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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Choquequirao (trek de 5 jours)
Santa Teresa, Peru - Polarsteps
Le réveil à 5h20 a piqué, mais il va falloir s’y habituer pour les prochains jours ! Il est un peu moins de 6h lorsque nous quittons l’hôtel en taxi : le jour est presque levé. Le taxi doit nous déposer 70km plus loin, un trajet annoncé entre 3h30 et 6h selon les sources que nous avons consultées !
Nous nous enfonçons toujours plus profondément dans la vallée du río Santa Teresa. Sur les rives de l’eau, quelques cultures vivrières. Autour, les pentes ont été défrichées, pour laisser place à des plantations de palmiers. A mesure que l’on avance, la “selva” reprend ses droits. La dense végétation est recouverte de poussière, les couleurs sont douces, voire ternes. Nous sommes suspendus au bord du canyon, le paysage qui défile est superbe. Le chauffeur fait quelques embardées pour évider les volailles suicidaires qui traversent sans prévenir. La route est en fait une piste, pleine de trous et de cailloux qui roulent, aux virages qui s’enchaînent. Une piste qui monte : depuis Santa Teresa à 1500m d’altitude, nous filons au col de Yanama à plus de 4700m. Héloïse parvient quand même à se rendormir, le chauffeur commence à chiquer de la coca, qu’il équeute avant de mâchouiller longuement. La voiture, une Toyota break aux couleurs de l’entreprise chinoise en charge de la réfection de la route principale, n’est pas de première jeunesse mais sa banquette arrière en skaï est confortable.
La radio tourne sur les dernières nouvelles locales… ça parle délinquance due à l’immigration (colombienne cette fois !) et construction d’une “planta de fracionamento” pour extraire des hydrocarbures dans le sud est du pays. Tout un programme.
Nous progressons toujours vers le col, la route est raide et les virages serrés : la vieille boîte automatique est à la peine. Après d’innombrables lacets supplémentaires, nous voilà en haut. Avant de redescendre, nous profitons d’une très belle vue sur la vallée encore embrumée et le Salkantay (l’une des plus hautes montagnes de la région, à la belle forme conique). Alors que nous arrivons bientôt au fond du fond, nous croisons plusieurs convoi de mules, le mode d’approvisionnement des villages les plus reculés. La voiture nous dépose à 9h tapantes au début du chemin, à 3550m d’altitude, avant de faire rapidement demi-tour : on ne peut plus reculer maintenant !
Les sacs sont lourds, nous avons quelque peu perdu l’habitude de randonner chargés, et nous sommes un peu fatigués : bref, nous avons du mal à nous mettre en route et à retrouver nos sensations… d’autant qu’on attaque avec une montée ! Le chemin est quand même agréable et prend rapidement de la hauteur, proposant de magnifiques vues sur le fond de la vallée. On croise l’entrée de plusieurs mines (la région est particulièrement riche en minerais), le sentier étincelle au soleil (minerais d’argent ?). La végétation est dense, agréable et bien verte. Après 2h15 de pure montée, nous voilà à l’“abra” (= col) San Juan à 4150m, prêts à attaquer l’immense descente qui nous attend jusqu’au campement. Le paysage change, le climat est plus humide : nous sommes maintenant fatigués et moites. Le camping est un peu plus loin que prévu : c’est difficile psychologiquement !
Nous sommes accueillis chaleureusement par un couple de paysans et leur basse-cour. Ici il y a des animaux partout : chiens, chat, poules, cochons, vaches, cochons d’Inde et… moustiques cohabitent gaiement. Nous trouvons un petit coin de terrasse pour planter la tente, avant de se dépêcher de nous doucher (à l’eau froide) avant le coucher du soleil. Il est urgent de se reposer : demain, le réveil sonne à 3h.
Il fait toujours nuit noire, alors que nous terminons de replier la tente et de ranger nos affaires. Nos gestes sont précis et mécaniques, malgré le manque de sommeil. Une grosse journée nous attend.
Après presque 2h de descente dans l’obscurité totale (éclairés à la frontale) avec un rencontre nez à nez avec une mouffette pour Héloïse, les premières lueurs du jour, pâles et austères, nous révèlent notre environnement : un fond de vallée sec, peuplé de plantes vertes desséchées et de plantes grasses en piteux état. Nous arrivons au río Blanco, un étroit torrent blanc d’écume très encaissé dans un lit trop grand pour lui et occupé par de la caillasse blanche-grise. Nous profitons du point d’eau pour remplir nos réserves et s’accorder une petite pause, alors que les moustiques profitent de notre inattention pour nous dévorer.
Nous attaquons la montée vers 7h, en même temps qu’un groupe de quatre péruviens de la région ayant dormi à côté du río. Ils ne sont pas bien équipés mais sympathiques et courageux. Le chemin sablonneux est un peu glissant, et quelques hautes marches en pierre cassent le rythme. Les virages s’enchaînent, les lacets étant plus ou moins longs. Le soleil commence à apparaître dans la vallée, encore à l’ombre pour le moment. Ça ne dure malheureusement pas et nous montons bientôt en plein soleil. Il fait très chaud et les jambes commencent à se durcir de fatigue. La montée est très longue, éreintante, et le dénivelé semble s’accentuer après chaque virage.
