1. François Ehrhardt
  2. 9 meses en Sudamérica
  3. Valles Calchaquíes (4j au sud de Salta)

Cafayate, Argentina - Polarsteps

Il est 9h30 quand nous récupérons notre bolide des 9 prochains jours (4j au sud, 5j au nord de Salta) : un Renault Duster (oui, oui, ici Dacia n’existe pas !) en bon état (si on ne s’attarde pas trop sur l’arrière). Nous avons préféré assurer le coup en prévision des mauvaises routes de montagne et avons loué une voiture un peu plus haute pour quelques pesos de plus par jour, essayant de ne pas mettre en pratique le proverbe local “lo barato sale caro”. Nous payons en liquide avec des liasses de billets (on rappelle que la plus grosse coupure ici est 1000 pesos, soit moins d’1€ au taux blue du jour), le loueur, habitué, les recompte à la machine !   Nous prenons la route directement. Nous sortons de la ville après avoir fait le plein, et nous voilà maintenant entre les champs. Au-dessus de nous, les nuages se rassemblent et le ciel est bien gris. Nous achetons un peu de ravitaillement (ça change tout de ne pas porter son sac !) et attaquons la “ruta provincial” 33. Elle est pour le moment en bon état et serpente au milieu d’une végétation luxuriante. Nous apercevons sur les côtés les premières roches rouges, lumineuses malgré le ciel chargé. Le canyon dans lequel nous roulons est dominé par de véritables forteresses rocheuses et nous traversons quelques hameaux endormis.   Alors que nous entamons la montée au col par la “Cuesta del Obispo”, la route macadamisée est remplacée par une piste caillouteuse aux étroits lacets. Après avoir passé les premiers, nous atteignons le nuage et sommes plongés dans un épais brouillard. Des quelques miradors au bord de la route nous ne voyons que des sommets jouant à cache-cache avec les nuages. Pour nous dégourdir les jambes, nous décidons de marcher un peu (et de pique-niquer notre sandwich de pain industriel et de fromage sans goût) dans la Valle del Encantado, au milieu de paysages austères et vallonnés. De retour dans la voiture, nous atteignons enfin le col de la “Piedra del Molino” (3348m) et sa petite chapelle. D’en haut et à travers les nuages, on devine les reliefs et on aperçoit parfois la route.   La route s’élargit et s’aplanit. Bientôt, un joli mirador surplombe un plateau d’altitude, encerclé de sommets et peuplé de “cardones” (= cactus candélabres). Au milieu de la longue route rectiligne qui le traverse, nous bifurquons sur le “camino de los Colorados”, un chemin de terre et de pierres qui serpente entre des formations rocheuses aux couleurs incroyables : blancs, ocres, beige, verts… il débouche sur la fameuse “ruta” 40 (qui traverse le pays du nord au sud sur 5000km) qui n’est ici qu’une mauvaise piste qui longe le “río” Calchaquí. Nous l’empruntons d’abord vers le nord, elle est déserte, tout autant que les hameaux que nous traversons. Enfin pas tout à fait puisque nous apercevons bientôt une auto-stoppeuse au bord de la route. Une fois repartis, nous essayons d’engager la conversation, mais elle n’est pas très loquace. Nous la déposons à l’entrée de l’accueillant village accueillant de Cachi, pour nous une étape tranquille où nous sirotons un café sur la place principale et déambulons dans ses petites rues (le toit de l’église en bois de “cardon” est superbe) avant de monter sur une colline à proximité. Nous reprenons la “ruta” 40 dans l’autre sens jusqu’à notre point de chute pour la nuit. En raison de travaux de macadamisation (une excellente idée si vous voulez mon avis), nous sommes déviés sur une piste encore plus cabossée… nous avons heureusement planifié pour arriver avant la nuit.   Dans le petit village de Molinos (aux maisons blanches et aux rues bien calmes), nous séjournons dans la superbe “hacienda”, monument classé reconverti en hôtel. Il fait malheureusement trop froid pour profiter de la “pileta” (= piscine), mais nous nous rattrapons dans l’excellent restaurant où nous nous offrons entrée, plat et dessert, arrosés d’un bon rouge de la Bodega Colomé (à 17km de là, mais que nous ne pourrons pas visiter car, en ce week-end prolongé, tous les créneaux sont pris d’assaut) : ultra local ! Après une nuit confortable et reposante, le petit-déjeuner est tout aussi gourmand et la journée commence bien. Nous reprenons la piste, qui serpente maintenant entre des rochers de plus en plus gros, jusqu’à la Finca El Carmen, installée au pied d’impressionnantes falaises de couleur terre. Nous visitons sa petite église et son moulin, ainsi qu’un mignon petit musée de maquettes et de machines agricoles, avant de profiter d’un café avec vue. De bruyants groupes de perroquets verts volent d’arbre en arbre.   