1. Des kilomètres à pied Anaïs
  2. Prendre l’air 🏕️ une marche à durée indéterminée
  3. La jeune fille en ruine

Le Havre, France - Polarsteps

Jeudi 3 juillet - Jour 125 Ces derniers jours, j’étais très fatiguée. J’avais souvent envie de dormir pendant la journée. J’ai fait des siestes dès que j’ai pu. C’est peut-être la chaleur. Ou le besoin de me reposer vraiment après 4 mois de voyage. Ou peut-être que cela me trouble d’être au Havre. Même si j’ai l’impression que ça va, quelque chose de mon passé se manifeste, quelque chose remonte. J’ai habité ici il y a une quinzaine d’années. La ville a changé mais je la reconnais comme on reconnaît une vieille connaissance qui a seulement pris quelques rides. Me balader dans les rues me rappelle des souvenirs. J’aime toujours ses larges avenues, ses quartiers aux ambiances si différentes, ses perspectives, sa lumière changeante, sa plage de galets. Il y a 12 ans, j’ai quitté cette ville. Je l’ai quittée en même temps qu’un homme. Du jour au lendemain. J’ai pris quelques affaires et j’ai claqué la porte. Sur le moment, j'ai simplement cru que je fuyais. Des années plus tard, j'ai compris que cette décision m'avait sauvée. Cet homme, je pensais que c'était mon petit copain, mais c'était avant tout une ordure. Je ne sais pas vraiment l'expliquer, mais je me sens étrangement liée à cette ville. Peut-être parce que je me sentais plus en sécurité à l'extérieur que chez moi. Peut-être qu'inconsciemment, l'histoire du Havre me parle. Une partie de la ville a été rasée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. À mon échelle, je comprends l'horreur de la destruction parce que je la porte en moi. Comme cette ville, j'étais en ruine. Ravagée. Maigre. Éteinte. En 1945, l'architecte Auguste Perret est chargé de reconstruire le centre-ville du Havre. Il imagine un ensemble d'immeubles de petite hauteur, sobres et lumineux, pour reloger les milliers de sans-abris. Je vois dans ces immeubles le symbole d'une renaissance, d'une liberté retrouvée. En quittant cet homme, j'ai posé la première pierre de ma reconstruction. Aujourd'hui au Havre, on retrouve toujours entre les galets de la plage les traces des anciennes maisons bombardées, des morceaux de carrelage polis par la mer, des morceaux de brique, des morceaux de ciment. Reconstruire ne fait pas disparaître. Mais cela aide à ne pas rester bloqué dans le passé. Aujourd’hui, je marche dans les rues et je me réapproprie cette ville. Et mon histoire.

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