En cours de route, le chemin traverse le site de Pinchaunuyoc, un impressionnant complexes de terrasses avec une fontaine (qui fonctionne !). Un peu plus loin, un “zorrito” (= petit renard) apparaît sur le chemin et nous précède pendant quelques dizaines de mètres, comme pour nous guider. Nous traversons ensuite une zone d’habitat d’ours à lunettes mais nous n’en apercevrons pas (et c’est peut-être pas plus mal !). Malgré tout, la montée en plein soleil reste un supplice. Nous faisons peu de pauses, sachant que le soleil sera de plus en plus fort alors que le temps passe.
Les dernières dizaines de mètres de montée sont abrités par une végétation redevenue haute, mais cela ne suffit pas à nous redonner le moral. En arrivant au col Choquequirao, par contre, la vue plongeante sur la partie haute du site archéologique du même nom nous fait tout oublier ! Nous sommes bientôt rejoints par trois des quatre péruviens rencontrés plus tôt (Nemesio, Donato et Wilfriedo) : nous sommes tous super-heureux d’y être arrivé ! Après une belle pause et un peu de partage et de grignotage, nous attaquons la descente vers le site archéologique… que nous évitons pour aller camper sur des terrasses incas (oui oui on a le droit !) : la visite sera pour demain (après une bonne nuit de repos).
Pour se remettre de nos émotions de la veille, on s’autorise une petite grasse mat’ jusque 6h30 ! Alors que le soleil se lève, on se laisse bercer par les cris omniprésents des oiseaux, ainsi le bruit des autres randonneurs, plus ou moins discrets, qui s’éveillent avant nous. Un petit café filtre avalé, on laisse la tente et les affaires au campement et on part découvrir le site.
Choquequirao (= le « berceau de l’or » en quechua) est un site grandiose. Accessible uniquement à pieds, il est encore préservé des hordes de touristes et nous ne croiserons qu’une dizaine de personnes pendant nos presque 5h (!) de visite ! Perchées à 3100m d’altitude, les ruines s’étagent sur le flanc abrupt de la montagne, en surplomb du río Apurimac (1650m plus bas). Comme Machu Picchu, le lieu géographique est extrêmement privilégié : il est entouré de très hauts sommets avec glaciers en haut et vertes forêts dévalant leurs pentes.
Le site n’aurait jamais été découvert par les espagnols. Il aurait servi de refuge à la résistance inca, avant d’être abandonné (en détruisant les chemins d’accès) dans des conditions inconnues. Sa redécouverte date du 1834 par un explorateur français qui écrit un court article sur le lieu. Hiram Bingham y effectue des fouilles en 1909… deux ans avant de découvrir Machu Picchu ! L’intérêt pour le site décolle vraiment en 1986, à la fin de la guerre civile péruvienne. Enfoui sous une épaisse végétation, il est progressivement défriché sous l’égide de l’UNESCO. Aujourd’hui, seules 40-60% des ruines seraient dégagées.
Le site est cependant déjà très étendu, composé de plusieurs quartiers, assez éloignés les uns des autres (notamment en terme de dénivelé !). Autour d’une vaste place centrale, après une porte imposante, s’étalent ruines de temples, d’ateliers et d’habitations. Immédiatement en contre-bas, trois immenses terrasses surplombent la vallée. En haut, un autre quartier, apparemment plus récent. En face de ce dernier, de l’autre côté de la place, une impressionnante plate-forme cérémonielle (“usnu”) a été créé en arasant le sommet d’une colline existante et propose un superbe panorama sur le site et son environnement. Plus bas, plusieurs autres quartiers religieux, administratifs ou agricoles, ainsi que les fameux “llamas del sol” : un complexe de terrasses décorées de lamas blancs auquel on accède grâce à un très raide escalier d’époque ! La balade est fatigante (bien que nous n’ayons pas les sacs !), mais tellement impressionnante… on se prend par moment pour Indiana Jones !
En milieu d’après-midi, nous rejoignons le hameau de Marampata, principal bourg habité du sentier, grâce à un chemin à flanc de montagne qui ne cesse de monter (au soleil) et de descendre (à l’ombre). Nous y montons la tente avec vue sur le site archéologique (ok, c’est un peu petit), derrière lequel se couche le soleil dans un camaïeu d’oranges pastels alors que la brume s’est levée. Ce soir, nous faisons une infidélité à notre réchaud et nous profitons d’une vraie “cena” préparée par notre hôte (on avait envie d’un peu de confort) : soupe + riz, haricots et œufs ! 😋
Le réveil sonne à 4h et nous avons un peu de mal à émerger : on s’est couchés plus tard hier ! Nous attaquons à nouveau la descente dans le noir. Une bonne demi-heure plus tard, les premières lueurs commencent à apparaître alors que nous traversons toujours une épaisse forêt verte. A mesure que nous descendons, le paysage devient plus aride : nous évoluons maintenant entre cactus et plantes grasses. De nombreux lacets nous permettent finalement d’atteindre le pont suspendu du río Apurimac.
