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François Ehrhardt
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9 meses en Sudamérica
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Potosí
Potosí, Bolivia - Polarsteps
Au terme d’un trajet de bus d’un peu plus de 3h de routes sinueuses (+1800m d’altitude quand même) pleines de ralentisseurs et exclusivement consacré à rattraper le retard sur Polarstep pour ma part et théâtre d’un combat silencieux mais titanesque pour retenir une envie pressante pour Héloïse, nous dominons maintenant la ville de Potosí et ses faubourgs aux maisons ocres. Nous arrivons au terminal, à l’architecture originale, sorte de croisement entre un bunker soviétique et une piscine tournesol, mais qui possède bien des toilettes ✌️
Étape initialement prévue, puis annulée, c’est l’importance économique historique que nous lui avons découverte récemment qui nous a motivé à faire ce petit crochet. Plus haute ville du monde de plus de 100000 habitants (4090m d’altitude), Potosí doit uniquement son existence aux minéraux du cerro Rico, au pied duquel elle est construite. Témoin de sa richesse passée et aujourd’hui classé par l’UNESCO, son centre historique recèle de grandes maisons colorées aux façades coloniales impressionnantes et d’innombrables églises aux portails de style baroque métisse (dont une où l’on aperçoit une sirène jouant du charango !). Si l’argent (le métal), qui a fait sa fortune (et surtout celle de l’Espagne !), est aujourd’hui plus rare, les mines extraient maintenant de l’étain, du fer et du zinc et sont toujours la principale activité économique de la ville. L’art de rue de la ville (statues et autres fresques de street art) se chargent en permanence de le rappeler.
Après avoir franchi son beau portail et monté quelques étages, la Torre de la Compañía de Jesús, élevée par les jésuites au début du 18ème siècle, offre un superbe point de vue sur la ville et le fameux cerro Rico en arrière-plan. Il semble si proche, mais est pourtant à 1h de route. D’en haut, on peut également voir ce qui se cache derrière les façades coloniales et la réponse est presque toujours la même : de magnifiques patios. Ces demeures sont aujourd’hui restaurées et transformées en “unidades éducatives” (= écoles) sur l’initiative du gouvernement.
Mais le bâtiment le plus emblématique de Potosí, c’est probablement son immense “Casa de la Moneda” (l’un des plus grands bâtiments civils du continent). Achevée en 1773 (en remplacement de l’hôtel initial inauguré au 16ème siècle mais finalement trop petit), on y frappa de la monnaie jusqu’en 1951. Sa première cour est surmontée d’un visage sarcastique, symbolisant l’indien Huallpa qui aurait découvert la richesse en argent de la montagne, devenu au fil du temps le symbole de la ville. Le bâtiment, très bien restauré, conserve certains parquets et agencements d’origine. Les premières pièces frappées ici contenaient 90% d’argent (et 10% de cuivre pour qu’elles soient plus rigides) et n’étaient pas rondes (car plus que la forme, c’était le poids qui comptait !), mais tout le monde les rognait pour récupérer un peu de métal : c’est pour cela qu’il a donc été décidé qu’elles soient parfaitement rondes et rainurées sur les bord ! La monnaie frappée à Potosí à l’époque coloniale était utilisée en Amérique du Sud et en Espagne, avec le même cours. L’argent purifié qui venait des mines était fondu en lingots sur place dans d’immenses fonderies, avant d’être aplati par de gigantesques laminoirs (importés d’Espagne en pièces détachées et en bateau jusque Buenos Aires, puis transportés par des mules jusque Potosí… 14 mois de voyage au total !), puis découpé et frappé. Le musée retrace bien les différentes techniques utilisées ainsi que les énergies mouvant les machines (d’abord à la force des mules, puis à la vapeur et enfin à l’électricité). Tous ces processus pénibles étaient réalisés par des indigènes (la plupart du temps sous forme de travail forcé) et des esclaves apportés d’Afrique, dans des conditions de travail extrêmement difficiles : les accidents étaient nombreux et l’espérance de vie peu élevée. Aujourd’hui, la Bolivie externalise la création de sa monnaie sous la forme de marchés publics : les pièces boliviennes sont frappées au Canada et les billets imprimés… dans la banlieue de Rennes !
Potosí propose également une délicieuse cuisine “criolla” dont le plat le plus connu est la soupe de maïs et d’“aji” rouge dans laquelle est immergée une pierre ébouillantée appelée “k’arapulca”. Nous en trouvons une version absolument délicieuse dans un restaurant de la place principale. De plus, la ville abrite la brasserie la plus haute du monde : la Potosina (qui n’a rien d’autre d’exceptionnel, soyons honnêtes).
À l’auberge de jeunesse, nous tombons par hasard sur Maxime, un jeune belge super sympa que nous avions rencontré à El Calafate en Argentine… mi-mars ! Il nous raconte ses 10000km en stop à travers le continent et son nouvel objectif : rejoindre un port vénézuélien pour prendre un bateau pour l’Europe ! C’était vraiment chouette de le revoir 😀
Suite à une erreur lors de notre repérage des horaires de bus, nous arrivons au terminal à 9h alors que le prochain bus pour Tupiza part à… 12h30 😞 la gare routière étant excentrée, nous décidons d’attendre ici, au milieu des cris des rabatteurs des différentes compagnies : “a La Paz, a La Paz, a la Paaaaaaz”, “Oruro, Oruroooooo”, “Cocha-Cochabambaaaa”. Nous avons également le temps de passer aux toilettes avant d’embarquer (!), précaution qui s’avérera inutile : le bus du jour est muni de toilettes 😎
Nous quittons la ville par le sud, avec un dernier regard sur le cerro Rico, ce mastodonte ocre autrefois connu comme « la plus belle montagne » en quechua et aujourd’hui écorché de carrières grisâtres. Notre visite express s’achève : ça faisait un moment qu’on n’était pas restés aussi peu de temps à un endroit, et c’est un peu fatiguant ! (d’autant qu’on a eu du mal à dormir… l’altitude ?) Malgré cela, nous sommes bien contents d’avoir fait cet arrêt sans conteste très intéressant… comme dirait Cervantes : “vale un Potosí” !
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