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Des kilomètres à pied Anaïs
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Prendre l’air 🏕️ une marche à durée indéterminée
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« J’étais comme toi avant »
Ouistreham, France - Polarsteps
Jeudi 19 juin - Jour 111 (suite)
16h. J’attends que le chalut passe l’écluse pour traverser sur la passerelle. Direction la pointe du Siège, cela me semble être un endroit tranquille sur ma carte. Je commence à fatiguer et j’ai envie de goûter au calme. ☺️
16h30. Première déception : l’observatoire avec le point de vue est fermé pour travaux.
Seconde déception : je ne peux pas dormir ici… c’est une zone protégée.
16h45. Je mange des biscuits au bord de la plage en réfléchissant où aller ce soir. Je croise tour à tour 2 femmes qui m’expliquent que ce n’est pas un endroit approprié pour dormir pour une femme seule. 😓 Qu’est ce qui tient de la réalité ou du fantasme ? Comme d’habitude, c’est toujours difficile de savoir. Mon expérience me dit que cela tient plutôt du fantasme, mais le doute s’installe…
❌ Guilaine puis Fanny ont moult arguments pour me dissuader de dormir dans le coin « mais vous faites comme vous voulez ». Pêle-mêle : elles me disent que je ne suis pas en sécurité seule, que les gardes du littoral viennent tout le temps patrouiller, qu’ils mettent des amendes de 135€ à tout bout de champ, que la journée c’est tranquille avec des familles qui se baladent mais que la nuit c’est dangereux pour une femme, que des jeunes hommes viennent s’alcooliser ici 🥴, qu’elles trouvent régulièrement des restes de bouteilles d’alcool et de la drogue sur la plage, qu’il y a un camp de migrants pas loin, qu’ils sont jeunes et qu’ils ne savent pas se retenir devant une jeune femme, qu’avant c’était moins dangereux de voyager, maintenant on vit dans un monde violent. Etcétéra etcétéra.
Je me sens assommée par tous les avertissements qu’elles me balancent en rafale. Ça fait beaucoup en peu de temps ! 😠 Et bien sûr, leurs discours me choquent et m’énervent au plus haut point, mais n’ai pas envie de débattre, je suis fatiguée de mes 20 kilomètres sous le cagnard, alors je ne réponds pas.
Très rapidement, ces deux femmes me disent aussi qu’elles ont déjà été victimes d’agressions dans leur vie. Il a longtemps et pas ici, mais quand même… je dois être « très prudente ». Vu leurs expériences, je comprends d’autant mieux leur réserve, mais c’est plutôt aux hommes qu’il faudrait rabâcher d’être moins violents.
🌿 Finalement, je ramasse de la salicorne avec Fanny. Puis, elle se met en tête de me montrer un endroit qu’elle trouve rassurant pour que j’y dorme, c’est à dire un endroit près des maisons. Ça part d’une bonne intention, mais au fond, ça me saoule affreusement de renoncer à une nuit sauvage. Ça me saoule de céder parce que j’ai l’impression de donner du crédit à son discours qui m’exaspère profondément. Mais je suis fatiguée, j’ai envie de me poser et je me laisse traîner sans grand enthousiasme.
En allant vers les maisons, Fanny me propose de planter dans son jardin mais je décline. Pas envie de continuer à entendre des discours qui entretiennent la peur, qui se veulent gentils et protecteurs mais qui se révèlent affreusement limitants. Fanny me dit qu’elle était « comme moi avant », qu’elle baroudait avec son sac. 🚐 Puis, elle a vécu en camion pendant des années, mais maintenant elle ne le fait plus, « cette époque est trop dangereuse ».
Ça m’attriste qu’elle pense ça… Ça m’attriste pour elle, pour toutes les femmes qui n’osent pas et pour toutes les personnes en général qui renoncent à leur envie de voyage.
😱 La peur, c’est contagieux et je me rends compte à quel point je dois être forte, moi, sans arrêt, pour ne pas me laisser gagner par cette peur qui jaillit de la bouche de tant de gens, et qui pourrait m’empêcher voyager seule.
🤔 Je ne crois pas que le monde soit plus dangereux qu’avant, je crois plutôt qu’on se focalise davantage sur la violence maintenant, ce qui biaise notre perception du monde. Je sais que c’est mon point de vue et je ne peux pas empêcher les gens de penser différemment, mais je trouve cela important d’apporter une autre vision. Parler de mon voyage est une manière d’en témoigner.
21h30. ⛺️ J’écris ces lignes sous ma tente dans un terrain à l’abandon à côté d’autres maisons. Quelques éclats de voix provenant de la plage, mais c’est plutôt calme sinon. La mer est à quelques dizaines de mètres. J’ai mis les pieds dans l’eau avant de me coucher. 🐚 Ce n’est pas un joli bivouac sauvage comme je l’espérais, mais ça fera l’affaire.
22h. Le haut parleur du ferry appelle les passagers à embarquer. 🚢
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France