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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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El Camino de la Muerte
Municipio Coroico, Bolivia - Polarsteps
J’ai juste le temps d’attraper deux bananes et deux parts de cake sur le buffet du petit-déjeuner de l’hôtel avant que Willy, notre guide du jour, passe nous prendre. Un nouveau van blanc nous emporte vers de nouvelles aventures, avec Andrea, un sympathique italien en stage à Santiago et aspirant diplomate, notre compagnon du jour.
Le trajet est censé durer 1h mais nous ne la voyons pas passer : il s’agit d’essayer l’équipement (sur-tshirt, veste, pantalon, casque, gants) et de vérifier que tout est à la bonne taille… aujourd’hui, nous allons nous essayer au VTT de descente sur une route au nom bien peu engageant : “el camino de la muerte” (= la route de la mort).
De son vrai nom “el antiguo camino a los Yungas”, ce tronçon, construit par des prisonniers de guerre paraguayens au début du 20ème siècle, n’est maintenant plus utilisé que pour la desserte locale (on n’aura pas croisé grand monde) et par les cyclistes à la recherche de sensations. Son nom provient de 2 origines : d’un côté, c’est au bord de cette route qu’ont été exécutés des opposants au régime, d’un autre côté, le tracé très sinueux et étroit de la route (souvent brumeuse et connaissant de fortes précipitations) qui était la seule route d’accès au nord de la Bolivie et donc empruntée par de nombreux camions dans les deux sens a entraîné de nombreux accidents mortels. Depuis 2006, le trafic routier emprunte une route nouvellement construite, plus large, plus moderne et plus sûre. Par manque de temps, ce sera notre seule incursion dans la Cordillera Real.
Nous voilà maintenant à la “cumbre” (= le sommet), notre point de départ à 4700m d’altitude. Un nouveau petit-déjeuner d’“empanadas de queso” et de tarte aux pommes maison avalé, nous revêtons la fin de notre équipement : les protections pour les tibias et les avant-bras.
La première partie du parcours est en fait sur la « nouvelle route », ce qui signifie qu’elle est asphaltée et en relatif bon état. Elle est techniquement utilisée par la circulation normale, mais nous ne croiserons pas grand monde (et aucun camion) ce matin. Nous avons « juste » à éviter les “bolas”, ces déformations en relief du macadam. Un vent de face nous empêche de prendre trop de vitesse et nous pouvons déjà profiter d’un paysage grandiose : à notre droite, un profond ravin au fond duquel serpente une rivière. Dès ces premiers kilomètres, la perte d’altitude est visible à la végétation : d’abord basse, sèche et presque inexistante, elle devient verte, haute et luxuriante.
Après 23km de descente et 1500m de dénivelé négatif, notre van nous récupère : il va nous épargner une portion de montée. Une petite dizaine de minutes plus loin, nous bifurquons sur l’« ancienne route », celle qui est maintenant fermée à la circulation. Nous remontons à vélo : c’est maintenant plus technique (mais aussi plus fun !) car la piste est pleine de pierres et de nids-de-poule. Willy ouvre la route, s’arrêtant régulièrement pour nous donner des conseils de sécurité sur l’itinéraire. Chacun va à sa vitesse et nous nous intercalons facilement entre les autres groupes de VTTistes. Notre petite équipe est suivi par Ugo, notre chauffeur, qui assure le rôle de voiture-balai.
Le long de la route, quelques panneaux nous incitent à garder notre gauche : dans ce pays où l’on roule normalement à droite, c’est un reliquat de l’époque où les camions s’y croisaient… par mesure de sécurité, il avait été décidé qu’il était plus facile au camion descendant de manœuvrer et que c’était donc plus pratique qu’il puisse voir le ravin juste à sa gauche ! Aujourd’hui, on peut choisir son côté puisqu’il n’y a plus grand monde qui monte cette route.
A mesure que nous perdons de l’altitude, il fait de plus en plus chaud… et après 41km de piste, nous voilà rendu à la fin de la route, à une altitude de 1200m. Nous sommes au cœur des Yungas, la 2ème région productrice de coca du pays. Nous avons trouvé la descente vraiment plaisante ! C’était bien difficile de savoir où regarder, entre les cailloux du chemin et le paysage magnifique qui évolue en permanence, de la montagne aride à la “selva” : heureusement que nous nous arrêtions régulièrement ! Sur le trajet, nous ne nous sommes fait aucune frayeur, probablement aussi grâce aux règles de sécurité claires de notre guide.
Après l’effort, le réconfort ! La suite du programme inclut le déjeuner dans un hôtel… avec piscine ! Nous reposons nos muscles fatigués dans une eau à la température rafraîchissante, au milieu d’une splendide végétation bien verte. Notre guide, un peu éméché car c’est aujourd’hui son anniversaire, nous fait un petit briefing sur les différents accidents survenus récemment sur la route, heureusement qu’il ne l’a pas fait avant !
Il est déjà temps de remonter dans le van et d’entamer la route retour, la « nouvelle » cette fois-ci. Même si elle n’est pas toujours au top (nombreuses parties en travaux ou non goudronnées), on mesure l’amélioration, surtout en prenant en compte le nombre de camions et de bus que nous croisons. Le soleil commence à descendre et l’éclairage est magnifique. Sur la gauche, on aperçoit le chemin que nous avons pris à vélo, à flanc de montagne, surmonté par des sommets enneigés et couverts de nuages. L’ambiance dans la voiture atteint son apogée lorsque le guide lance un karaoké sur les chansons françaises qu’il connaît : Notre Dame de Paris, Lousie Attaque, Lomepal… Nous passons le col d’où nous sommes partis ce matin sous un épais brouillard : il est méconnaissable. Alors que nous entamons la descente vers La Paz, les nuages s’écartent un peu et s’intercalent entre les sommets : c’est irréel et magique. Le soleil est couché lorsque nous rejoignons la ville, dont l’éclairage scintille vu d’en haut. L’étendue de la ville se mesure également au temps passé dans l’aire urbaine avant d’arriver au centre…
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Bolivia