1. Des kilomètres à pied Anaïs
  2. Prendre l’air 🏕️ une marche à durée indéterminée
  3. L’épreuve du luxe 🤑

Deauville, France - Polarsteps

Lundi 23 juin - Jour 115 (suite) Après un week-end de chaleur, l’averse est arrivée. La plage est déserte. La pluie a effacé les milliers de traces de pas dans le sable. À part les poubelles qui débordent, rien ne laisse penser que plus de 10 000 personnes sont sont entassées ici. Je passe à Beneville-sur-Mer, Deauville puis Trouville-sur-Mer. Encore des escaliers 🤪 Sur les hauteurs, toujours de la modestie : petites demeures et maisons discrètes, caméras et double barrière. J’avance dans rues et sur les planches du front de mer. Je regarde, mais j’essaie de ne pas vraiment voir. Si je pouvais cligner des yeux et tout faire disparaître, je le ferais. Je laisserais la plage aux phoques et aux bécasseaux. Je laisserais la dune engloutir les somptueuses maisons vides. Je laisserais les vagues envahir le casino. Mais ça, c’est dans ma tête. Alors j’essaie de passer sans trop voir, de me mettre sciemment des œillères parce que ma colère est déjà immense. Je ne comprends pas cette réalité et je ne l’accepte pas. Je ne comprends pas le luxe, je ne comprends pas pourquoi il faut toujours un plus grand bateau, je ne comprends pas le summer body, je ne comprends pas le culte de l’apparence. Quelle prison pour les corps, quelle prison pour les esprits. Ces villes telles qu’elles sont aujourd’hui incarnent tout ce qui m’écœure : le show, le luxe, la superficialité, le m’as-tu-vu, l’élitisme, l’exagération, l’entre-soi. Ces villes sont une épreuve pour moi. Le système de valeur qu’elles entretiennent m’écœure. Et je les regarde comme les témoins d’un monde qui déraille. Je photographie mais je n’admire rien, je documente mon passage, c’est tout. Sur la plage, les gens rient et s’amusent. Parfois, j’aimerais être moins sensible, moins engagée, moins affirmée dans mes convictions pour avoir un peu de leur insouciance, mais je prends tout de plein fouet. Ça me sert le cœur. Sans doute que moi aussi, je manque de mesure. Entre ces villes à paillettes, quelques poches de nature ont échappé à l’urbanisation. Cela me frappe. Il n’y a aucune demi-mesure entre la construction excessive et la protection environnementale. En quelques minutes, je passe de la foule au calme, d’une plage défigurée pour les activités humaines à une falaise protégée quasiment inaccessible. Tout ce qui n’était pas protégé a été urbanisé. Ou est-ce l’inverse ? Tout ce qui n’a pas pu être construit a été protégé ? Je ne peux pas m’affranchir du système, mais je peux choisir comment évoluer dedans. Je peux choisir l’idéal pour lequel je souhaite m’engager. À mon échelle, dans mon quotidien, dans mes choix, dans mon mode de vie. Sans doute, qu’un jour cet engagement prendra une autre forme. Je ne sais pas encore laquelle, mais ça viendra. Je le sais. Et je sais aussi que je ne suis pas seule à vouloir résister. La lutte est collective. Parfois, j’entends dire que tout est déjà perdu, que c’est trop tard, et c’est vrai que les ravages sont déjà considérables. Parfois, moi aussi je suis démoralisée, mais à quel moment je peux trouver cela acceptable de vivre dans un monde qui se vide de sa biodiversité, un monde où les inégalités s’accroissent, un monde où les plus riches broient les plus pauvres ? Jamais. Ce soir, j’aperçois les lumières du port du Havre et une grosse araignée a décidé de me tenir compagnie. 🦤

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