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La ferme des Fromentaux
Retournac, France - Polarsteps
Lundi 4 mai - jour 430
Je suis arrivée hier à la ferme des Fromentaux.
C’est un lieu collectif où vivent 11 adultes et 7 enfants. Et puis, il y a les personnes de passages, les woofeurs·euses, les voyageurs·euses qui restent plus ou moins longtemps. C’est un lieu d’ancrage et de passage. De transition. Un lieu où se croisent les histoires et les parcours.
Je ne suis pas sûre d’avoir encore rencontré tout le monde. J’essaie de retenir les prénoms et les surnoms. Teddie-Lou, Miloé, Dédé, Else, Renée-Jo, Mathieu, Lili, Steph, Olivier, Timothée, Margot, Gaëlle, Erwan, Billy…
C’est la première fois que je suis dans une ferme collective. 🥖 Teddie-Lou fait du pain. Elle est maintenant propriétaire de la ferme avec ses parents et sa sœur (Else qui est pépiniériste). Son frère Bérenger est maraîcher juste à côté. 🪴 Le terrain leur appartient mais il est partagé, occupé et entretenu avec les habitants·es qui participent aux frais courants. Créer une ferme vivante et ouverte transparaît dans les activités et les interactions.
Je crois que c’est l’organisation la plus libre que j’ai pu voir jusqu’à maintenant. Seuls les repas du midi sont partagés. Une ou deux personnes cuisinent pour le collectif. Demain midi, ce sera mon tour avec Nolwenn. Le soir, on mange chez soi. Avec les « non-permanents », on se retrouve dans la zone commune pour cuisiner et manger.
🚐 C’est l’occasion de discuter. Nolwenn est ici depuis quelques mois. Elle a trouvé aux Fromentaux un lieu pour s’arrêter et prendre la mesure du moment présent. Lucile et Xavier voyagent en caravane avec leurs enfants Roméo et Marie-Lou pour découvrir des lieux collectifs avec l’espoir d’en trouver un où s’installer. Mais cela fait presque un an que la famille voyage sans trouver. Les enfants veulent de la stabilité alors un projet de retour s’impose. 🚲 Quant à Constant et Héloïse, le couple pédale de woofing en woofing. Leur slogan claque : PPP (Pourquoi Pas Paysan) ! Les Fromentaux est leur première halte.
🧭 Dans cette ferme, les parcours se croisent. L’enthousiasme du début côtoie la résignation du retour. Moi, je déambule avec mon tournis au milieu de ces histoires de vie, sans trop savoir où j’en suis de mon propre chemin.
🏡
C’est Teddie-Lou qui m’a accueillie, spontanément, avec simplicité, comme quelqu’un qui connaît la route et le besoin de se poser parfois. Dimanche midi, elle m’a invitée à manger chez elle avec Miloé son fils de presque 2 ans. Je découvre une femme attachée à la terre. Après avoir baroudé, elle a senti le besoin de s’ancrer. « Je suis fille de paysan, me dit-elle, je pense que ça c’est inscrit quelque part ». Sur son visage, je lis le soleil qui tanne la peau et les marques des heures de travail qu’on ne compte pas. Je trouve qu’une grande douceur se dégage de cette femme. Une énergie qui porte et qui calme.
Comme d’autres paysannes et paysans que j’ai rencontré, Teddie-Lou travaille beaucoup mais ne semble pas pressée. Pour la parisienne surexcitée que j’ai été (et que je suis toujours), c’est à la fois fascinant et mystérieux. Je me demande comment se construit cette présence calme et comment le travail de la terre façonne les caractères. Peut-être faudrait-il rester pour le comprendre. Peut-être faudrait-il rester si iels acceptent de raconter leurs histoires. Ou peut-être faudrait-il rester pour l’expérimenter moi-même.
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