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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Pampas del Yacuma
Santa Rosa, Bolivia - Polarsteps
De retour à l’agence à Rurre, nous faisons nos adieux à Severo qui prend en charge un autre groupe en direction de la “selva” et ne peut donc pas nous accompagner dans la “pampa”. Nous rencontrons Rosuaro, notre nouveau guide, un monsieur bedonnant à l’humour discutable avec qui nous avons plus de mal à accrocher.
À la sortie de la ville, nous bifurquons sur une large piste en cours d’asphaltage. Les nombreux camions et engins travaillant sur le chantier dégagent d’impressionnantes nuées de poussière qui nous empêchent parfois de voir à plus d’un mètre. Heureusement le van est climatisé et nous pouvons rouler fenêtres fermées 😮💨 À cause des “obras” (= travaux), les parties praticables de la route sont plutôt étroites et les véhicules s’évitent au dernier moment. Alors que nous traversons l’agglomération de Reyes, le chauffeur s’arrête brusquement : il a repéré un paresseux au bord de la route, endormi à la naissance des branches d’un arbre 🥰
Nous continuons à rouler à travers une végétation plus basse, moins dense aussi. Au bord de la route, de nombreux petits lacs (grosses flaques serait probablement plus exact) ou étroits ruisseaux d’eau brune accueillent quelques oiseaux, comme la “cabeza seco” et la “garza morena”, et quelques capibaras. Nous apercevons aussi un caïman. Au delà, la forêt a laissé place à de grandes étendues dégagés; converties en paturages pour l’élevage, on y observe quelques vaches (zébus ?) et chevaux au milieu d’arbres éparses aux fleurs jaunes ou violettes. Ici aussi il fait globalement très sec; au bord de la route, quelques branchages brûlent. Nous déjeunons dans une sorte de routier, alors que nous sommes bientôt arrivés au petit port d’où nous embarquerons sur la pirogue. L’atmosphère est extrêmement étouffante, il n’y a pas du tout de vent et encore moins d’ombre : nous nous liquéfions.
Nous embarquons dans notre pirogue, conduits par Rosauro. Nous allons suivre les méandres du río Yacuma pendant quelques heures pour rejoindre notre lodge. Nous sommes en saison très sèche et la rivière est vraiment peu large et très basse… notre embarcation touchera le fond à plusieurs occasions. Il n’y a pas beaucoup d’eau ici, mais c’est quand même mieux que dans le reste des pampas environnantes qui sont ravagées par sécheresses et incendies depuis des mois : du coup, énormément d’animaux accourent au bord de la rivière pour trouver de l’eau et un peu de fraîcheur, c’est pourquoi ils sont nettement plus faciles à observer ici que dans la “selva”.
Et c’est vraiment flagrant : dès les premiers mètres sur l’eau, on en voit déjà partout ! Nous sommes accueillis par quelques “monos amarillos” (ou “chichilos”), petits singes frugivores qui habitent toute la région et vivent en groupes de 10 à 200 individus. Un peu plus loin, d’étranges grands oiseaux à crête jaune sont posés sur les arbres… ce sont les “cereres”, des oiseaux préhistoriques qui ne volent que très peu. Nous remarquons bientôt que la rivière est habitée par d’innombrables alligators et caïmans (pas de crocodiles, eux vivent dans les eaux salées) de toutes tailles; certains se réchauffant (bouche ouverte) au soleil, d’autres nageant autour de l’embarcation. Tous les deux animaux au sang froid (littéralement) et territoriaux, les premiers chassent pendant la nuit, pendant que les poissons dorment et les mangent en dehors de l’eau; les seconds peuvent faire jusqu’à 7m et n’ont pas de langue, ils respirent par le nez à l’extérieur, mais disposent d’une respiration branchiale quand ils sont sous l’eau : ils peuvent donc dormir sous l’eau ! Tout ce petit monde cohabite avec de nombreuses tortues, qui se réchauffent alignées sur des pierres ou des branches dépassant de l’eau, et des capibaras, les plus gros rongeurs du monde qui vivent sur les rives boueuses (ceux-là se font parfois croquer par un caïman ou un jaguar !). Nous apercevons également deux coatis (ou “tejon”, bien trop furtifs pour les photos), peu présents dans la “selva”, mais bien présents ici car c’est l’époque de ponte des tortues… dont ils raffolent des œufs.
