcabamba. Nous rencontrons Serafino, notre arriero, et ses trois chevaux qui porteront le gros de nos affaires. Un colibri géant butine quelques “cantutas” (malheureusement trop furtivement pour mon appareil photo), alors que nous découvrons le petit site perché à 3800m et connu à tord comme « le bain de l’Inca » : c’était probablement un lieu d’ablutions pour les voyageurs arrivant à Cusco du reste de l’empire. C’est l’occasion pour notre guide de nous en apprendre d’avantage sur l’importance de Cusco, comme centre politique et ville sainte des Incas. Nous commençons à monter. Il en profite pour nous raconter, avec de nombreux détails et de manière très vivante, la colonisation de la région par les espagnols, qui ont su tirer partie des rivalités internes de l’empire pour mieux le soumettre. L’histoire est très intéressante et nous arrivons en haut avant de nous en rendre compte ! En fait, tout comme notre chemin nous conduit (indirectement) vers le Machu Picchu, notre guide nous prépare à sa visite en pimentant la balade avec d’interminables histoires sur les Incas, leurs luttes internes, leurs croyances, leurs rites et coutumes : les kilomètres passent très vite ! Nous sommes maintenant sur les hauteurs de Cusco (on devine la ville derrière un relief intermédiaire) et les Andes sont plutôt monotones. Nous sommes au cœur d’un paysage de “puna”, caractéristique de cette altitude, avec ses bosquets d’herbe jaunie et ses roches torturées. Un couple de “wayatas” (oies andines noires et blanches, très fidèles et que les locaux ne chassent pas) nous survole alors que nous passons le col du jour, à 4300m d’altitude. De l’autre côté, de petites parcelles retournées à la main attendent les éventuelles giboulées de début août pour préparer le début des semences de pommes de terre en septembre. Dominique profite d’un autre col pour nous expliquer le parcours de ces 3 jours. La randonnée n’est pas vraiment difficile sur le papier, mais nous sommes en permanence aux alentours des 4000m et, en plus du manque d’oxygène, la température change sans arrêt : très chaud en plein soleil, bien plus froid à l’ombre d’un nuage ou lorsque le vent se lève. Nous sommes également surpris par une (gentille) averse de grêle ! Nous ne cessons de nous couvrir ou de nous découvrir, et malgré cela nous toussons tous bientôt un peu… Le sentier est maintenant (un peu) plus plat, et nous croisons plusieurs troupeaux de moutons, alpagas et autres lamas qui paissent paisiblement autour de leurs bergers. La plupart des bergers ici comprend l’espagnol mais ne parle que le quechua. Nous passons le col qui nous permet de basculer dans la Vallée Sacrée et nous nous approchons du village de Patabamba, où nous passons cette première nuit, comme nous l’indiquent les animaux (vaches, ânes, chevaux…) en liberté que nous croisons et les quelques terrasses bien pentues cultivées d’avoine (elles sont moissonnées au fur et à mesure des besoins, avec une petite serpe). C’est agricole et paisible. Bientôt apparaissent les premières maisons du village, construites en briques d’adobe et surmontées… de tuiles : un beau mélange de traditions andine et espagnole (historiquement, les maisons sont ici coiffées de paille). Autour, les cultures sont délimitées par des murets surmontés de cactus pour empêcher les moutons de venir grignoter les semis ! Nous croisons beaucoup d’eucalyptus (d’Australie) qui ont été plantés pour replacer toutes les espèces natives coupées pour le chauffage et les forges des espagnols. Nous arrivons dans la maison où nous passons la nuit juste avant une nouvelle averse 🌧️ Nous sommes accueillis solennellement (bénédiction avec pétales de fleurs par les femmes incluse !), mais très gentiment par toute la famille de Rosario qui sont en train de préparer une “pachamanca” traditionnelle : cuisson à l’étouffée de viandes et de légumes (nombreuses variétés de pomme de terre, tubercules voisins du topinambour, “oca”, fèves, maïs, etc) sous la terre (en quechua, “pacha” = terre et “manca” = casserole). C’était un plat sacré pour les incas (un hommage à la “Pachamama”, la terre-mère), c’est aujourd’hui un plat de fête. Nous aidons à disposer les ingrédients entre les pierres préalablement chauffées pendant plusieurs heures, avant de recouvrir le tout de feuillage et de terre. Héloïse et moi sommes choisis comme parrain et marraine de la préparation (ça consiste surtout à ajouter une croix au dessus de la butte en début de cuisson), les femmes la bénisse avec des pétales de fleurs, avant que nous dansions tous ensemble autour. Après 30min de cuisson, il faut démonter la butte pour récupérer les ingrédients. Nous nous installons à table : c’est un festin ! Après une nuit reposante sous les couvertures bien lourdes et