Jusque là, le ciel est un peu nuageux et le soleil voilé, ce qui s’annonce plutôt cool pour la montée que nous attaquons à 8h. Alors que nous entamons les premiers passages raides, le ciel se découvre et nous voilà à nouveau en plein soleil 🤦♂️ le peu de végétation existante est très basse et il n’y a aucune ombre. Nous enchaînons les virages dans un paysage qui nous fait un peu penser à un western mais avec du relief ! Heureusement la montée est moins longue qu’avant-hier et nous arrivons à notre camping “Cocamasana” avant 11h. Nous y commandons deux cocas bien frais et nous laissons tenter par un “almuerzo” de “sopa de maiz” et de pâtes avec un morceau de porc. Nous aurions eu le temps de continuer le chemin pour sortir du canyon mais préférons profiter d’un après-midi au calme, à contempler le río Apurimac, à rattraper un peu de sommeil… et de retard dans le Polarstep ! Alors que nous sommes tranquillement installés sur notre terrasse, le chien de la maison décide… de marquer son territoire sur notre tente à moitié montée ! Heureusement, il n’a pas atteint les duvets.
Alors que le soleil se couche, un couple de français arrivant dans le canyon vient poser sa tente à proximité. Mathilde vit à Clermont, Thomas à Annecy, ils adorent la montagne et commencent leur long voyage en Amérique du Sud. Nous passons un chouette moment ensemble !
Un dernier réveil matinal pour attaquer (en même temps que le lever du soleil) l’ultime montée du parcours, dans une végétation semblable à celle d’hier. Le temps est nuageux (pas plus mal pour monter) et le río Apurimac, au fond de son canyon disparaît rapidement de notre vue. Alors que le nombre de virages restants se compte sur les doigts d’une main, nous entrons dans le nuage : nous ne profiterons pas d’une dernière vue sur le canyon, alors que nous arrivons à l’abra Capulyioc vers 7h30.
Un petit café y est installé, et le propriétaire nous assure que des transports “servicios turisticos” doivent arriver dans les 2 prochaines heures. Nous commandons café et “pan con queso” pour fêter la fin de l’aventure et se remettre de nos émotions. Deux autres groupes sortent du canyon, ils ont réservé leur transport retour, eux… et repartent donc rapidement à bord de véhicules pleins à craquer. Nous faisons la connaissance de deux péruviens (dont un expatrié en Californie), musiciens folkloriques, qui commencent le trek aujourd’hui. Nous leur partageons quelques conseils. Avant de s’élancer, l’un d’eux nous joue un petit air de “quena”, flûte andine à l’embouchure surprenante. Il est maintenant 10h30 et il semblerait que personne ne commence le trek aujourd’hui… nous remettons nos sacs à dos et entamons la longue descente sur la piste en plein soleil et pleine chaleur vers la communauté de Cachora.
Après 7km de marche, un “colectivo” arrive dans le bon sens et nous le hélons. En route, nous lui avouons ne pas trop savoir comment rejoindre Cusco et il nous propose de nous déposer au carrefour de la route principale, quelques kilomètres plus haut. De là, il nous assure que des bus fréquents doivent passer. Héloïse est aux toilettes alors qu’un premier passe. Lorsqu’elle revient, la dame tenant le restaurant derrière nous nous apprend que c’était probablement le dernier de la journée 😱 juste le temps de paniquer un peu, qu’un SuperCIVA (gros bus longue distance) passe le virage : je fais de grands signes, et, miracle, il s’arrête ! Nous attaquons donc les 3h de route jusqu’à Cusco avec des sièges confortables : ça y est, le trek est fini 😴
Même prolongé à 5 jours pour le plaisir, ce trek est probablement l’un des plus exigeants que nous ayons fait en autonomie jusqu’à présent. Ses dénivelés invraisemblables, ses expositions au soleil et ses fortes chaleurs, sans parler de ses moustiques (QUASI-OMNIPRÉSENTS ET INSENSIBLES AU “REPELENTE SÚPER EXTREMO MÁXIMA DURACIÓN” 😡) nous auront poussés physiquement à bout. Tout cela aura cependant été largement compensé par les paysages incroyables et variés, l’aventure que représente cette traversée de paysages vierges et authentiques, les sympathiques campements avec vue (et leurs attentionnés propriétaires), la douche froide tous les jours (très agréable par cette chaleur !), et finalement la découverte du site archéologique ! On notera également que, sur les conseils de Dominique, c’est notre premier trek avec talc et clairement nos chaussures sentent meilleur 😁
Distance totale parcourue : 70 km. Dénivelé positif : 4750 m. Dénivelé négatif : 5540 m.
Country Guides:
Peru