1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. Tiwanaku

Tiahuanacu, Bolivia - Polarsteps

Nous rejoignons le Terminal Cementerio en téléphérique (oui, on est fans !). C’est d’ici que sont censés partir les minibus pour Tiwanaku, mais en ce dimanche matin, c’est très calme. On a un peu de mal à trouver notre bonheur et on commence à douter un peu. Après une bonne demi-heure d’attente, nous commençons à discuter avec les locaux qui semblent également attendre : tout le monde s’accorde pour dire qu’il devrait venir et effectivement, un combi blanc débarque quelques secondes plus tard. Une nouvelle demi-heure sera nécessaire pour le remplir, mais nous voilà maintenant en route. Le bus nous dépose au bord de la route principale, à 2km du village et du site archéologique. Bien que ce ne soit pas une marche très intéressante, nous sommes contents de nous dégourdir un peu les jambes. La civilisation Tiwanaku est considérée comme l’une des premières à s’être développée sur l’altiplano andin, bien avant l’arrivée des incas. Nous sommes ici sur les ruines (classées par l’UNESCO) de sa capitale; l’empire, dont l’âge d’or est estimé entre le 8ème et le 12ème siècle, s’étendait de la côte pacifique de l’actuel Pérou à l’actuelle frontière boliviano-brésilienne. La ville était située sur le bord du lac Titicaca, qui a depuis reculé. On attribue à ses habitants de connaissances pointues en mathématiques, astronomie ou encore en ingénierie hydraulique et en agronomie. Hergé s’est d’ailleurs inspirée de cette civilisation (plutôt que des incas) pour écrire « Tintin et le temple du Soleil ». Tiwanaku n’est d’ailleurs pas le nom original de la ville (c’est celui que les Incas leur ont donné) : le lieu était connu initialement comme “Tai pijala”, ce qui signifie « la pierre au milieu » (le site étant situé entre 3 des principaux sommets de la région : l’Illimani, le Sajama et le Ancohuma. Le site archéologique en lui même est assez immense et est agrémenté de deux petits musées (céramiques, sculptures, crânes déformés), et nous visitons le tout avec un guide super-intéressant ayant dirigé les excavations lorsque les fouilles étaient encore actives (elles sont actuellement suspendues suite au renvoi des scientifiques américains par l’ex-président Evo Morales… et au manque de fonds publics). On estime d’ailleurs qu’une grande partie du site est encore enfouie et que la civilisation n’a pas encore livré tous ses secrets ! Notre guide (dont j’ai malheureusement oublié le nom) commence la visite avec une bruyante démonstration de l’acoustique de la taille de certaines pierres pour nous souhaiter la bienvenue. Nous montons ensuite sur l’“Akapana”, ancienne pyramide et observatoire astronomique (il y avait un immense bassin d’eau à son sommet), très abîmée par l’érosion et les pillages (ses pierres ont servies à la construction de l’église du village…). Lorsque nous redescendons et la contournons, notre guide nous montre un magnifique petite tête en pierre finement sculptée : c’est lui qui l’a trouvée lors d’une fouille, son état de conservation est incroyable. Nous continuons la visite avec le temple semi-souterrain, enfoui à 2m de profondeur et dont les murs de pierre sont ornés de 172 têtes anthropomorphes (toutes différentes) faites de roche volcanique. On y a découvert l’immense monolithe de Bennett (8m en incluant la partie arrimée dans le sol), aujourd’hui exposé dans un des musées. Nous montons sur le “Kalasasaya”, immense carré aux murs de pierres parfaitement imbriquées. Les pierres plus petites sont maintenues par des plus grandes, les “machones”. On trouve sur certaines pièces des encoches où des rivets de cuivre (“grapas de cobre”) étaient accrochés pour coller les pierres sans ciment. En haut, on rencontre deux monolithes : le Ponce, extrêmement bien conservé et affichant des attributs de haut-rang, et le Fraile, plus endommagé. Dans un coin, se dresse la fameuse “Puerta del Sol”, qui était initialement située à l’exact centre de la structure. Elle est finement gravée de nombreux motifs figurants des condors anthropomorphes et des dieux, et est considérée comme l’un des joyaux de l’art pré-colombien. Nous trouvons le site très impressionnant et, dans l’ensemble, bien conservé/ restauré. Il est clair que les savoirs des Tiwanaku ont été amplement réutilisés par les Incas quelques siècles plus tard ! Notre guide nous ayant conseillé de plutôt manger dans le centre du village, nous en prenons la direction. C’était jour de marché mais le temps menaçant a eu raison de la plupart des stands; la place reste néanmoins animée. L’église, construite avec des pierres récupérées du site archéologique et exposant deux imposants monolithes devant son portail, est impressionnante mais fermée. C’est assez flagrant que la vie dans ce petit village isolé de l’altiplano est dure, les touristes visitant le site archéologique ne vont la plupart du temps pas jusqu’au village et la pauvreté transparaît des vêtements de la plupart des gens que nous croisons. Nous déjeunons un “pollo al horno” et un “asado a la olla” dans un petit restaurant familial roboratif avant de monter dans un colectivo qui attendait justement deux personnes pour rentrer à La Paz ! Forts de notre expérience, nous descendons du combi au premier croisement avec une ligne de téléphérique : ça nous évitera les “trancaderas” (= embouteillages) continuelles de la ville. Arrivés dans le centre, nous sommes en avance pour notre bus de nuit ! Nous en profitons donc pour aller goûter un bon café bolivien et nous poser dans une adresse recommandée par Mathilde et Thomas. Nous goûtons un pacamara (hybridation d’arabicas) natural « maracuya » originaire de Caranavi (capitale du café bolivienne, dans les Yungas au nord de La Paz). Cultivé à 1700m au dessus du niveau de la mer, il est considéré comme “café de altura”. Pour équilibrer force et arômes, le serveur nous conseille une infusion V60, réalisée avec de l’eau à 86 degrés (l’eau bout à 89 degrés à La Paz !), puis de le déguster en plusieurs fois, en laissant refroidir. Le résultat est parfumé, doux et acide, et les arômes évoluent à mesure que le café refroidit. Le cheesecake de maïs que nous avons commandé pour l’accompagner est également incroyable ! Enfin, il est temps de rejoindre “la terminal” pour prendre un nouveau bus de nuit. Nous rencontrons Vlad, un “paceño” qui part passer quelques temps chez son père, alors que nous patientons pour embarquer. Il est bavard, curieux et très content de pratiquer son anglais.

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