un excellent petit-déjeuner de pancakes de maïs, nous sortons du village et traversons la campagne environnante. Nous croisons de nombreux champs en terrasse irrigués (ail, persil, oignon, lupin…) avant de traverser une réplique de pont suspendu inca (créé à base d’herbe filée jusqu’à obtenir une corde solide). Nous suivons maintenant un chemin en balcon au dessus de la Vallée Sacrée. La balade est paisible, longeant les terrasses en suivant les lignes de niveau, tout en proposant une vue à couper le souffle sur les premiers villages de la Vallée Sacrée : Pisac au loin, puis Coya et Lamay, jusqu’à la petite ville de Calca. Au cœur de la vallée, coule le “Vilcanota” (ou “Vilcamayo”), le fleuve sacré des incas, qui prend sa source dans l’Ausangate, traverse la vallée puis le pays du sud au nord, avant de se jeter dans l’Amazone. L’endroit était considéré sacré par les incas car la terre ici a toujours été très fertile : c’est le seul endroit où pousse le maïs à gros grains (“choclo”) qui était lié au soleil pour les incas (aliment sacré, à l’époque 60% de l’alimentation est à base de maïs). Ce maïs sert également pour l’élaboration de la “chicha” (la bière de maïs fermenté), très importante dans les rites de la religion inca, l’état d’ébriété étant supposé aider à se rapprocher des dieux. Nous traversons le petit village de Sihua, où quelques maisons sont surplombées par une petite croix entourée de deux taureaux : c’est un symbole syncrétique d’opulence et de fertilité. Le chemin recommence à monter jusqu’au col du jour (4100m), les vues sur la Vallée sont encore magnifiques, depuis la cordillère enneigée d’Urubamba jusqu’à l’Ausangate. Nous quittons le sentier panoramique pour rejoindre un ancien chemin inca en pierre qui descend de l’autre côté. Après avoir déjeuné dans les ruines d’un “tambo” (sorte de caravansérail inca où les marchands pouvaient manger, se reposer et troquer des produits), nous nous enfonçons dans un étroit canyon qui débouche dans un incroyable cirque naturel dont les pentes sont couvertes de ruines de terrasses incas. C’est d’ailleurs ces terrasses, “andenes” en quechua, qui ont donné (par déformation) son nom à la cordillère des Andes. Accroché au flanc de la falaise, le chemin descend maintenant doucement jusqu’au site archéologique Huchuy Qosqo, notre objectif de la journée. Cette ancienne ferme inca royale aurait été construite pour l’Inca par un peuple de la région pour prouver leur loyauté, après s’être rebellé. Le lieu est connu pour avoir (peut-être) servi de refuge à la momie de l’Inca Pachacutec, jusqu’à ce que les espagnols finissent par toutes les détruire. Subsistent aujourd’hui de beaux murs de pierres parfaitement emboîtées, mais aussi des structures en adobe et une fontaine de purification toujours fonctionnelle ! C’est en quittant le site vers notre hébergement du soir que nous découvrons sa structure impressionnante : de nombreuses terrasses maintiennent le tout et créent les espaces plats nécessaires aux différents parties du site. Ce soir, nous mangeons et dormons chez Natividad, à proximité des ruines. Après un copieux goûter de “canchitas” et de “tekeños de platano”, puis quelques parties de cartes, nous nous régalons d’un délicieux “chicharron de trucha” (= filets de truite frits). Nous dormons comme des bébés sous nos 4 couvertures épaisses. Il est 7h lorsque nous nous mettons en route pour le dernier jour de marche, après de nouveaux pancakes délicieux. Aujourd’hui, moins de kilomètres, mais plus de dénivelé ! Le sentier monte raide, mais le soleil est caché par les nuages, ce qui rend l’ascension moins pénible. Le rythme de Dominique n’est pas très rapide, mais régulier. Après avoir dépassé de nouvelles ruines incas et un petit troupeau de lamas qui portent les affaires d’un autre groupe, nous arrivons bientôt au col, à 4430m : le souffle est court, mais nous sommes super contents ! Les nuages de la montée se sont (un peu) dissipés et le panorama à 360 degrés est superbe : c’est l’occasion d’apercevoir les endroits que nous avons traversés ces derniers jours et les sommets enneigés des cordillères environnantes ! Après une agréable pause au sommet, nous entamons la descente vers la lagune de Piuray, où nous attend notre chauffeur ! 🚐 Nous sommes fiers de toute l’équipée qui termine le trek avec des étoiles plein les yeux (et les jambes un peu douloureuses). Le parcours est vraiment intéressant par l’alliance qu’il propose entre paysages andins magnifiques et variés, et les traces des incas omniprésentes (ruines bien sûr, mais aussi toutes les terrasses et autres chemins pierreux) qui sont autant de prétextes pour en apprendre davantage sur cette civilisation fascinante.

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