1. Des kilomètres à pied Anaïs Dubreuil
  2. Prendre l’air 🏕️ une marche à durée indéterminée…
  3. Quand le corps sonne l’alarme

Lalouvesc, France - Polarsteps

Mardi 14 avril - jour 410 Et bin c’était une bonne idée d’aller voir Mégane Riou, l’ostéopathe à Saint-Bonnet-le-Froid, parce que devinez quoi ? J’étais bloquée 😅 Je lui raconte un peu ces derniers jours… Elle me dit que c’est sûrement davantage émotionnel que purement mécanique. Et franchement, je la crois. Je crois vraiment que les émotions s’inscrivent dans le corps et qu’on cherche trop souvent des causes médicales à nos troubles alors qu’ils ne sont qu’une manifestation de quelque chose qui n’est pas à sa place. Quelque chose qui n’est pas juste pour nous. Avant de quitter le cabinet, je dis à l’ostéopathe que c’est dingue quand même que ce soit si intense. Que ça fait une semaine que le monde tourne autour de moi et que j’ai du mal à penser. 😵‍💫 Elle me répond : « votre corps vous envoie des signaux. Vous savez, votre sensibilité, c’est une force aussi. » Ça me fait du bien de l’entendre me le dire parce qu’au fond je le sais, mais c’est pas toujours facile. Mes émotions peuvent s’exprimer fortement, je suis vite émue et je pleure souvent. 🚙 Sur le trajet du retour, on discute avec Margaux dans la voiture et je me sens bien (voir jours 406-407 pour savoir qui est Margaux). Je me dis que j’ai bien fait d’en parler, de dire que j’avais ce tournis, même si je ne savais pas très bien pourquoi. Parfois c’est dur de dire que nos émotions nous dépassent. Je ne sais pas pourquoi j’hésite souvent à le dire. Peur de mettre mal à l’aise ou qu’on me juge ? Qu’on ne comprenne pas ? Qu’on me trouve faible ? Qu’on ne me prenne pas au sérieux ? Qu’on pense que je me plains, que j’exagère ou que je suis un peu bizarre ? Mais oui, j’ai le tournis, ça se manifeste comme ça cette fois-ci. Ça ne me rend ni faible ni bizarre, juste sensible. 💬 Dire que ça ne va pas fort, c’est reconnaître ses vulnérabilités et c’est aussi une manière de se connecter aux autres. D’ouvrir des portes, de partager des histoires, parce que franchement, qui a toujours été en pleine forme dans sa vie ? Dire que ça ne va pas fort, c’est laisser la possibilité aux autres de nous tendre la main. Comme l’a fait Véronique, la dame de la mairie, qui m’avait proposé de me prêter une voiture électrique de la mairie pour aller à mon rendez-vous. Ou comme le fait Margaux en m’accompagnant. Et ça fait du bien. 🧭 Margaux aussi a voyagé et elle a eu son lot de galères sur la route avec son vélo et sa chienne Ragga. 🐕 J’ai rencontré très peu de femmes de mon âge qui ont voyagé longtemps et je crois que ça me fait du bien de recouper nos histoires. Même si on ne se connaît pas beaucoup avec Margaux, même si on n’a pas les mêmes vies, qu’on n’a pas voyagé pareil, il y a quand même un truc qui nous rassemble dans l’expérience du voyage. Merci Margaux pour ton soutien qui m’a réconfortée. 😌 Quand on voyage, il y a des rencontres qui sont très belles, fortes et éphémères. Parfois, c’est mieux de les laisser là, dans le voyage. Mais Margaux, j’aimerai bien la revoir dans ma vie. 😵‍💫 Ça fait 10 jours que le monde tourne autour de moi et je démêle un peu mieux ce qu’il se joue. ☎️ Je crois que c’est un coup de téléphone qui a fait déborder le vase. Un vase qui se remplissait depuis quelques semaines déjà. Alors, durant cette discussion, qui semblait pourtant assez anodine, j’ai failli m’évanouir. Il y a eu un blanc. Ou un trou noir, comme vous voulez. Une absence. Une seconde, peut être deux secondes durant lesquelles je ne me souviens plus de rien. Je ne sais pas ce qu’on m’a dit au téléphone. Je n’ai rien entendu. J’ai cru que j’allais tomber par terre. Mais je suis restée début et le tournis s’est installé. Ponctuellement d’abord, puis plus souvent et plus intensément pour ne plus s’arrêter. Comme une alerte qui sonne de plus en plus fort. Maintenant c’est à moi de trouver le code pour l’arrêter. Je sais que je vais y arriver, mais je ne sais pas quand. 🔓 Trouver le code, c’est simple et compliqué même temps. Il « suffit » d’accepter cette émotion, même si parfois on n’a pas l’impression que c’est si grave, qu’on s’imagine que c’était réglé, qu’on n’a pas vraiment envie de voir, que ça fait peur ou qu’on ne sait pas exactement nommer ce qu’il se passe, ni pourquoi. Trouver le code, c’est regarder en face ce qui nous marque, c’est reconnaître ce qui nous abime. C’est souvent pénible, mais sans ça, on ne peut rien réparer. On peut mettre sous la tapis, faire semblant d’avancer mais l’émotion nous ronge discrètement. L’alarme se remettra toujours en route, d’une manière ou d’une autre. Le corps n’oublie pas. Pour moi, je sais que ce n’est pas fini. Je ne pensais pas que ce boulot m’avait autant marquée. Je pensais que j’étais passé à autre chose, mais il semblerait que non, pas tout à fait. Et ce boulot, je vais vous en parler parce qu’il est sur les écrans en ce moment. 🎬 Peut-être avez vous vu, peut-être avez-vous entendu parlé de ce film qui est sorti récemment : Compostelle. C’est inspiré d’une histoire vraie, de l’histoire d’une association qui s’appelle Seuil et pour laquelle j’ai travaillé durant une année en 2024. 🥾 L’association a été créée en 2003 et propose à des mineurs·es suivis par l’Aide Sociale à l’Enfance ou la Protection Judiciaire de la Jeunesse de marcher en binôme avec un·e adulte pendant 3 mois. Derrière la belle histoire et les paillettes du cinéma, c’est une association qui cherche aujourd’hui à grossir en délaissant l’humain. Ça paraît fou mais c’est pourtant vrai. C’est une association qui s’est révélée être maltraitante, avec un management toxique, des pressions psychologiques, des propos sexistes, des faveurs, de l’entre-soi, un manque de préparation et d’encadrement des binômes qui marchent amenant à des situations réellement dangereuses. ⚠️ Les cas sont de plus en plus nombreux malheureusement, mais tout est passé sous silence. Bien sûr, on préfère les paillettes du cinéma et les jolis posts sur les réseaux. Le fonctionnement interne de l’association s’opacifie de plus en plus, et le manque de transparence, c’est pas bon signe en général. 💰 C’est aussi une association qui perd de sa laïcité et qui a reçu plusieurs financements de La nuit du bien commun (organisée par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin) sans que cela pose problème. Alors, j’en suis partie mais ça laisse des traces. Franchement, ça a l’air bien derrière un écran : cinéma, site web, réseaux sociaux, ça vend du rêve tout ça, mais le fonctionnement actuel de l’association est dramatique. Et je suis loin d’être la seule à pouvoir en témoigner.

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