1. Des kilomètres à pied Anaïs
  2. Prendre l’air 🏕️ une marche à durée indéterminée
  3. « Vous êtes inconsciente »

Balloy, France - Polarsteps

Vendredi 10 octobre - Jour 224 (suite) Ce matin sur cette route, une vieille voiture rouge s’est arrêtée à ma hauteur. Un sexagénaire conduisait. Savez-vous pourquoi il s’est arrêté ? Pour me dire que j’étais « inconsciente » et « qu’un viol est vite arrivé ». Il m’a parlé de joggueuses agressées, que c’était facile pour un homme de m’assommer et de « faire ce qu’il veut avec moi ». Lui ne semblait pas dangereux et je ne me suis pas laissée déstabiliser. À un moment, je crois qu’il ne savait plus quoi dire et il a lâché sur le ton de la blague, presque avec un air coquin, qu’il ne s’était jamais fait violer, mais que ça lui aurait peut être plu. 😳 Mais il a quoi dans la tête ce mec ?! Sa femme assise à côté de lui me soutenait timidement. Parfois, elle haussait les yeux au ciel quand il parlait pour me signifier qu’elle n’était pas d’accord avec lui. Je ne dis pas que le monde est sans danger, loin de là. Oui, parfois j’ai peur. Parfois, je change de chemin. Parfois, je quitte un lieu parce que je ne m’y sens pas en sécurité. Mais en fait, je peux avoir peur le jour, le soir, la nuit. Dans la rue, au travail, en voyage, chez moi. La violence se retrouve partout et n’oublions pas que, dans le cas des viols, 95% des femmes connaissent leur agresseur. Je ne renoncerais pas à vivre ma vie parce que le problème, ce n’est pas moi. Le problème ce sont les hommes qui brutalisent, qui harcèlent, qui sifflent, qui intimident, qui agressent, qui frappent, qui violent. Le problème, ce sont ces gens, comme ce sexagénaire, qui incriminent les femmes. Le problème, ce sont certains médias qui déforment la réalité. Le problème, c’est quand le système, l’État, la justice ferment les yeux et entretiennent la violence. J’aimerais que ce ne soit pas un sujet, j’aimerais ne pas avoir besoin de m’expliquer, mais, que je le veuille ou non, marcher et bivouaquer seule n’est pas anodin. Je ne voyage pas par militantisme, mais c’est une posture que j’accepte et que je défends. Je le fais à ma manière, à mon échelle. Je le fais pour moi, pour toutes les femmes qui osent et pour celles qui n’osent pas. ✊ C’est la première fois que je tiens tête à un homme comme ça, que j’arrive à répondre avec des arguments factuels et que je ne perds pas mes moyens. Je ne sais pas si ça le fera réfléchir… Moi en tout cas, je suis trop fière de moi.

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