1. Des kilomètres à pied Anaïs Dubreuil
  2. Prendre l’air 🏕️ une marche à durée indéterminée…
  3. La ferme de la brebis heureuse

St.-Pierre-sur-Doux, France - Polarsteps

Vendredi 17 avril - Jour 413 Je suis arrivée hier soir à la Ferme de la brebis heureuse grâce à Margaux. Malgré une mauvaise expérience récemment, Sandra et Gigi me font confiance et m’accueillent chez elles. Nahele, leur fils de bientôt 4 ans me laisse gentiment sa chambre. Je suis émue d’être ici, dans ce lieu magnifique entouré de prairies et de forêts, avec cette famille et les animaux de la ferme. 🐕 Alfred, le border énergique, Max qui ne lâche pas sa balle, les patous Lausanne et Cachou, l’une aboie toujours quand j’arrive alors que l’autre me lèche les mains pour que je la caresse. 🐓 🐈‍⬛ Les poules nous passent entre les jambes et les chats dorment dans la grange. 🫏🐴 Dans le prés en-dessous, il y a 2 ânes et 2 chevaux, et un peu plus loin les 40 brebis. 🐑 Ce sont des manech tête rousse et elles ont toutes un nom. Sandra les connaît par cœur, leurs habitudes et leur caractère. Elle les reconnaît à leur gabarit, à leur manière de marcher et à la forme de leurs mamelles. 🐑 C’est une petite ferme bio avec des brebis qui pâturent, des agneaux qui restent sous la mère, et avec du fromage qui a gardé tout son gras parce que c’est ce qui est bon. 🥛 Les brebis donnent environ 1,5 litres de lait par jour avec les 2 traites journalières. Sandra, elle ne lache rien. Elle est intransigeante sur le bien-être des brebis et sur la qualité du fromage qu’elle produit. Mais c’est dur. Tellement dur. Tellement dur quand on lui retire des prairies. Tellement dur quand elle achète son orge 3 fois plus cher parce que c’est une « petite quantité » et que les agris du coin ne veulent pas acheter en commun. Tellement dur quand la FCO (fièvre catarrhale ovine) décime son troupeau. Tellement dur quand elle ne reçoit pas de soutien. Tellement dur quand les gens ne comprennent rien du drame qui se joue. « Les gens veulent du bon fromage mais quand j’ai un problème, y’a presque plus personne. Y’a juste nos habitués du marché, c’est pour eux qu’on travaille encore. » C’est Gigi qui fait les marché et ça lui arrive de pleurer avec les gens. « Nous, les petites productrices, on fait bien dans le paysage, c’est de la bonne comm’ mais ça s’arrête là. On dirait qu’on n’est qu’une image. » J’entends une colère immense, j’entends un manque de reconnaissance effroyable, j’entends de l’isolement, j’entends des d’incohérences gigantesques, j’entends la violence d’un système fait pour et par « les grands ». Je ne suis pas sûre que ça puisse la réconforter, mais je lui dis « Ce n’est pas toi qui déraille, c’est le système qui déraille. » J’en suis intimement convaincue, alors je lui dis et j’espère qu’elle l’entend car j’ai envie qu’elle reste fière. « Ce n’est pas toi qui déraille, c’est le système qui déraille. » J’en suis intimement convaincue parce que franchement : à quel moment est-ce que c’est acceptable de laisser mourir ces petites fermes ? Ce système est pourri. Je suis écœurée. J’ai envie de tout peter. 😡 Parce que oui : figurez-vous que c’est tellement dur que Sandra et Gigi, elles arrêtent. Ouais, elles arrêtent. Sandra me regarde dans les yeux et elle me dit « je te jure Anaïs, pourtant, j’ai ça dans les tripes. C’est ma place ici. ». J’ai les larmes aux yeux. C’est insupportable. Je trouve ça tellement dur et tellement digne de sa part d’arrêter parce qu’elle ne peut plus exercer avec l’éthique nécessaire. Elle arrête, pour avoir une vie, pour ne plus se tuer au travail, pour rester alignée avec ses valeurs. ✳️ Je suis tellement touchée par ces femmes, par leur histoire, par leur volonté, par leur engagement, par l’énergie qu’elles dégagent. Elles sont littéralement épuisées, et pourtant, je sens que tout rayonne encore dans cette ferme. Il y a quelque chose qu’elles ont créé et qui les dépasse. Quelque chose qui ne s’efface pas. Elles laissent une empreinte. Alors, Sandra, Gigi, merci. Merci. Et prenez soin de vous. ☀️

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