Nous traversons maintenant de profondes “quebradas”, jusqu’à rejoindre Las Flechas, où des roches acérées semblent sortir de terre. La route continue jusqu’à traverser un immense cirque de montagnes rouges, au pied desquelles un touchant petit cimetière est installé. Alors que nous arrivons à San Carlos, la piste cède sa place à une route goudronnée… Notre hébergement du jour, La Vaca Tranquila, est fort mignon et très confortable. Nous profitons de notre arrivée en en milieu d’après-midi pour nous détendre dans la piscine (un peu fraiche, mais quel bonheur) et pour visiter la brasserie artisanale “Me Echó La Burra” attenante. Si le brasseur est bien bolivien (et ne boit pas d’alcool !), la fondatrice est… belge ! Pendant que nous cuisinons notre repas du soir, nous faisons connaissance avec les deux chats de la maison qui ne manquent pas d’intelligence pour récupérer un petit quelque chose à grignoter !   Après un excellent petit-déjeuner, nous reprenons la route pour arriver à 10h à Cafayate, juste à temps pour visiter une chèvrerie… et gouter ses fromages (ça fait bien longtemps qu’on n’a pas mangé de fromage de chèvre !). Sur la place principale de Cafayate, nous dégotons un petit bar qui retransmet le quart de finale de la Coupe du Monde de rugby : Pays de Galle - Argentine. Nous assistons à la victoire des “Pumas”, mais la ferveur est modérée (le rugby n’est pas vraiment un sport national ici…). A cause des difficultés pour trouver un créneau de visite (ah les weekends prolongés argentins…) et de la récente loi sur la tolérance zéro concernant l’alcool au volant, nous visitons la bodega “El Porvenir de Cafayate”, une bodega-boutique de centre-ville où nous ne verrons donc pas de vignes (mais quand même quelques barriques). À la suite d’une dégustation assez complète, nous repartions quand même avec deux bouteilles à rapporter en France ! Nous trouvons le vin de Cafayate bien meilleur (et en tous cas d’un bien meilleur rapport qualité-prix, comparé à ce que nous avons bu dans la région de Mendoza). Nous terminons la journée à la soirée “torrontés” (le cépage local) organisée au musée de la vigne, où une vingtaine de petits producteurs font déguster leur production. C’est l’occasion de discuter avec une française mariée à un député argentin (ensemble ils ont repris le domaine familial) mais aussi avec une “porteña” en vacances dans la région (qui nous demande des bons plans logement à Paris !). Nous loupons malheureusement ici Clémence et Jocelin, bien fatigués par la route.   C’est déjà notre dernière journée dans le sud de Salta et nous avons pas mal de kilomètres à avaler aujourd’hui, d’autant que nous avons pour objectif de nous avancer le plus possible pour optimiser le programme des jours à venir. Nous n’avons cependant pas encore tout vu : la route retour traverse la fameuse Quebrada Las Conchas, connue comme l’une des plus belles du pays. Sur une 30aine de kilomètres, nous découvrons des formations géologiques toutes plus impressionnantes les unes que les autres : “los colorados”, “los castillos”, “las ventanas” (on en aura surtout vu une), “el obelisco” (plutôt une sorte de pyramide étroite), “el fraile” (bon, il faut de l’imagination), “el sapo” (plus reconnaissable grâce à l’ajout d’yeux peints) … Vous aurez compris que ces quelques kilomètres auront été ponctués d’arrêts fréquents et de jolies balades. Nous terminons en apothéose avec le panorama sur la vallée depuis “tres cruces”, mais surtout le magnifique “anfiteatro” (un ancien lac interne a creusé à cet endroit une vaste cuvette ronde) où nous arrivons juste à temps (c’était prévu) pour des rencontres chorales a capella. Le son tournoie dans l’amphithéâtre, c’est une expérience hors du commun. L’ambiance est également très particulière : pour éviter d’éventuelles chutes de pierres dues aux vibrations, nous avons interdiction d’applaudir bruyamment et congratulons donc les chanteurs en agitant les mains en l’air (c’est très comique) ! Nous terminons nos découvertes avec la “garganta del diablo”, une faille vertigineuse en zigzag dans la montagne… mais pleine de monde en ce milieu de journée.     Nous terminons de pique-niquer vers 14h et reprenons la route vers le nord : un peu plus de 4h de conduite (pour 200km) nous attendent. Un peu fatigués, nous ponctuons le trajet d’une sympathique pause-café dans un adorable patio de Coronel Moldes (aujourd’hui, c’est la fête des mères et on voit beaucoup de familles qui finissent de manger) et nous profitons de traverser Salta pour acheter nos billets de bus pour la suite (suspense, nous avons enfin décidé des étapes exactes de la suite de l’itinéraire) !   Note de la rédaction : l’écriture de ce step a été terminée le 16 octobre 2024, à Paris, sur la base des notes prises en cours de route et des souvenirs (déjà lointains et peut-être moins fiables !). C’est quand même plus difficile de prendre des notes quand on est au volant !

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