Sur notre passage, de nombreux oiseaux s’envolent comme deux espèces de cormorans (“pato cuervo” et “aninga”) qui pêchent leur nourriture et font sécher leurs plumes au soleil (car elles ne sont pas imperméables…), des hérons, des aigrettes, des “aguilas negras” (= aigles noirs), l’immense “jariva” (cousin du pélican)…
À notre arrivée au lodge, notre guide nous emmène boire un verre, car nous sommes parfaitement dans les temps pour observer le joli coucher de soleil sur la rivière, avant de s’atabler devant une “cena” gargantuesque et délicieuse. Il fait nuit noire lorsque nous retournons sur la pirogue avec Rosuaro pour aller observer… les yeux des caïmans et alligators briller dans le noir ! C’est très impressionnant et un peu effrayant… surtout quand notre guide, toujours amateur des blagues de bon goût, fait peur à un alligator en s’approchant un peu près, pour que celui-ci fonce sur le bateau !
De retour sains et saufs dans la chambre, nous nous endormons alors qu’elle-même bruisse d’animaux volants entre les moustiquaires ou sur les murs. La nuit sera passablement désagréable pour moi, puisque je subis une nouvelle intoxication alimentaire carabinée… deux en un mois, il ne faudrait pas que ça devienne une habitude 😡
Nous nous levons avant l’aurore pour aller observer le lever du soleil sur la “pampa”, en l’occurrence une grande prairie d’herbe délimitée au loin par les ombres brumeuses d’arbres. Au dessus de nous, quelques petits oiseaux ou chauve-souris volettent. On aperçoit quelques troupeaux et “haciendas”, entre arbres et buissons. En tendant l’oreille, on peut entendre des singes hurleurs. Nous assistons à l’apparition diffuse puis de plus en plus nette d’une grosse boule rouge qui monte à vue d’œil, c’est vraiment très beau.
Contrairement à notre impression initiale, la pampa ne serait pas un territoire gagné sur l’Amazonie mais un écosystème naturel à part entière.
De retour au lodge, nous observons deux singes hurleurs perchés en hauteur dans un arbre qui semblent répondre à un coq qui s’époumone depuis la terre ferme. Après un copieux petit-déjeuner, nous nous essayons à la pêche aux piranhas ! Il en existe 5 espèces, les plus dangereux étant les rouges (“rojos”) car ils peuvent sentir le sang humain à plus de 200m. Les piranhas chassent en bande et il ne leur faut pas plus d’une heure pour retirer intégralement la chair d’un corps humain. Malheureusement, les plus gros spécimens (1kg) ont déserté le fleuve à cause du bruit et de l’essence des bateaux touristiques. La technique de pêche est des plus simple : un petit morceau de viande rouge est attaché à un hameçon, retenu par un fil de pêche. Le problème, c’est qu’une fois que l’hameçon est à l’eau, les malins petits poissons arrivent à grignoter l’appât sans s’accrocher ! Le “río” est peu poissonneux mais Mathilde et Thomas parviennent à attraper quelques poisson-chats, ainsi que de petits piranha jaunes et rouges 👏
Nous avons juste le temps de rentrer pour les déguster avant de reprendre la pirogue pour retourner vers Rurre. Toujours autant d’animaux sur le retour et nous faisons une petite pause dans un méandre où habitent quelques dauphins roses ! Pas d’impressionnant saut périlleux, mais c’est amusant de les deviner alors qu’ils ondulent à proximité de la surface. Une zone peuplée par des dauphins roses signifie qu’elle est exempte de reptiles et de piranhas, j’en profite donc pour faire une rapide baignade rafraîchissante !
La “pampa” est pour nous une expérience en demi-teinte. Nous sommes heureux d’avoir pu observer autant d’animaux dans leur environnement naturel, mais le manque d’eau criant de toute la région est inquiétant quand à la survie de ces mêmes animaux et de l’écosystème. De plus, c’est bien plus loin de Rurre que la “selva” et les transports sont assez longs, alors même si c’est sympa d’observer depuis le bateau ou la voiture… je crois qu’on préfère marcher !
De retour à Rurre, nous prenons une douche et remodelons les sacs à l’agence avant de rejoindre le bus en mototaxi. Son aspect extérieur très coloré n’incite pas à la confiance et son intérieur étouffant et brûlant n’est pas des plus confortables… mais bon, quand faut y aller, faut y aller !
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